Clips de la semaine #19 : Los Fanfarons, Paul Félix, The Reed Conservation Society, Cigarettes After Sex, Far Caspian, The Bernadette Maries, Mono, BRUIT ≤, Getdown Services

On a coupé trop longtemps, la coupe est pleine, pleine de clips et de vidéos qui nous amènent à passer plus de temps qu’il n’en faudrait les yeux rivés aux écrans. Ah ça, on peut bien blâmer la jeunesse, on ne vaut guère mieux lorsqu’il s’agit de guetter les nouveautés musicales les plus affriolantes. On n’a qu’à dire que nous, c’est pour la bonne cause, la meilleure, celle de nos oreilles ravies ; et des vôtres on espère aussi, pour peu qu’elles aiment bien elles aussi passer sans peine de la house jubilatoire au post-rock apocalyptique.

Pour fêter la première année de Ventilo, son drôle d’album, album drôle mais pas tant que ça au fond, Los Fanfarons ont décidé de clipper l’un de ses morceaux les plus déroutants, le technoïde La Source. On voudrait faire une parodie de prod’ house que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Sauf qu’à force de tourner, non seulement le morceau devient véritablement entêtant mais son petit texte qui revient comme un gimmick souligne la nécessité de sortir de son isolement et de socialiser de nouveau autour de moments festifs comme la danse sait en amener. Le duo avait déjà exploré cette idée de l’isolement générationnel sur Hikikomori et, avec de la suite dans les idées, invite tout le monde à oublier les petits tracas quotidiens en remuant le popotin. Et pourquoi pas ?

Paul Félix – Une avalanche / Une avalanche (Remix Variety Lab)

Voilà un moment que l’on s’est fait une petite idée sur ces remixes et ce qu’ils apportent ou sont censés apporter au titre original. La pratique traverse les âges et peine toujours à convaincre sur la durée. Une Avalanche, l’un des tous jolis titres du très bel album Going To Limoges de Paul Félix, passe donc sous les mains expertes du Variety Lab nancéien (grosso modo Orwell en habits électro) dont on apprend à l’occasion qu’il sévit encore. Le remix est chic et plein d’entrain, avec ses rythmiques électro chatoyantes qui viennent vous caresser les oreilles et de jolies guitares claire comme le cristal des coupes de champagne des soirées que le titre pourrait ambiancer. L’exercice de style tient la route, mais on lui préférera de loin la sensibilité du titre original qui bénéficie lui aussi pour l’occasion de la sortie d’un clip plus intimiste, parisien, rive gauche, matinal et ensoleillé.

The Reed Conservation Society – The Kruize (Feat Natasha Penot)

Il ne fait guère de doute que le Paul Félix de Gamine qui fait partie de ces musiciens qui ont grandement contribué à développer toute une génération d’artistes français et pousser un Stéphane Auzenet à se bâtir sous le nom de The Reed Conservation Society une discographie déjà solide et reconnue. Le désormais quartet sortira son second album le 26 juin prochain et ce premier extrait, The Kruize, ramène le groupe vers l’anglais et l’une de ses principales influences, Pavement. Sous la douceur boisée et cuivrée d’un titre magnifié par la douce voix de Natasha Penot régulièrement entendue chez The Apartments, se cache un véritable clin d’œil à la bande de Stephen Malkmus tant dans le texte un rien surréaliste que dans cette narration si particulière, autant détachée qu’attachante.

Cigarettes After SexTwizzler

On a suffisamment pesté contre la léthargie d’un X’s soporifique qui n’en finissait plus de nous faire bailler pour ne pas remarquer que Twizzler débute sur une quasi inédite batterie qui s’installe et berce l’ensemble du morceau. Sans la moindre prétention d’imaginer une seule seconde que la bande à Greg Gonzalez aurait pu tenir compte de nos remarques affutées, force est de constater que les productions de Cigarettes After Sex depuis ce dernier album en date, on pense notamment au joli single Anna Karenina, redorent un peu le blason d’un groupe arrivé très haut très vite et qui s’était depuis enfermé dans une formule qui le faisait tourner en rond. Ses derniers travaux montrent-ils une réélle envie d’aller explorer autre chose sur la durée d’un prochain album ? Twizzler, sans être non plus complétement bouleversant le laisse toutefois espérer.

