Singe Chromés : rencontre avec un animal singulier et un personnage fascinant

Singe ChromésCe fut l’une des découvertes majeures de notre année 2014. D’abord une « gueule » sur une magnifique pochette de disque vinyle, puis des chansons à la poésie vénéneuse, des images du quotidien dépeintes avec justesse, des histoires au romantisme noir. Enfin, la rencontre d’un type tout à la fois simple et hors norme, à l’issue d’un concert intense.

Mais, même si Denis Scheubel répond à quelques-unes des nombreuses questions que suscitent son album et ses prestations, le Singe Chromés reste mystique et cet artiste à part est décidément insaisissable.

Crédit photo : Eric Antoine.

Tu viens de Mulhouse et pourtant sur scène, tu parles en anglais et laisse croire que tu es anglophone. Pourquoi as-tu adopté cette posture ?

Au début c’était un jeu qui est devenu une seconde nature. Ca donne corps aussi aux influences anglo-saxonnes et « alien » de notre musique. La langue anglaise est importante dans ma vie et parfois plus adaptée aux textes. En outre, cela rend plus intéressant de venir d’ailleurs. Au moins un peu semble-t-il.

Les deux musiciens qui t’accompagnent sur scène s’effacent pour te laisser la vedette (bien qu’ils jouent très bien). Qui sont-t-ils ? Quel est leur rôle au sein de Singe Chromés ?

Franck et Mathieu sont le groupe. Depuis son origine. Ils ont choisi spontanément de paraître ainsi (NDLR : tout deux sont habillés de la même façon, avec une capuche qui les rend difficilement discernables l’un de l’autre). La musique de Singe Chromés leur doit autant qu’a moi. Si un jour ils décident de jouer en smocking et sur le devant de la scène, j’en serai le premier heureux. Sans eux, le Singe Chromés serait une espèce en voie de disparition !

L’instrumentation est minimale, le son est rêche, tendu et tu sembles privilégier un certain dénuement. Est-ce le fruit d’un choix artistique ou par défaut de moyen ? Comment s’est passé l’enregistrement de ton album ?

Les deux à la fois. J’aime des musiques qui sont très opposées du point de vue des ambiances. Celle-ci semblait bien convenir aux titres de l’album et à son interprétation sur scène. Mais rien ne doit être un dogme…

Pour tous ceux qui t’auront découvert avec la parution du premier album de Singe Chromés, tu sors de nulle part. Tu as pourtant déjà réalisé plusieurs disques par le passé. Pourquoi ce silence pendant des années ? Pourquoi ce changement de nom et d’identité musicale ?

C’est une longue histoire que celle de la musique et moi. Disons que j’ai toujours fait ce que j’ai pu avec ce que les moyens permettaient. Les noms et formations des groupes changeaient avec les périodes. Pâtes De Fruit / Big Mini / Charles Dexter Ward / Schmidt Five / Chokopops / Sined /etc. Les périodes de silence correspondent à des productions plus confidentielles.

Tu peux nous expliquer d’où vient le nom de Singe Chromés et pourquoi cette faute d’accord ?

Je suis américain et maîtrise mal votre langue. Et aussi, je m’autorise une liberté orthographique après presque 600 ans de vertu dans ce domaine. J’ai un Singe Chromés dans ma poche. Offert par mon tigre… Quand je le regarde, c’est nous !

La musique n’est pas ta seule activité artistique. Que fais-tu donc en parallèle ? Est-ce que cela influence ta musique ?

Je suis artiste plasticien et peintre. J’essaie de séparer totalement les différentes disciplines mais sans doute y a-t-il des capillarités inconscientes entre arts plastiques, écriture et musique.

Tu n’as pas d’accès à un internet à domicile et tu es obligé de te rendre dans un cyber-café pour lire sporadiquement tes messages (et répondre à ces quelques questions). C’est un refus délibéré de la nouvelle technologie ? Une façon de te protéger ? De t’isoler ?

Il y a un peu des deux, sans rejet de l’univers numérique. Les deux mondes sont des illusions totales, anyway. Peut-être suis-je un peu paresseux au moment d’envisager d’apprendre.

Comment en es-tu arrivé à réaliser cet album sur la maison d’édition et agence de communication Mediapop qui n’avait pas jusqu’alors produit de disque ? D’ailleurs, l’album n’est disponible qu’en format vinyle et sans coupon mp3. Est-ce uniquement pour ne pas dénaturer l’œuvre ?

L’initiative de produire l’album de Singe Chromés est de Mediapop. Le vinyle est un choix sonore, musical de ma part, en plus de la réalisation d’un rêve de gosse. Le CD pour moi est un support d’informations, pas un support d’oeuvre. Quant à l’absence de coupon mp3, c’est une négligence de ma part. Sorry pour les mptres ! J’ai adoré que ce soit un vinyle. Il y en aura d’autres je pense.

La photo qui illustre ton album est saisissante et assoie immédiatement un certain esthétisme. Des mois après ce choix, tu assumes toujours de voir ta « gueule » en grand sur des affiches ? Est-ce que tout ceci est à mettre en rapport avec les paroles de « Mythe » ?

J’assume complètement les choix que nous avons faits pour le graphisme de l’album. Bon, au delà du format A2, ça devient très … présent. Le rapport avec « Mythe » n’existe pas. Etre un mythe est le résultat d’un destin et ça a quelque chose de fatal. Il n’y a pas de « mythe academy ». Pas encore ! Le mythe est involontaire en tant que mythe. Il choisit juste la façon de donner un sens à sa vie (dans le sens de la vie). Celui qui veut être un mythe à tout prix  risque de devenir un termite… oublié avant d’être.

Quand j’ai écouté « Poisons » pour la première fois, juste en ayant vu la photo sur le LP, je me suis demandé ce que tu avais vécu pour écrire ces paroles. De même, quand je t’ai rencontré et que nous avons un peu discuté après le concert, je me suis rappelé le texte de « La Fermeture ». Jusqu’à quel point tes textes sont-ils autobiographiques ?

Les textes de Singe Chromés sont des courts métrages, à forte teneur autobiographique. Je les vois sous mes paupières fermées. « Poisons » et « La Fermeture » sont finalement des histoires très banales et quotidiennes. Tout est poison n’est-ce pas ? C’est peut-être juste une question de dosage.

Tu sembles vivre en marge du petit monde des médias et te contrefiches des effets de mode. Pour autant, partages-tu des affinités avec d’autres artistes français ?

J’aime nombre d’artistes français (liste incomplète et très personnelle) : Gainsbourg/ Marquis De Sade / Les Thugs / Brel / Les Dogs / Nougaro / Sexy Sushi / Last Train / Kings Of Leon / Royal Blood / Joy Division / Les Beatles/ Nana Mouskouri et tant d’autres…

Quels sont tes projets à venir ?

Plein de projets ! Singe Chromés, un autre groupe, des boulots vidéo, un film, un long texte à finir, enfin travailler quoi. Prendre mon pied, me décoincer un peu, aimer mieux la vie et les autres, avoir quelques secrets et te remercier très fort.

Ecrit par
Ecrits aussi par Denis

SPARKLING / I Want To See Everything
[Vitamin A Records]

La parution d’un EP malin (This Is Not The Paradise They Told...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *