Les Instantanés d’Imara #27 – Rock et dessins animés

Rock et dessins animés par ImaraNoël, c’est la fête des enfants, des petits comme des grands. Et si il y a bien une musique qui exalte la jeunesse, c’est le rock’n’roll. Le rock est étroitement lié à une autre pratique artistique : le dessin. On connaît notamment les liens entre le rock et la BD ou l’illustration, que ce soit en France avec des dessinateurs comme Frank Margerin, Serge Clerc ou Guy Peellaert, ou aux Etats-Unis avec Robert Crumb (qui pourtant déteste le rock), John Holmstrom, les frères Jaime et Gilbert Hernandez, Peter Bagge

La BD comme le rock fut une discipline marginale, jugée comme juvénile voire enfantine et mal vue auprès des apôtres de la culture et du bon goût excellant dans l’art de l’hypocrisie et du retournement de veste. Le rock et la BD étaient donc faits pour se rencontrer. Mais le rock et le dessin sont aussi unis d’une manière plus méconnue: par l’animation. Si les liens entre le dessin animé et le rock sont moindres par rapport à la bande dessinée, on peut citer dans les années 60 à 80 Yellow Submarine, beau long-métrage animé à la gloire des Beatles (et le cartoon dont ils ont auparavant fait l’objet), les films de Ralph Bakshi (notamment l’adaptation de Fritz le Chat de Crumb) ou Rock n’ Rule (1983), film d’heroic-fantasy façon Disney pour adultes avec entres autres Lou Reed et Debbie Harry participant à la bande-originale.

Mais c’est à partir des années 90 que les liens entre rock et animation se renforcent. Le dessin animé américain connaît un nouvel âge d’or, aussi bien au cinéma qu’à la télévision. Une nouvelle génération de dessinateurs et d’animateurs biberonnés au rock émerge. Ces dessinateurs sont désireux de rompre avec les années 80, dont la production animée aux Etats-Unis fut essentiellement marquée par des dessins animés bourrins destinés à vendre des jouets (Les maîtres de l’Univers, Transformers..).

Dans les années 90 les artistes reprennent les commandes et injectent une dose de rock dans leurs œuvres. On peut par ailleurs dresser un parallèle entre ces cartoonists et certains rockers des années fin 70 et début 80: ils prônent un retour aux sources avec une touche de modernité. Musicalement, c’est le punk rock et les revivals qui ont suivi (rockabilly, ska, mods..). En animation, il y a les productions Warner pour la télévision comme les Tiny Toons ou Les Animaniacs qui renouent à la fois avec le style graphique et l’esprit des cartoons des Looney Tunes des années 40 et 50, tout en y apportant un regard et des références plus actuelles (du moins pour l’époque, mais ça se regarde encore très bien). Au milieu de la décennie, la chaîne Cartoon Network arrive sur les ondes avec des cartoons comme Le Laboratoire de Dexter ou Johnny Bravo crées par de jeunes artistes passionnés qui reprennent le graphisme stylisé et simplifié des studios UPA et Hanna-Barbera des années 50/60 en les remettant au goût du jour.

Au cinéma, Disney retrouve sa grandeur du temps de Walt en enchaînant classiques sur classiques (La Belle et la Bête, Aladdin, Le Roi Lion) après un passage à vide de deux décennies. Mais leur conception du rock se limitant à Phil Collins et à Sting, les studios Disney sont ici mentionnés à titre purement anecdotique et historique, Disney étant à l’animation ce que Elvis au rock: l’incontournable que tout le monde connaît. C’est donc à la télévision que le rock s’immisce dans l’animation. Dans les séries animées destinées aux adolescents et aux adultes en premier lieu, comme bien sûr Les Simpson (dont le rapport au rock mériterait au moins plusieurs articles), Beavis et Butt-head (le cartoon rock par excellence) ou encore Daria.

Mais le rock est aussi très présent dans les dessins animés pour enfants, ce qui surprend davantage. Les rockers, ces grands enfants, sont sollicités pour doubler des personnages ou composer les chansons des génériques de ces nouveaux dessins animés.

