Roulette Memory #19 : les débuts de The Drift – Like a Cloud EP

The Drift - Like a Cloud EPLorsque sort le premier EP de The Drift en 1991, ils ne sont pas complétement inconnus : déjà présents sur la mythique cassette compilation Heol sortie l’année d’avant, les Angevins détonnaient (choquaient même si je me souviens bien de certaines chroniques) au milieu de cet attelage lo-fi/poppy par le son nettement plus rock de ce We Are Still Friends pourtant carrément efficace. Convaincu, Rosebud, le label rennais du brestois Alan Gac (aujourd’hui responsable de Cinq 7, label de Dominique A) l’était tout autant et offrait au quatuor la possibilité d’enregistrer et sortir 2 singles et le premier de ses deux albums.

1991, les labels à la recherche d’un certain équilibre financier sont passés au CD only. Parfois, une version cassette traine encore mais les vinyles, c’est bel et bien fini. Seuls quelques irréductibles ou les plus gros pouvant se permettre de sortir les 2 formats se chargeront pendant plus de deux décennies de faire vivre le support iconique. Alors c’est donc en CD 3 titres dans son infect boitier slim que va sortir ce premier EP de The Drift, bien relayé par Lenoir même si le souvenir du chouette morceau d’Heol suffira en ce qui me concerne. A l’époque en DEUG de géo, j’allais au moins 1 à 2 fois par semaine chez le disquaire après les cours, avant de rejoindre les copains autour d’une bière, moment idoine du décellophanage et du premier contact avec le disque. Je ne le savais pas à l’époque mais l’artwork était un, hum, « vibrant hommage » à celui du premier single de The Jesus & Mary Chain, Upside Down, notamment sa première édition dans sa livrée bleue (le mythique 7″ étant sorti en 1984 en pochette noire, rose, jaune, rouge et donc bleue). Par contre, faute de discman dans le bus, il fallait attendre le retour à la maison pour en profiter.

Me connaissant, il est probable que la première impression, avant même d’appuyer sur play, fut la déception. Combien pouvait couter un CD single à Dialogues Musiques à l’époque ? 40, 45 Francs sans doute. Vous pensez, déjà bien biberonné à l’esprit Sarah Records, la longueur plutôt faible de cet ep vendu le double du prix d’un 7″ sur lequel il serait rentré sans souci illustrait à la perfection ce modèle capitaliste que l’industrie du disque s’imposait et que ne cessait de dénoncer le label de Bristol. S’il n’a jamais été question d’acheter la musique au poids, le CD single, surtout lorsqu’il était accolé à un album (celui de The Drift arrivera à la fin de cette même année 91) permettait aux labels de faire une jolie bascule financière puisque leur coût de revient était déjà moins élevé que celui du 7″. Peu importe : personne ne m’a mis ce disque dans les mains, je n’ai jamais eu le couteau sous la gorge pour dépenser mon argent et l’excitation de découvrir le premier ep d’un groupe prometteur importait avant tout. Mais il est clair que le CD single n’est pas le format le plus représenté dans ma discothèque !

Maigre consolation, le 3 titres s’avérait finalement un 4 titres, agrémenté d’une version courte du hit Like A Cloud non annoncée sur la pochette. Rétrospectivement, cette coquetterie est assez drôle et naïve : le label espérait-il vraiment toucher avec The Drift les radios commerciales pour lesquelles la longueur d’une chanson peut poser problème ? Parce que ça n’est doute pas la cible naturelle, les radios associatives ou étudiantes que les près de 6 minutes du morceau allaient rebuter.

Like A Cloud, véritable tube entêtant, Name Of A Girl et Blue Shadow, plus discrètes, je vous le fais donc de mémoire parce que voilà une éternité que je n’ai pas écouté ce disque, sont donc 3 chansons jouées à fond les ballons, dans un style très (trop ?) The Wedding Present (période You Should Always Keep In Touch With Your Friends ou Nobody’s Twisting Your Arm) pour la première, plus punk rock local pour les suivantes, ce qui, pour des Angevins, signifie une allégeance bien compréhensible aux Thugs. Je me souviens d’une très grosse basse, d’une batterie mitraillette, de guitares incisives et d’un chant en anglais niveau 4ème. Il faut bien le dire, c’était le gros souci de cette scène française qui aura pendant longtemps, encore aujourd’hui à certains égards, du mal à assumer sa francophonie et à trouver la bonne formule pour l’accoler à une musique fortement anglo-saxonne. S’il n’est pas anormal sur un EP de trouver un hit single et 2 chutes de studios ne trouvant pas leur place sur l’album (ce qui n’empêche pas parfois d’avoir de très bonnes surprises), je crois que The Drift n’eut pas trop de mal à me séduire sur la longueur de leur Never So Loud regorgeant d’autres bombinettes du même calibre que Like A Cloud ou We Are Still Friends que l’on retrouvait dans une version moins brute de décoffrage mais nos chemins se séparèrent là, la suite, achetée par un copain, ne m’ayant pas emballé. Pas que moi sans doute puisque qu’après un retour au bercail angevin pour son 2ème album, Liquid Time sur Black & Noir, le groupe mit fin à l’histoire en 1994.

Tracklist
01. Like A Cloud
02. Name Of A Girl
03. Blue Shadow
04. Like A Cloud – Radio Edit
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