Supachill / Sofa
[Banzaï Lab]

7 Note de l'auteur
7

Supachill - SofaSupercombo constitué d’un assemblage de chanteuses soul, de MCS, de rappeurs et de musiciens jazz, Supachill est une curiosité qui ressuscite l’esprit des grandes familles musicales Northern Soul où les talents et les genres se mêlaient sans s’interroger pour savoir qui faisaient du trip-hop, de la soul, du rap ou du dub. C’est ainsi la plus grande réussite de ce premier album, Sofa, que de proposer une musique libérée des genres et des influences et qui évolue dans la plus grande liberté, tout en respectant les codes et le cadre des chansons et séquences qu’elle s’est donnés. Mars en Jazz est un parfait morceau d’ouverture à cet égard qui donne aussi bien à entendre la voix remarquable de Mélanie Demaria que le flow agile et incisif de Nuffsaid. Développé à la cool le morceau traîne en longueur pour nous plonger dans une ambiance claire obscure bienveillante et envoûtante qu’on associe peu aux nuits marseillaises d’où nous vient ce petit monde.

On se croirait à un afterwork du côté de la Nouvelle Orléans ou de Minneapolis à l’écoute des morceaux qui suivent. Prince n’est pas là mais on croirait bien que Mavis Staples est dans la place, tandis que des cuivres bebop déroulent des beats envoyés par Mister french Wax et Lil Fish en apesanteur. Le morceau titre, Sofa, est une superbe réalisation collective où chacun semble parfaitement positionné. Sébastien Ruiz-Levi occupe souvent une place importante avec sa trompette pour donner le ton du morceau. Youthstar, en guest, met le feu sur Open Up, tandis que Supachill joue au big band à l’arrière-plan. Le groupe évolue dans un registre old-school mais sans jamais sonner passéiste ou simplement nostalgique d’une époque disparue. Entre résurgences reggae et ragga (Money Maker) ou quasi new jack (Bring the rain), on évolue toutefois dans une temporalité singulière, tournée vers le passé et une forme de communauté fantasmée, qui pourra en gêner quelques-uns pour son côté exercice de style ou détachée des réalités du son. Cela n’enlève rien à la limpidité classique d’une composition comme Sold Out qui brille par son évidence et son élégance à la Coolio. Difficile, un peu plus loin, de résister à l’énergie de The Scribbler ou au message fédérateur et libérateur d’un Peace qui nous ramène à des souvenirs de trip hop anglais à la Morcheeba.

Il y a une telle joie de jouer et d’être ensemble ici qu’on se prend à taper du pied et à sourire à la moindre intervention, comme si les musiciens lorsqu’ils entraient dans la danse, nous jetaient un regard complice et chaleureux, ou nous demandaient la permission d’y aller. Cette force et cette souplesse du collectif font de ce disque une vraie curiosité et un emblème tout à fait réjouissant de la supériorité du collaboratif sur les efforts solo. Sans quitter son canapé et avec les doigts en éventail, on a l’échine qui tremble et vibre, comme il se doit, sous l’effet du Supachill, ce super frisson annoncé par le nom du groupe et qui n’était pas une promesse en l’air.

Tracklist
01. Mars en Jazz
02. Shaolin Soul Sister
03. Sofa
04. Open Up feat. Youthstar
05. Money Maker feat. Skarra Mucci
06. Bring The Rain
07. Sold Out
08. The Way
09. The Scribbler
10. Peace
Écouter Supachill - Sofa

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