En cette période de fêtes, voici donc un florilège commenté de génériques de dessins animés interprétés par des grands noms du rock. La plupart de ces génériques ayant été doublés en français, seuls les petits anglophones (mais surtout leurs parents) ont profité des talents de grands rockers dans leurs dessins animés préférés.

Cette sélection fera sans doute retomber en enfance certains d’entre vous. D’autres se rappelleront du temps où leurs enfants étaient petits et regardaient ces dessins animés. Et pour une autre frange des lecteurs, c’est un univers qui leur est étranger..mais bon, ça parle quand même de rock, alors pourquoi pas.

Mark MothersbaughLes Razmoket, Super Mario World, Clifford le gros chien rouge

Aux côtés de Gerald Casale, Mark Mothersbaugh est l’autre tête pensante de Devo, groupe formé au milieu des années 70 dans l’Ohio. Ce groupe atypique crée un rock barré retro-futuriste, tant dans sa musique que dans son esthétique. Devo devient culte et fait beaucoup d’adeptes chez les excentriques et les nerds du monde entier. Malgré des titres géniaux comme Mongoloid, Uncontrallable Urge ou leur reprise de Satisfaction (la meilleure version de ce standard trop entendu), c’est avec Whip It que Devo décroche un tube aux Etats-Unis).

Parallèlement, Mark Mothersbaugh est également connu comme compositeur de musiques de films. De films, mais aussi de séries télés et de dessins animés. Il travaille d’abord comme compositeur pour la plus rock des émission pour enfants, Pee-Wee’s Playhouse mettant en scène Paul Reubens dans le rôle de l’homme-enfant Pee-Wee Herman. Mothersbaugh officie aux côtés du dessinateur punk Gary Panter (tout est lié) et cède parfois sa place aux Residents ou à Todd Rundgren (excusez du peu). Mais en ce qui concerne Mark Mothersbaugh au service des œuvres pour enfants, il est mieux connu pour la musique d’un cartoon emblématique des années 90: Les Razmoket. Dans ce dessin animé, crée par le couple Arlene Klasky et Gabor Csupo (également créateurs de

La Famille Delajungle et de Rocket Power), on y suit les petites aventures d’une bande de bébés parlants, entre imagination et réalité. Avec son graphisme atypique, son humour, et les diverses situations du point de vue d’enfants en bas âge,

Les Razmoket deviennent vite le grand succès de la toute jeune chaîne Nickelodeon et des studios du même nom. Mark Mothersbaugh signe le thème principal, ainsi que les musiques de fond, parfois accompagné par son frère Bob, lui aussi membre de Devo. Avec ses tonalités ludiques et enfantines crées à l’aide de synthétiseurs et de jouets, la musique est indissociable du dessin animé et contribue à son originalité et à son succès.

Pour l’anecdote, le design du personnage de La Binocle (Chuckie Finster en V.O) est inspiré de Mark Mothersbaugh.

Le leader de Devo est régulièrement sollicité pour des musiques de dessins animés. Citons également le thème de Super Mario World, travail de commande pour l’adaptation animée du jeu vidéo du même nom dont la musique du générique ressemble fortement à des chutes de studio de Devo ou encore la musique de Clifford, le gros chien rouge, mignon dessin animé sur une petite fille et son chien géant. Ici, Mothersbaugh illustre joliment l’innocence et la vie paisible des habitants de l’île de Birdwell qui fait le charme de ce gentil dessin animé diffusé en France dans l’émission Midi les Zouzous dans les années 2000.

