RVG / Brain Worms
[Fire Records]

8.2 Note de l'auteur
8.2

RVG - Brain WormsQue dire de ce Brain Worms si ce n’est qu’il est un peu moins impressionnant et étonnant que le précédent disque des Australiens, Feral, dont on avait fait l’un de nos disques phare en 2020. RVG (le Romy Vager Group…. du nom de sa chanteuse et porte-drapeau) signe ici un troisième disque dont le seul travers est peut-être (si on aime la nouveauté) qu’il ne fait que prolonger avec brio et une redoutable efficacité l’univers sonore et les approches du précédent, sans chercher à étonner. A ce niveau d’excellence, on se fout un peu de la notion de progrès et il y a bien des groupes (Dinosaur Jr ou le Wedding Present par exemple) qui ont fait du surplace absolu une marque de fabrique. S’agissant de RVG, la formule est désormais bien identifiée : les titres sont souvent assez courts, incisifs; les guitares moulinent avec vigueur autour de progressions mélodiques millimétrées et de motifs plus délicats et fins qu’ils n’en ont l’air. Les textes mêlent une approche assez réaliste et tournée vers l’observation d’un quotidien quasi normal et plombant à des images ou perspectives qu’on qualifiera au mieux de « weirdo » ou bizarre. Le tout est infiltré par une tristesse et une mélancolie qui s’expriment moins par de l’apitoiement que par une ironie et un humour noir savamment distillés.

La véritable inflexion donnée par le groupe à sa musique consiste globalement à ralentir le tempo et à développer un environnement plus mainstream et rock classic que par le passé. Common Ground, le morceau d’ouverture, en est un bon exemple : la progression est limpide, les guitares parlent comment dans un livre d’école et le texte pointe un programme tout aussi classique (et bien fichu) autour d’une rupture amoureuse :

I think I’m giving up
Enough is enough
You don’t want me
I think I’m giving up
Push comes to shove
You don’t want me
And I can try so hard
To turn it around
I can do my best
To find common ground
You don’t want me

C’est avec ce morceau en léger trompe l’œil (le reste est plus rentre dedans et dynamique) que Romy Vager, moins sexuellement ambivalente que par le passé (du moins, à ce qu’il nous semble), entame cet album bien charpenté et solide. Midnight Sun est une tuerie, un hymne rock instantané, tendu et bien droit comme il faut. L’amour se distend par temps de canicule. Le frigo et le ventilo tombe en panne et on a le sentiment d’être entre de bonnes mains. RVG fait un boulot admirable en 10 pièces et moins de 35 minutes. Les chansons sont incroyablement bonnes. On croirait un mélange de REM et de Kate Bush. It’s Not Easy fait penser à ces morceaux imparables des Pretenders qui naviguent entre rock FM et rock gothique. Sur Brain Worms, on pense immanquablement à Siouxsie pour la mélodie vocale et les intonations. Mais ces références ne doivent pas laisser croire qu’on a affaire ici à un rock régressif ou juste bien référencés.

RVG dégage une vraie personnalité. La basse est lourde, la voix est singulière et le groupe compact et précis. Sur You’re The Reason, la chanteuse s’accroche à cette phrase leitmotiv qui suffit à faire basculer un arrangement assez traditionnel vers tout autre chose. « You’re the reason I can’t have nice things », chante-t-elle de désespoir. C’est laconique et lucide à la fois. Le groupe adore ces approches frontales et dégage, musicalement, une sincérité totale et un caractère direct qui n’efface jamais la qualité des compositions. Giant Snake est parfaite jusque dans le moindre roulement de batterie. Si on est clairement moins bousculé que l’album précédent, les Australiens s’imposent avec ce disque comme l’un des meilleurs groupes de rock classique en activité.

Le meilleur titre est peut-être bien Nothing Really Changes, une chanson d’abandon un peu désabusée et répétitive, un morceau sans imagination aucune mais sèche comme le granite et à l’efficacité redoutable. Il y en a qui s’amusent et partent dans tous les sens. Et il y a ceux qui restent campés sur leur base et construisent des cathédrales. RVG appartient sans conteste au second groupe. Brain Worms fait partie des disques qu’on pourra réécouter dans vingt ans avec le même plaisir, les mêmes mouvements de tête et cette idée qu’on aura pas pris une ride.

Tracklist
01. Common Ground
02. Midnight Sun
03. It’s Not Easy
04. Tambourine
05. Brain Worms
06. Squid
07. Giant Snake
08. Nothing Really Changes
09. Tropic of Cancer
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