Good Cop/ Bad Cop #1 : Biolay Peine Perdue

Benjamin Biolay - Grand PrixMISE EN GARDE : Cette critique est volontairement outrée dans le cadre d’un exercice déplorable de Biolay-bashing. Elle est gratuite, méchante et n’est reproduite ici que pour illustrer la mauvaise foi de certains journalistes, frustrés et physiquement diminués, devant l’œuvre d’une personnalité affirmée et clivante. SBO publiera, en fin de semaine, une critique démesurément dithyrambique de ce nouveau morceau dans le cadre de notre nouvelle série Good Cop/Bad Cop qui met en balance à des fins pédagogiques la subjectivité critique en présentant une (très) bonne et une (très) mauvaise du même disque ou de la même chanson.

L’artiste Benjamin Biolay se serait-il fait dévorer par son personnage ? Serial-lover, reconverti il y a quelques années en crooner argentin pour deux albums hispanisants, caricaturaux et mous du genou, le Julio Iglesias de Villefranche sur Saône revient pour un nouvel album, Grand Prix, au nom éhontément piqué aux Écossais du Teenage FanClub. Autant dire que ce neuvième album du Français aura du boulot s’il espère laisser une empreinte plus marquante que ce petit monument indé sorti en 1995. L’imagerie automobile, concédons-lui cela, est à la mode depuis le film Le Mans 66 et sa déclinaison impeccable par Biolay sur la couverture de son album à paraître nous donne envie de revoir Jours de Tonnerre avec Tom Cruise ou de devenir le temps d’une petite virée sponsorisée par l’Automobile Club de la Sarthe le copilote de François Fillon.

Mais revenons à nos moutons musicaux. Non content d’arroser la toile chaque soir d’une chanson, nouvelle, ancienne ou cover, Benjamin Biolay a lancé hier le premier morceau tiré de ce Grand Prix, le single tubesque (ou tubique) intitulé Comment est ta peine ? On retrouve sur ce morceau l’univers léché et irréel de Volver, décliné dans un clip fainéant et vaguement arty (donc en noir et blanc). Si tout ce que la chanson française a à proposer en ce moment en guise d’art est une pseudo balade romantique où une actrice en vogue (et jolie) secoue sa chevelure sur fond de plage déserte, tandis qu’un soupirant éconduit (ou plus probablement déjà passé à autre chose) se languit devant sa fenêtre en faisant mine de pleurer : le régime d’intermittence n’est pas prêt de retrouver l’équilibre.

Sur le plan musical, Comment est ta peine ?, repose sur une mélodie plutôt astucieuse et très années 80 que d’aucuns (sans doute abrutis par le confinement) ont comparé à du Depeche Mode ou à un titre de Factory Records. On aura tout vu. La mélodie gentillette et rétro-astucieuse est dopée par des arrangements ronflants qui agissent sur le morceau comme un produit dopant, en créant une progression fictive et soulignent l’émotion surjouée. Côté chant, la voix se satisfait d’une expression minimaliste et présente désormais un timbre enroué et une scansion qui rappellent vaguement Miossec après trois hectolitres de bière (il y a bien longtemps donc) ou Étienne Darno, le fils caché d’Etienne Daho et Arno. Apparemment, Biolay a dû crier et pleurer pendant une bonne dizaine de minutes lorsque la fille du clip est partie, au point de s’abîmer les cordes vocales.

Le texte gagne à être lu sans autre commentaire :
Comment est ta peine ?
La mienne est comme ça
Faut pas qu’on s’entraîne
À toucher le bas
Il faudrait qu’on apprenne
À vivre avec ça
Comment est ta peine ?
La mienne s’en vient, s’en va
S’en vient, s’en va

J’ai posé le téléphone comme ça
J’peux jurer avoir entendu le glas
J’aurais dû te libérer avant que tu me libères, moi

J’ai fait le bilan carbone trois fois
Tu parlais de ta daronne sur un ton qu’tu n’aimerais pas
Tu ne le sauras jamais car tu ne l’écoutes pas

Deux fois. On peut s’en contenter mais aussi trouver cela un peu rase-motte. On ne va pas s’amuser à mettre en face 3 lignes de Brel (au hasard Ne Me Quitte Pas) ou de Léo Ferré, voire de Bobby Lapointe, pour montrer que la notion de progrès ne s’applique pas à la chanson française. Ok ce n’est pas sport.

L’ensemble peut abuser les cœurs sensibles, et profiter de la faiblesse d’une population confinée en manque d’émotions et de sensualité, mais si l’imaginaire amoureux du pays et des amoureux de variété se résume à cette imagerie surannée et à cette pauvreté, on préfère encore s’enterrer vivant avec le pauvre Christophe ou accepter  un rencard avec Michel Polnareff.

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