Super Hommage pour le Super 8 de Los Planetas

Los Planetas tribute - Super HVoilà plusieurs années qu’on tourne ici autour du cultissime groupe espagnol Los Planetas, loupant ou presque les occasions de vous parler de leur derniers disques ou projets absolument recommandables : Las Canciones Del Agua en 2022 ou l’an passé le projet ciné-musical Plena Pausa de son chanteur et guitariste J autour de l’œuvre du cinéaste expérimental basque Iván Zulueta. Sans oublier ce qui restera peut-être leur chef-d’œuvre, [Zona Temporalmente Autónoma] en 2017 ou le projet Fuerza Nueva avec le chanteur flamenco El Niño De Elche en 2019 qui jouait de façon incroyable avec les codes visuels franquisto-fascistes à la manière et l’inspiration de Joy Division et New Order. Bref, un groupe absolument majeur, prophète en son pays mais si peu hors de ses frontières et notamment les plus proches où l’espagnol semble cantonné à quelques tubes de campings et autres bouses FM plus ou moins caribéennes mais surtout anabolisées et d’un goût douteux.

Pourtant, il faut reconnaitre que le goût de leur premier album, Super 8 en 1994 n’était pas non plus si agréable que ça. Repéré par la major RCA après un unique single sur le tout jeune label madrilène Elefant Records en 1993, le groupe baignait alors dans une sorte de power pop balourde sans grand intérêt, sauf pour des milliers de jeunes espagnols pour qui il allait être une révélation, la bande son d’une adolescence électrique où tout devenait possible, à commencer par le fait de se saisir sans trop réfléchir d’une guitare, d’une basse ou passer derrière la première batterie venue et se mettre à jouer. Les artistes en herbe ont bien grandi et, devenus parmi les artistes « indés » les plus réputés d’Espagne, les voilà 30 ans plus tard à célébrer la bande-son de leur jeunesse à travers la compilation Super H (Homenaje al Super 8 de Los Planetas) sortie ce 4 avril sur les plateformes et en édition vinyle ultra-limitée par le label Casa Maracas. On y retrouve la fine fleur de la pop musclée espagnole avec les très hype Carolina Durante, le farfelu Marcelo Criminal et les plus inégaux Cala Vento ou Los Punsetes, jamais complétement convaincant malgré une carrière dorénavant bien remplie. La compilation est aussi l’occasion de quelques belles découvertes avec la pop endiablée de Depresión Sonora, le post punk d’Alcalá Norte ou la délicatesse de Las Dianas qui transforment une Brigitte à l’origine bourrée de tics wock’n’woll bien lourdingues en une magnifique balade.

Mais comme souvent, ce sont vers les chouchous dont on est toujours ravis de découvrir un inédit que vont les préférences. C’est d’abords les quatre musiciennes de Melenas qui “mélénisent” Jesús, un titre qui comme d’autres sur cet album a plutôt mal vieilli mais qui en revêtant le costume désormais habituel des navarraises, claviers en avant sur une grosse rythmique robotique retrouve une seconde jeunesse. Quant aux galiciens de Triángulo De Amor Bizzaro, il s’emparent fort logiquement d’un La Caja Del Diablo qui était sans doute déjà le meilleur morceau de l’album original avec ses 9 minutes de noisy psychédélique et qui colle à merveille à leur univers bruyant et quelque peu fantastique, gommant l’excès de psychédélisme pour en faire un brûlot noise redoutable.

Mention spéciale pour finir au superbe univers visuel qui encadre le projet, une nouvelle fois œuvre de l’omniprésent designer donostiarra Javier Aramburu qui réalise, outre la pochette, les «visualizers», ces illustrations vidéos qui ne sont pas vraiment des clips mais qui, à coup d’ingéniosité et d’une esthétique pleine de clins d’œil, méritent tout de même un petit détour : couleurs du drapeau andalou, motifs des céramiques typiques du sud de l’Espagne, grenades succulentes et ce petit bonhomme à guitare que les plus calés auront reconnus comme le petit personnage de la pochette d’origine, déjà à l’époque signée du basque, tout ramène à l’univers du groupe de Granada.

Alors oui, même si ici, on préfère de loin Los Planetas patinées aux cheveux blancs mais à l’inspiration sans cesse renouvelée depuis quelques albums, ce petit saut dans le temps et ces relectures dans l’ensemble plutôt convaincantes témoignent d’une influence majeure sur une scène extrêmement active, de laquelle sans doute plus qu’ici des groupes parviennent à s’extirper pour toucher un plus large public, exactement comme a su le faire leur modèle qui ne cesse de célébrer depuis un an les 30 bougies de cet album séminal.

Tracklist
01. Carolina Durante – De Viaje
02. Depresión Sonora – Qué puedo hacer
03. Cala Vento – Si está bien
04. Alacalá Norte – 10k
05. Melenas – Jesús
06. Él Mató A Un Policía Motorizado – Estos últimos días
07. Las Dianas – Brigitte
08. Marcelo Criminal – Rey sombra
09. Los Punsetes – Desorden
10. Triángulo De Amor Bizarro – La caja del diablo
11. Edu Requejo – Manchas solares (bonus track)
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