Rover de retour avec le superbe To This Tree… en attendant Eiskeller, l’album

Rover - EiskellerEst-ce parce qu’il est venu à nous par la voie de la variété française ou une question d’apparence qui “ne nous revient pas” ou qui ne le fait pas passer pour le plus branché et looké des artistes mais on a tendance à ne jamais prendre au sérieux le travail de Rover, sa voix, son chant, sa qualité d’ensemble avant d’y être à chaque fois confronté ? Dire qu’on avait anticipé ou guetté son retour n’aurait aucun sens : comme souvent, on s’en foutait jusqu’à ce qu’on ait l’occasion de regarder et d’écouter le clip de son nouveau single, To This Tree.

Ce n’est pas la plus belle chanson de Rover (il y a eu de plus jolies mélodies et des titres plus relevés) mais elle en impose par son étonnante ambition, par son amplitude beatlesienne et surtout par la performance de l’artiste au chant qui, sans cesse renouvelée pourtant, nous saisit à chaque fois et déclenche, en nous comme en tout être humain normalement constitué, un frisson de joie, de plaisir mêlée. To This Tree évoque l’idée selon laquelle chacun aurait, pour lui, quelque part, un endroit refuge à gagner pour se sentir enfin protégé ou en sécurité. Est-ce qu’il s’agit d’une chanson sur la mort ou sur la vie ? Les deux interprétations sont possibles comme si cet arbre-refuge, qu’on rencontre dans la culture africaine, pouvait se tenir à la fois dans ce monde-ci, après la douleur, la maladie, la peine et malgré les épreuves du temps, ou dans un au-delà qu’on contemple de loin. Le clip, réalisé par Benny Vandendriessche, est lui-même surprenant, rétro et kitsch, tout en étant digital et presque futuriste. Il donne une assez bonne idée de la manière dont agit le charme de Rover, entre une sorte de grandiloquence baroque surannée et datée (on pense à Christophe aussi pour la tenue des aigus) mais avec, dans l’expression, une luxuriance et une audace pionnière qui le rapproche de plus en plus du caractère extraterrestre d’Antony Hegarty, l’ambiguïté sexuelle en moins. Là où Hegarty exprime la fragilité et la féminité, Rover impose une présence plus massive, presque plus assurée qui tient plus du sacré et du divin que de l’expression sensuelle. Son art vocal élève comme le ferait un chanteur d’opéra, ouvrant, par son seul pouvoir, des perspectives métaphysiques qui bousculent.

On ne sait pas grand chose encore du prochain album de l’artiste, si ce n’est qu’il se nomme Eiskeller et sortira le 7 mai. On pense que le nom de ce troisième album renvoie au cadre de son enregistrement puisque Timothée Reigner (le vrai nom de l’artiste) s’est enfermé, pendant de longs mois, dans les anciennes glacières du quartier Saint Gilles de Bruxelles pour travailler. Nés à la fin du XIXème siècle, ces immenses hangars servaient de lieux de production de glace pour permettre ensuite aux bruxellois (avant l’invention du réfrigérateur) de conserver la viande ou les aliments. C’est dans ce cadre réhabilité mais qui était encore en activité il y a pas si longtemps, qu’est né le troisième album de Rover qu’on attend donc avec curiosité.

Rover sera en concert à La Cigale (Paris) le 27 mai prochain.

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1 Comment

  • Timothée Régnier (orthographe correct de son nom) .Par le biais de la variété française ? on ne doit pas avoir les mêmes sources alors… Et je sais que son 3e album est très attendu, contrairement à vos propos 😉

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