Johnny Marr / Call The Comet
[New Voodoo Records / Warner Music]

7.1 Note de l'auteur
7.1

Johnny Marr - Call The CometSuivre Johnny Marr était devenu depuis assez longtemps plus une obligation qu’un plaisir. L’amorce de sa nouvelle carrière de frontman, chanteur et guitariste en chef, amorcée avec The Messenger en 2013, ayant marqué, d’une certaine manière, le pic de la désillusion pour ceux, qui comme nous vouions une reconnaissance éternelle à l’ancien compositeur de The Smiths. Johnny Marr a pourtant produit d’excellentes choses en 32 ans de carrière, avec The The, Electronic puis un peu avec Modest Mouse. Mais il aura fallu attendre 2018 pour qu’il livre enfin un album intéressant et sur lequel on lui doit tout. Cette seule constatation suffit à nous réjouir. Enfin !, serait-on tenté d’écrire. Enfin, oui.

Troisième album solo du guitariste, Call The Comet n’est pas l’album du siècle mais une vraie réussite qui mêle un concept inspiré (un récit d’anticipation futuriste, plutôt intrigant), une ambition raisonnable mais bien réelle et des mélodies impeccables, soutenues par une production variée et appliquée. L’album démarre par un Rise de haute volée, plein d’énergie et de fougue. Le chanteur Marr évolue dans un registre un rien emphatique qui a souvent pour objectif de figurer une progression et de faire se lever la foule. C’est assez réussi ici avec un vrai mouvement d’élévation qui donne l’idée qu’on pénètre dans un stade pour jouer le match de notre vie. Si l’allégorie n’a rien à voir avec l’univers alternatif proposé par ce « concept-album » pas tout à fait assumé, d’autres morceaux renvoient directement à ce « mouvement d’ascension » qui rapproche les compositions de Marr de celles de vrais/faux rockeurs des stades comme Kasabian. Les compositions incorporent ainsi des gimmicks attirants et des séquences plus mornes ou introspectives, situant le genre dans un entre-deux pas si indigeste entre le mainstream et le rock indé. C’est le cas de The Tracers, une chanson entre-deux mondes où les guitares et les «ououh ! » sont désamorcés, dans leur effet attrape-tout, par une production plus sombre et expérimentale. C’est évidemment à la guitare que Marr part à l’assaut du grandiose Hey Angel, hymne conquérant qui fait penser aux travaux d’études supérieures de Oasis ou pour les anciens de Hurricane #1. Le classicisme du titre n’est même pas un handicap quand il s’agit de franchir les cinq minutes et nous laisse abasourdis quand Marr, autour de la quatrième minute, s’offre un solo de guitare de costaud plein manche. Hi Hello renvoie, comme tout le monde l’a remarqué, à la mélodie cultissime de There Is A Light That Never Goes Out par un emprunt de deux notes qui, jouées à l’arrière-plan ou en pont, produisent un étrange effet de fascination. On a beau y croire un instant : le morceau ne fait pas partie des plus réussis de l’album et nous ramène immanquablement au sentiment qu’il manque quelqu’un ici…

Le sentiment de déjà vu/entendu n’est jamais absent ici, soulignant ce qui reste la faiblesse de Johnny Marr en solo : un manque d’originalité qui peut le rendre parfois ennuyeux comme sur le final et assez insipide A Different Gun, scie brit pop qu’on croirait datée des années Cast et consorts.

La majeure partie du temps cependant, Marr explore avec méthode et bonheur l’imaginaire futuriste dans lequel ses textes sont ancrés. Cela donne des morceaux plus narratifs que mélodiques comme New Dominions, titre de transition assumé, électro et répétitif. L’homme a beau faire, on continue de le trouver plus convaincant dans un registre pop à l’ancienne. Day In Day Out, dans le genre, est sans doute la plus belle réussite du disque. La guitare est gracile et aérienne, avec ces sonorités un brin métalliques qui caractérisaient son jeu d’hier. Walk Into The Sea conserve cette recherche d’amplitude mais l’intègre à une structure encore plus complexe et étendue. A l’échelle de Marr, c’est le grand morceau du disque, parcouru par un souffle épique, théâtral et romantique. Walk Into The Sea est un morceau épatant, délicat et tout en retenue. On retrouve cet élan dans le tout aussi remarquable The Eternal, plus ramassé et qui rappelle le romantisme noir des années post-punk. Il y du Ian Mc Culloch dans la voix de Marr et un mélange de Joy Division (et de New Order) dans l’arrangement. The Eternal fonctionne bien mieux que les quelques trucs foireux qui émaillent la seconde moitié du disque. Bug est une atrocité sans nom et Actor Attraction une tentative peu aboutie de sonner comme un Suede zombie. Spiral Cities fait penser à du U2 bon cru et bon teint, ce qui n’est, quoi qu’on en pense, pas une mauvaise référence.

Call The Comet est un très chouette album de « rock mature », un album solide et plaisant, et un peu plus que ça un album stimulant et vraiment enthousiasmant. Ses meilleurs moments fleurent bon la liberté et l’indépendance, à l’image d’un auteur qui aura pris soin durant toutes ces années de ne jamais se mettre à distance de ses valeurs et de son amour de la musique. Aussi décevante qu’elle ait pu être pour les uns, la carrière de Johnny Marr est marquée par une forme d’intransigeance décidée qui finit par payer ici. En restant droit dans ses bottes et fidèle à son éthique « à l’ancienne », Marr est de nouveau au goût du jour, un monument classique et rebelle à la fois, indémodable et crâneur, surdoué et intouchable. Son autobiographie, dont on avait causé à sa sortie anglaise l’an dernier, sortira en français le 30 août, aux Editions du Serpent à Plumes. Il faut s’y précipiter pour comprendre ce qui se joue ici. Marr est un génie et un joyau qui s’entretient à la serpe et au burin. Le rock est une exigence. Marr est l’un de ses apôtres.

Johnny Marr – Rise

Johnny Marr – Walk Into The Sea

Tracklist
01. Rise
02. The Tracers
03. Hey Angel
04.Hi Hello
05. New Dominions
06. Day In Day Out
07. Walk Into the Sea
08. Bug
09.Actor Attractor
10. Spiral Cities
11. My Eternal
12. A Different Gun
Ecouter Johnny Marr - Call The Comet

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