Far Caspian– Turn / Hum

S’il en y a un autre qui peine à faire évoluer sa formule à succès (pas non plus encore au niveau de Cigarettes After Sex mais tout n’est que question d’échelle), c’est bien Joel Johnston et son Far Caspian. Pourtant, aucun doute sur le côté attachant d’un artiste et de sa musique mais force est de constater que lui aussi peine toujours à surpasser un album inaugural de haute volée. Et si Far Caspian n’était pas plutôt au fond un groupe de singles ? Cela a toujours existé, mais signe de ces temps dévolus au streaming et aux playlists, l’irlandais s’avère souvent, pour ne pas dire toujours plus passionnant sur format court que sur ses deux derniers albums. Pris isolément, ou par paire comme ici avec deux inédits, Turn et Hum, la musique de Far Caspian ne perd pas de temps à s’égarer dans des directions manquant parfois d’intérêt et file droit au but.

The Bernadette Maries – ESO

Plus les semaines passent et plus on s’entiche d’une scène belge vivifiante dont on avait un peu perdu la trace. ESO est le second extrait de Soft, le premier album des bruxellois de The Bernadette Maries qui sortira en septembre prochain sur le toujours recommandable label Géographie. Bien sûr, comme souvent pour un premier album, les belges se cherchent un peu et leur son indie rock virant sur le shoegaze rappellera bien des choses. Néanmoins, si on avait déjà bien aimé la fraicheur mordante du premier single The Closer You Look, on aime encore plus la façon dont Eso commence sur un mur du son bien bétonné, breake en un passage dream pop avant de s’envoler sur un drum’n’bass aérien, vaporeux et accrocheur. The Bernadettes Maries se cherchent, expérimentent ; constante évolution de ces groupes qui tiennent à soigner un premier album qui marquera les esprits. Le rendez-vous est pris.

Mono Gerbera

Vive la jeunesse donc, mais vive aussi les vétérans, surtout quand ils portent aussi haut les couleurs de leur art que les japonais de Mono dont le treizième album, Snowdrop, sortira d’ici quelques jours, le 12 juin. Très touchés par la mort de Steve Albini à qui ils avaient confié la réalisation de tous leurs derniers albums dont le très beau Oath il y a seulement deux ans, le quatuor s’est vite remis à écrire, perpétuant ce travail sur leur son que le génial producteur avait largement contribué à peaufiner. Gerbera, deuxième extrait de l’album en est une belle nouvelle expression, électrique, toujours, mais retenue, tout en délicatesse et soutenue par des cordes devenant pleinement partie prenante du son Mono. Mieux, et la magnifique vidéo venteuse chargée de poésie le souligne, les chœurs viennent amplifier l’émotion qui se dégage du morceau, surtout quand on comprend qu’il s’agit des conjoints (et fille) des membres du groupes.

BRUIT ≤ – Technoslavery / Vandalism, live at Ancienne Belgique

Et puisqu’on est parti à tripper sur ce que l’électricité a de plus beau à nous offrir, les toulousains de BRUIT ≤ nous proposent une nouvelle démonstration de leur maestria scénique avec cet enchainement à la fois épique et délicat, sensible mais bourré de larsen extrait de leur dernier album. Sans doute la meilleure des promotions pour la suite de leur tournée sans fin qui les mènera entre autre, pour les plus hardis et chevelus de nos lecteurs et lectrices, vers le HellFest le 20 juin (une date déjà sold out) et un rattrapage breton et tout aussi bruyant au Motocultor à Carhaix dans le Finistère le 15 août.

Getdown ServicesI Can’t Die Like That

Force est de constater qu’avant cette semaine on ne connaissait pas l’existence de ce groupe originaire de Bristol.

Getdown Services c’est avant tout le duo que forment Josh Law et Ben Sadler et un album au compteur (Crisps, 2023) ; bientôt deux puisque le successeur nommé Massive Champion débarquera le 14 août (quelle drôle d’idée de sortir un disque la veille d’un des week-ends les plus calmes de l’année !).

C’est donc avec le très efficace I Can’t Die Like That, titre un tantinet slacker, mais qui sous son apparente indolence dit des choses sur la mort et sur comment on peut s’accrocher à des sentiments pas forcément toujours très sains pour mieux encaisser cette finitude inexorable.

Crédit photo: capture d’écran du clip de Los Fanfarons par Antoinette Chalumeau

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Écrit par
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Bon, alors comme ça le rock est mort. Enfin, il parait ; on...
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