Si The Divine Comedy reste une attraction scénique bourgeoise de premier plan, un groupe virtuose et qui sait y faire lorsqu’il s’agit de donner vie à un concert, cela doit bien faire quinze ans qu’on ne s’est plus enthousiasmé pour les productions discographiques de Neil Hannon. Absent Friends et Victory for the Coming Muse restent les deux derniers disques intéressants de l’Irlandais qui (selon nous) s’est perdu diversement depuis entre grandiloquence (avalé par l’une de ses plus grandes qualités), boursouflure (un risque présent en permanence dans le genre de pop orchestrale qu’il a popularisée) et problèmes de tempo. C’est ce dernier défaut qui est, selon nous, le plus difficile à contrecarrer, les deux autres étant quelque peu subjectifs : The Divine Comedy est devenu un groupe qui joue trop vite et trop haut ou au contraire se traîne comme une limace de conservatoire. On a perdu la petite étincelle de spontanéité, de malice et le peps qui rendaient sa musique brillante. On a assez peu goûté la période napoléonienne qui était peut-être une sorte de mouvement post-glam caché, pas plus adoré la comédie musicale sur le monde de la finance et du travail, Office Politics mais on espérait pas mal de Rainy Sunday Afternoon sur la foi des singles qui s’en étaient échappé.
Le disque évolue en eaux très tranquilles et dans un tempo quasi exclusivement ralenti de piano bar/crooner downtempo. C’est un registre qui va bien aux compositions émouvantes et profondes de Neil Hannon et lui donne des allures de Burt Bacharach du pauvre qui a souvent masqué quelques insuffisances. Achilles avait agi en trompe l’œil mais s’avère finalement un assez bon résumé des qualités et des faiblesses du disque. Le ton confessionnel et l’envie d’amener de la densité sont présents. Il y a une certaine élégance dans l’accompagnement, un esprit de sérieux qui s’expriment et qui, associés au côté western spaghetti de la production, donnent une contenance et une certaine majesté au morceau. En même temps, Hannon ne renonce pas à en vouloir en faire un tube pop en laissant un bel espace à un refrain qui manque pourtant totalement d’engagement. La mélodie elle-même est gentillette mais tout sauf accrocheuse et mémorable. On se tient au final devant un single vaguement attirant mais pas pleinement convaincant. Ce défaut de tempo va contaminer la quasi totalité des morceaux. The Last Time I Saw The Old Man évoque la vieillesse et sans doute la maladie d’Alzheimer (dont on sait qu’elle a emporté le père d’Hannon). La chanson est juste et s’étire sur plus de quatre minutes qui, comme le faisait Ray Davies des Kinks, se mettent au diapason du texte. La musique et le chant sont donc artificiellement ralentis pour se caler sur l’oubli et la perte de mémoire du vieil homme. Ce n’est pas mal fait mais cela donne un résultat un peu convenu et qui, aux 2ème et 3ème écoutes, est profondément ennuyeux… sauf si on a un intérêt personnel pour le thème. Le mouvement est renforcé par la chanson suivante, The Man Who Turned Into A Chair, une idée assez fantastique et un thème qui permet à Hannon de porter un regard satirique et bien vu sur notre société. Un type dont la vie allait trop vite décide de se transformer en chaise et de ne plus bouger. L’idée (de nouvelle) est traitée comme un conte, avec un chœur, et un phrasé récité plutôt que chanté, qui perd quelque peu le fil de son thème en supposant que la chaise rêve de devenir une… hirondelle. C’est malheureusement raté. La facétie se dilue dans une production qui finit par agacer et surtout ne donne aucun rythme à un ensemble qui aurait pu jouer aisément sur le burlesque. Dommage.
L’ombre des Kinks plane sur l’ensemble du disque comme si Hannon avait voulu écrire son Something Else, un disque souvent brillant mais dispersé et livré aux quatre vents d’une inspiration mal cadrée et qu’il cherche le plus souvent à ralentir. Parmi les réussites du disque, on trouve tout de même le magnifique I Want You, chanson d’amour classique, là aussi très affectée et particulièrement lente, qui propose un beau traitement du thème.