Little RichardLe Bus Magique

Little Richard, pionnier du rock’n’roll et  légendaire interprète de Tutti Frutti, de Lucille et Good Golly Miss Golly acquiert une reconnaissance méritée dans les années 80 et 90, mais de manière un peu saugrenue: d’abord, le rocker flamboyant à la liste de disciples aussi longue que l’introduction de cette article est intronisé dans cette farce qu’est le Rock’n’Roll Hall of Fame (et encore, la liste des nommés avait un peu plus de bon sens qu’aujourd’hui). Il fait ensuite une savoureuse apparition dans un épisode de Columbo avant d’être appelé à interpréter la chanson du générique du Bus Magique, un dessin animé éducatif diffusé entre 1994 et 1997, adapté des livres du même nom. Oui, le subversif Richard Penniman se retrouve à narrer en chanson les aventures de Mme. Bille-En-Tête, extravagante enseignante emmenant ses élèves dans l’espace ou à l’intérieur du corps humain grâce à son bus scolaire magique. S’agit-il du summum de la récupération du rock et de la fin définitive de sa capacité à choquer? Non, sauf pour les puristes coincés. La chanson, certes loin de la furie provocatrice de Little Richard, swingue tout de même pas mal et on sent que notre Petit Richard s’amuse. En somme, c’est à la fois de la pédagogie par le rock et (indirectement) la pédagogie du rock. On ose espérer que des gamins se soient mis à écouter Little Richard grâce au Bus Magique, même si cela semble aussi improbable qu’un noir gay qui chante du rock dans l’Amérique des années 50. Quoique…

Iggy PopLes Zinzins de l’espace

Dans cette production française sous influence américaine, on suit cinq extra-terrestres échoués sur Terre contraints à occuper une maison à louer. Chaque épisode montre un nouveau locataire dont ils essaient de se débarrasser. Outre l’humour, ses personnages loufoques et son animation cartoonesque un peu crade, ce dessin animé a marqué les esprits par la chanson de son générique, interprétée par ni plus ni moins que Iggy Pop.

Le parrain du punk s’implique et le morceau est super grâce à la voix grave d’Iggy, ah refrain accrocheur et aux chœurs de femmes et d’enfants faisant “la la la la la”. C’est un des rares génériques de dessin animé que l’on peut écouter sans ne l’avoir jamais regardé, la chanson était même sortie en single.

Les gens du studio Xilam, à qui on doit Les Zinzins de l’Espace, semblent aimer la musique: les trois cafards que pourchasse le chat Oggy dans Oggy et les Cafards se nomment Joey, Deedee et Marky en clin d’oeil aux Ramones et le générique de La Famille Pirate est de Kid Creole and the Coconuts, qui fait aussi plusieurs apparitions dans la série.

The B-52’s Rocko’s Modern Life

Autre production Nickelodeon, un studio d’animation qui aime le rock. Un curieux cartoon de 1993 à l’humour noir et surréaliste sur la vie quotidienne d’un wallaby et de ses amis et voisins animaux. C’est à partir de la deuxième saison que le générique instrumental laisse place à un nouveau thème signé par les B52s, enfin la moitié d’entre eux puisque qu’il s’agit seulement de Kate Pierson et Fred Schneider. Les grosses réverb’ des guitares et la voix perçante de Kate Pierson scandant le titre du dessin animé montrent bien le côté absurde, exagéré et un peu fou de ce dessin animé à mi-chemin entre la BD underground et Tex Avery. 

Ziggy MarleyArthur

Le fils de Bob interprète la chanson du générique d’Arthur, dessin animé adapté des livres pour enfants de Marc Brown. Ziggy Marley compose ici un reggae pour enfants plein d’optimisme et d’insouciance illustrant avec justesse la vie d’Arthur, un animal anthropomorphe indéterminé entouré de ses parents, sa petite sœur casse-pieds et ses amis. Le dessin animé comme son générique sont une ode à l’enfance qui donnent le sourire.

Brian SetzerDisney Tous en Boîte

Disney est le poids lourd de l’animation, chacun le sait. Le premier nom qui vient à l’esprit pour beaucoup de gens quand il s’agit de dessins animés. De célèbres chanteurs ont interprété les chansons des longs-métrages, mais la vision de la pop et du rock des studios correspond davantage aux goûts d’une bande de cadres sup’ des années 80 que de jeunes punks dessineux: Elton John
(Le Roi Lion), Phil Collins (Tarzan) ou Sting.

Des choix aussi peu fameux que le passé de Walt Disney, donc. En 2001, avec le dessin animé Disney Tous En Boîte, la branche télévisuelle des studios met du piment dans la nouvelle série animée en confiant le thème musical à Brian Setzer. Le chanteur et guitariste virtuose des Stray Cats signe une chanson à la rythmique rockabilly et aux cuivres swing, synthèse entre le rock fifties qu’il l’a fait connaître et les big-bands dans lesquels il s’était reconverti entre temps.

