Girl Ray / Earl Grey
[Moshi Moshi Records]

7.9 Note de l'auteur
7.9

Girl Ray - Earl Grey Les Girl Ray ont moins de vingt ans, viennent du Nord de Londres et chantent le quotidien comme personne. Il y a une honnêteté, une grâce et une beauté banale qui se dégagent de cette musique et la rendent immédiatement aimable. Alors que d’aucuns continuent de vénérer les femmes plastique à la Lana Del Rey, il va de soi que la vérité de la pop est dans le surf rock de La Luz et la pop sophistiquée de Girl Ray. L’avenir est probablement quelque part aussi dans ces petites symphonies chorales, aux accents prog-70s, féminins et légers comme le vent que le chant de Poppy Hankins entonne ici. Cela démarre dans le négligeable avec le bien tendre Just Like That, comme si tout ceci n’avait aucune importance. Les guitares pétillent façon jangly, les chœurs montent des mayonnaises à la Beach Boys tandis que la chanteuse cabotine à tout va. Et puis la mélodie entêtante verse dans un autre morceau dense et intense comme du Nico. Monday Tuesday est magnifique. La narratrice s’y présente comme il se doit : seule et dans sa chambre, attendant le temps qui vient, l’amour et la destinée. La musique de Girl Ray  balaie un spectre musical plus large qu’il n’y paraît depuis la girl pop attendue, le rock léger, la brit pop et quelques autres. Les arrangements sont audacieux et rendent chaque morceau plus riche qu’il n’en a l’air.

Certains titres fonctionnent comme de mini tubes, à l’instar de Dont Go Back At Ten qui ressemble à un tube pop à la Joe Meek. C’est l’Angleterre des classes moyennes qui se donne à voir ici dans des textes qui sentent bon la vie quotidienne. On rentre chez soi sous la pluie. On doit partir à l’heure. Le garçon n’est pas au rendez-vous. Bientôt le couvre-feu. La voix de Poppy Hankins rappelle celle d’Harriet Wheeler. Les textes font penser à Echobelly, ce genre de groupes que Morrissey rêvait d’embarquer en tournée et de considérer comme des Smiths au féminin. La musique de Girl Ray sent la nostalgie et la tristesse, en même temps qu’elle respire l’espoir. Comme souvent sur ce genre d’albums, les chansons peinent parfois à se distinguer les unes des autres et on peut fatiguer dans la distance. C’est une impression qui est en grande partie contrebalancée par la variété des genres et des influences qui dialoguent chez Girl Ray. Cutting Shapes est emmené par un splendide clavier 60s et s’achève dans un solo instrumental magistral. Preacher est, comme son nom l’indique, plus dans le ton confessionnel. Ce n’est une chanson mémorable. Girl Ray tente de voir plus loin que le bout de son nez pop et s’aventure avec Earl Grey (Stuck in A Groove) dans une construction ambitieuse de 13 minutes. C’est plus audacieux que complètement convaincant mais c’est avec de telles initiatives que le groupe prend toute son importance et offre de belles promesses pour demain. Le texte est remarquable et pur comme du John Betjeman : « The auburn English hills/ The leafy shadows are dak/ What a special kind of art/ The damp december night/ The sticky morning/ O I Love you/ I do. » L’Angleterre dans un mouchoir de poche, une coquille de noix comme ils disent. C’est épatant et cela se prolonge en beauté sur Where Am I Now et Stupid Things (la reprise), l’un des sommets du disque.

Autant dire que Girl Ray réussit pleinement son entrée en matière et signe avec Earl Grey (un titre magnifique) l’un des albums les plus sympathiques, frais et enthousiasmants de l’année 2017. On n’en fera pas des tonnes pour autant : cette musique ne peut pas donner plus qu’elle a, mais on ne peut pas dédaigner le sentiment d’être heureux et en paix avec soi-même, d’être jeune et d’avoir le monde devant soi, quand il se présente.

Girl Ray – Earl Grey sur Bandcamp

Tracklist
01. Just Like That
02. Monday Tuesday
03. Stupid Things
04. Dont Go Back at Ten
05. Cutting Shapes
06. Preacher
07. A Few Months
08. Earl Grey (Stuck in A Groove)
09. Where Am I Now
10. Stupid Things (reprise)
11. Ghosty
12. Waiting Ages
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