Some people want to build a city
Some people want to build a wall
Some want a rocket ship
To satisfy a dream
Some people seem to want it all
But I want you
Yeah, I want you
Oh, I want you
On se dit que c’est peut-être ce que Hannon réussira à nous fournir de mieux. Et c’est en partie vrai. Au jeu du dialogue avec Ray Davies, Rainy Sunday Afternoon vient défier Sunny Afternoon sur son terrain et est évidemment battu à plates coutures…. Les deux chansons partagent un même schéma de départ : une accroche pop, le départ de la petite amie (une dispute idiote chez Hannon, une fugue en bagnole chez les Kinks) et l’homme seul réfléchit au cours du monde avant… de ne rien en faire chez Divine Comedy alors que la scène saisie par Davies est fabuleusement anglaise, surréaliste, psychédélique et magnifiquement décrite. La comparaison est si cruelle qu’elle ramène des questions à la limite de la méchanceté : à quoi bon Divine Comedy si c’est pour faire ça ? Hannon est-il seulement le petit maître qu’on a toujours aimé voir en lui ?
La réponse reste évidemment oui et trois fois oui. Il n’est clairement pas dans la division supérieure mais le compositeur retrouve des couleurs et ses qualités de description sur l’excellent All The Pretty Lights, l’évocation précieuse, sensible et précise d’un souvenir de jeunesse avec ses parents. Voilà ce qu’on attend d’Hannon, cette précision dans l’émotion et la justesse fraternelle. Il peine de plus en plus dans l’abstraction et l’emphase (Down The Rabbit Hole) mais exprime sa démesure et son intelligence lorsqu’il les met en situation et donne un peu de lui-même. On est à peu près certain que Mar-a-Lago by the Sea est au minimum un rêve personnel, un fantasme. C’est une petite merveille de délicatesse, cocasse et mutine, aux accents des Caraïbes. The Heart Is A Lonely Hunter n’est pas mal non plus avec une belle répétition de motif qui lui permet d’installer une tristesse contagieuse et de couler avec la pièce. La meilleure séquence vient quand Hannon arrête de chanter et de vouloir trop en faire, ce qui… se reproduit sur l’instrumental Can’t Let Go. Trop de Hannon tue la Divine Comedy. On aime ces instants de répit où la simplicité du piano parle d’elle-même et la façon dont elle va préparer un final, Invisible Thread, modeste et bien mené. Ce n’est pas le plus grand titre de The Divine Comedy loin de là, mais on peut le trouver sympathique, optimiste et allègre, et ainsi accueillir le message qu’il véhicule.
Rainy Sunday Afternoon n’est pas un très bon album mais ce n’est pas non plus un mauvais disque. Sa principale qualité tient peut-être dans ses imperfections et dans le fait qu’il rassemble des choses qui n’ont pas la prétention de constituer un tout. Il est moins agaçant que les deux précédents, plus posé, et réussit par intermittence à accrocher une justesse et une sincérité qui faisaient parfois défaut aux dernières productions de Neil Hannon. En cela, on le trouve sympathique et plus qu’écoutable.
02. The Last Time I Saw the Old Man
03. The Man Who Turned Into a Chair
04. I Want You
05. Rainy Sunday Afternoon
06. All the Pretty Lights
07. Down the Rabbit Hole
08. Mar-a-Lago by the Sea
09. The Heart is a Lonely Hunter
10. Can’t Let Go
11. Invisible Thread
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le golden âge de The Divine Comedy (1993/1997 et basta) quelque fulgurance début 2000 sur Absent Friends ét Victory For The Comic Muse , jé l’ai vu 3 ou 4 fois en concert à l”époque ,c’était bien quand c’était plus dépouillé par contre quand il y avais pléthore de cordes ,je me souviens de la tournée Casanova et A Short Album About Love ,ça sonné très rondo vénéziano ,orchestration indigeste et Mainstream j’ai quitté le concert au bout 30 min , pour moi son sommet c’est l’album Promenade en 1994 ,en 2025 cela n’à plus aucun sens de le voir en live et encore moins d’acheté un new album de lui ,
La rédaction reste divisée sur l’appréciation de la carrière de Neil Hannon depuis 25 ans. Je ne suis pas loin de penser comme toi et n’ai pas été emballé par les concerts post 2000 (2 dans mon souvenir), trop pompiers et cabotins pour moi, qui plus est avec des places assez chères et une salle fréquentée par le gratin local. J’ai en revanche (mais c’est peut-être un effet nostalgie) de super souvenirs de l’époque Promenade et Liberation, à Paris. Le dernier album est tout sauf mauvais néanmoins et il y a sur chaque disque un ou deux morceaux qui nous “reconnectent” avec l’ancien Divine Comedy.