The Chills / Snow Bound
[Fire Records]

7.2 Note de l'auteur
7 Note de David
7.1

The Chills - Snow BoundC’est l’éternelle question avec le groupe de Martin Philipps : est-ce que c’était mieux avant ? The Chills est revenu officiellement aux affaires, après une petite dizaine d’années de pause, avec un bel album en 2015, Silver Bullets. Déjà à l’époque, on s’était posé la question de savoir si cela valait encore la peine de suivre un groupe qui avait sûrement dit ce qu’il avait à dire sur ses deux ou trois premiers albums. Brave Words en 1987 et Submarine Bells, trois ans plus tard, sont des références de la pop (néo-zélandaise) de l’époque. Les Chills ont une petite place au panthéon des orfèvres appliqués, des mélodistes et des chanteurs élégants. Ils se tiennent quelque part entre The Chameleons, les Go-Betweens et Lloyd Cole dans une écurie secrète où l’on monte les tubes pop passés inaperçus comme des chevaux de course. Alors oui, cela vaut la peine d’écouter ce disque parce que la pop n’est qu’un éternel recommencement et parce que les morceaux de Philipps sont suffisamment hors du temps pour être appréciés hier comme aujourd’hui. Non, le groupe ne fait ni mieux, ni plus important que par le passé, ce qui n’enlève rien à sa performance de « petit maître ».

Avec Snow Bound, les Chills signent, en effet, un sixième album qui s’écoute avec un immense plaisir pour ce qu’il a à donner, à savoir une classe et une légèreté intactes. Les chansons sont plutôt uptempo, positives et chargées d’espoir. C’est parfois à la limite de la guimauve comme sur le rêveur The Greatest Guide, arrangé comme une chute de studio de Prefab Sprout mais souvent plus que bien fichu à l’image du titre d’ouverture, Bad Sugar, au son pop décontracté et archétypal de ce que le groupe fait le mieux : nous balader dans l’harmonie et le confort d’une voix chaude et d’arpèges pop piqués dans les livres d’école. Avec un peu d’audace, on pourrait qualifier l’album Snow Bound de chaleureux… et « doudouille ». « Doudouille », oui, c’est-à-dire épais et soyeux comme un vieux plaid dans lequel on se love à l’arrivée de l’hiver, accueillant comme un pull Cajoline ou une couverture en mohair. On n’est pas certain que ces comparaisons soient vraiment favorables à ce qui se veut, tout de même, un album de rock indépendant mais les compositions de The Chills sont tellement rassurantes et peu dérangeantes qu’on a parfois l’impression ici d’avoir emprunté un disque à nos grands-parents qui travaillaient dans l’administration. Paradoxalement (et malgré tout), ce côté académique et attendu n’enlève pas grand-chose à l’émotion qui se dégage des dix morceaux, ni à leurs qualités. Si Time To Atone avec sa mélodie à siffloter et son synthé sirupeux en fait trop à notre goût, impossible de ne pas frissonner à l’écoute du remarquable Scarred. La chanson est à la fois classique, puissante et soutenue par un solide refrain. Complex fait encore mieux avec un groupe à l’offensive, rapide et incisif. « I am not the man you think i am / I am a complex piece of the plan », chante Philipps dans un texte plutôt moyen mais parfaitement adapté au rythme enlevé du morceau. Un synthé/orgue accélère encore la cadence pour faire de cette chanson une sorte de décalque old school des Inspiral Carpets. C’est sans hésitation la chanson la plus réussie ici, un petit miracle où la pop néo-zélandaise prend des allures de Charlatanerie, dansante et enjouée. On peut ensuite se reposer dans les bras d’un Deep Belief folk et beau comme un feu de cheminée. Il faut savoir faire ce genre de musique et les Chills nous servent la soupe avec une sophistication qui vaut tous les croûtons du monde. C’est pour ce genre de compositions magnifiques qu’on est là sans aucun regret. La nostalgie a un prix : celui d’oublier d’où on vient et l’âge qu’on aura au réveil.

Il y a quelques instants ici où l’horloge s’arrête et où on a l’impression d’être capturé dans la boule à neige splendide qui tient lieu de couverture à l’album. Il faut dire que le groupe fait tout pour nous maintenir en lévitation. Le son se durcit un poil sur l’intro de Lord of All I Survey, avant d’ouvrir sur un long panoramique, pastoral et quasi religieux. Il y a de la délicatesse et un certain sens du sacré dans ces chansons, une douceur et une vision humaniste de l’homme qui donnent le sourire. Snow Bound, la chanson titre, est d’une efficacité pop redoutable, mais réussit à se faire déborder en virtuosité par les deux morceaux qui ferment la marche. The Chills signe notamment avec In Harmony (le dernier morceau) une sorte de petit classique instantané, une chanson que les trois quarts des songwriters de la planète n’égaleront jamais. C’est plein de grâce et en même temps fort comme un bœuf, efficace et poétique à la fois. Le chant de Philipps est remarquable. Sa voix module avec une variété d’effets qui impressionne et permet de conclure cet album sur une note très très positive.

Avec les réserves d’usage (l’absence de surprise et le manque d’enthousiasme qui entoure souvent les re-retours, qui plus est de groupes évoluant dans un style parfaitement défini), on peut considérer que The Chills signe avec Snow Bound l’un des retours les plus convaincants et réussis depuis celui des Modern English, il y a deux ans. Les deux groupes ont su prolonger leur œuvre avec intelligence, sans se renier et en y insufflant suffisamment d’envie et de plaisir de jouer ensemble pour que cela ait un effet vivifiant et positif sur… nos vies. Snow Bound est un album de musique « feel good », pas ces atrocités RnB et marketées qui passent à la télé : juste, un album de belle pop à papa qui met du baume au cœur et donne envie de tomber amoureux.

Tracklist
01. Bad Sugar
02. Time To Atone
03. The Greatest Guide
04. Scarred
05. Complex
06. Deep Belief
07. Lord of All I Survey
08. Snow Bound
09. Eazy Peazy
10. In Harmony
Écouter The Chills - Snow Bound

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