Suede / Antidepressants
[BMG]

8.7 Note de l'auteur
8.7

Suede - AntidepressantsOn aurait presque des scrupules à dire trop de bien d’un disque de Suede en 2025, nous qui ne nous étions pas enthousiasmés pour le groupe depuis… 1994 et la sortie de Dog Man Star. On a toujours aimé Brett Anderson avec beaucoup de méfiance et de modération, incapable le plus souvent de soutenir ce rythme glam, pompier et sur-réel sur plus de quatre ou cinq titres. Il y a toujours un temps, dans un album de Suede, où l’on décrochait avec l’idée d’en avoir trop pris, une sorte de sensation sourde et indécise d’écœurement, propre au genre dans lequel le groupe évolue : beaucoup de guitares, trop de notes, d’échos, d’envolées vocales.

Mais il faut avouer (sans AUCUNE originalité puisque tout le monde à juste titre salue le disque) qu’Antidepressants est un disque remarquable et un album que le groupe lui-même ne devait plus vraiment espérer à ce stade de sa carrière. C’est artistiquement, techniquement, le meilleur disque qu’on peut obtenir d’un groupe qui, depuis son retour en 2013 avec Bloodsports, donne de ses nouvelles tous les trois ou quatre ans, sans donner à croire qu’il pourrait à nouveau briller sur le devant de la scène. Brett Anderson et sa bande ont livré des concerts mémorables, tranchants, emballants, sulfureux mais ils n’avaient plus signé d’albums aussi intenses depuis quasiment 30 ans. Avec ses 11 titres et 39 minutes, Antidepressants est un album dense et sans véritable point faible et c’est ce qui est prodigieux. On a déjà parlé de l’excellent Dancing With The Europeans mais on pourrait tout aussi bien parler du très sombre et remarquable Antidepressants. Les guitares sont tendues, électrisantes, affûtées comme jamais, tantôt glam, tantôt cold wave, tantôt punk. Anderson a retrouvé tout son mojo et évolue en funambule magicien avec une amplitude vocale, émotionnelle remarquable. Sur l’assez anodin My Sweet Kid, il livre une performance classique et appliquée, mais suffisamment bien écrite pour que la chanson tienne debout.

So don’t get too close to me
I can’t promise you a miracle
But I will be there if you think of me
There like a beat at the back of your skull

C’est du rock classique et comme on peut attendre de Suede. Sur The Sound and The Summer, on retrouve la magie futuriste et SF qui irriguait les meilleures pièces de l’ancienne Suede. C’est retour vers le futur avec une référence assez franche au Crash de Ballard et aux déboulés autoroutiers d’hier : sirènes, voitures de police et accidents glamour. Comment faire du neuf avec du vieux, du sexy avec du morbide et un brin réchauffé.

With the sound of police cars giving chase
Put your foot to the pedal, you are momеnts from disgrace
With our arms out the window, our heels on the dash
‘Causе you’ve never been loved till you’ve been loved in a crash

On marche à fond comme si on écoutait ça pour la première fois. Le travail de Richard Oakes à la guitare et de son compère Matt Osman à la basse tient la baraque bien servi par la batterie d’un Simon Gilbert jamais envahissant mais précis en diable. Certains se lasseront quelque peu sur la fin d’une répétition Suedesque des motifs et des effets. Criminal Ways donne une sensation de déjà entendu mais fait un bel éloge (anchronique) de la séduction des criminels et des bandits. Suede se renouvelle avec un Trance State en forme de balade à la New Order. C’est un peu long mais le mouvement est bien construit et conduit jusqu’à l’encore meilleur Life Is Endless, Life Is A Moment, remarquable final ralenti et post-gothique qui nous fait penser aux Sisters of Mercy ou aux Virgin Prunes. Le tout, sorte de réflexion sur le temps qui passe et la fragilité de la vie, est bien secoué par l’intermédiaire et pétillant June Rain, pièce épique bouleversante et sommet émotionnel d’un disque qui ressuscite un passé glorieux avec une facilité déconcertante. Anderson s’envole tel un extraterrestre urbain, emmené par le flot des véhicules globules dans le trafic sanguin.

I’m an alien on the opposite side of the road
And you wave to me, despite the fact that I’ve let myself go
So I close my eyes and walk into the traffic flow
Walk into the traffic flow

Antidepressants est un sacré disque. Il ne s’agit pas de pure nostalgie pour une fois. Celles et ceux qui tentaient d’aimer à nouveau Suede comme en 1992 ou 1993 et qui faisaient semblant depuis, n’auront même pas à se forcer. C’est une prouesse de servir un disque de ce niveau après autant de temps, d’errances et de tentatives à demie réussies.

Tracklist
01. Disintegrate
02. Dancing With The Europeans
03. Antidepressants
04. Sweet Kid
05. The Sound And The Summer
06. Somewhere Between An Atom And A Star
07. Broken Music For Broken People
08. Trance State
09. Criminal Ways
10. June Rain
11. Life Is Endless, Life Is A Moment
Écouter Suede - Antidepressants

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