Une invitation rétro à la fête pour ce dessin animé réunissant de nombreux personnages des films d’animation Disney au même endroit, entrecoupé de courts métrages rappelant les vieux cartoons de Mickey et Donald.

Man or Astro-Man ? Jimmy Neutron

Décidément, ils aiment vraiment le rock chez Nickelodeon. Et leurs choix s’avèrent pointus, comme avec le générique de Jimmy Neutron.

Ce dessin animé en 3D des années 2000 suit les aventures d’un petit garçon surdoué. Inventeur à ses heures perdues, ses machines lui attirent souvent des ennuis, ainsi qu’à ses deux copains, Sheen et Carl. Le thème principal est de Brian Causey, alias Star Munch, guitariste du groupe de rock instrumental Man or Astro-Man?.

Issus du label Estrus Records, un des labels phares du garage 90’s comptant dans leurs rangs The Mummies ou les 5.6.7.8s, Man or Astro-Man sonne comme un croisement entre Dick Dale et Devo. Un choix qui sied parfaitement à ce dessin animé dont l’animation en 3D (qui a un peu vieilli) ne manque pas de personnalité et son univers teinté de science-fiction parodique. En V.O, la chanson du générique de Jimmy Neutron est sûrement la meilleure de cette liste avec le générique des Zinzins de l’Espace grâce à sa ligne de basse (qui rappelle Where’s Captain Kirk de Spizzenergi), sa guitare typiquement surf et son thérémine indispensable pour donner un côté S-F des années 50.

Tom JonesDuck Dodgers

Basée sur un court-métrage de Chuck Jones de 1953 (Duck Dodgers in the 24th and a half century), cette série animée suit Daffy Duck et Porky Pig dans les rôles du capitaine Duck Dodgers et du Cadet de l’Espace, défendant la Terre contre les Martiens.

D’abord blouson noir dans sa jeunesse avant de devenir charmeur de ses dames dans les années 60 avec des tubes comme It’s Not Unusual, ou What’s New Pussycat, le crooner gallois Tom Jones s’offre une nouvelle jeunesse dans les années 90 notamment avec des apparitions dans le Prince de Bel-Air, les Simpson et Mars Attacks. C’est ainsi qu’il est choisi pour chanter le générique de Duck Dodgers en compagnie du groupe de rock indé psychédélique américain The Flaming Lips. La chanson sonne comme une parodie d’un générique de James Bond (Tom Jones avait chanté la chanson d’Opération Tonnerre) et son côté hyper dramatique reflète l’image faussement héroïque du personnage principal. Un générique réussi pour ce qui reste à ce jour la meilleure adaptation moderne des Looney Tunes. Pour l’anecdote, Tom Jones apparaît dans un épisode très amusant où il se retrouve avec la voix de Daffy Duck.

Lux InteriorBob l’Éponge

Petite exception par rapport à l’ensemble de cette liste, puisqu’il ne s’agit pas du générique de Bob l’Éponge, mais d’une chanson écrite pour un épisode diffusé en 2002. Il aurait toutefois été dommage de ne pas la mentionner étant donné que ce n’est nul autre que Lux Interior derrière le micro. Sous forme de marionnette d’oiseau, le chanteur des Cramps nous livre Underwater Sun, un titre entraînant légèrement sixties sous fond de guitare fuzz qui nous plonge dans le monde de Bob l’Éponge et des habitants de Bikini Bottom.

À noter que David Bowie, John Lurie et Henry Rollins ont également prêté leur voix à des personnages de ce dessin animé apprécié par un large public.

Lire aussi :
Le Jukebox d’internet
Holly Golightly et les filles de Medway
Les Instantanés d’Imara #22
Les Instantanés d’Imara #21
Les Instantanés d’Imara #20
Les Instantanés d’Imara #19
Les Instantanés d’Imara #18

Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Écrit par
Plus d'articles de Imara
Les Instantanés d’Imara #23 – Holly Golightly et les filles de Medway
La sortie d’un nouvel album d’Holly Golightly et la reformation des Headcoatees...
Lire
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *