Vous le savez, on aime tout particulièrement ici défendre les productions nées de l’autre côté des Pyrénées, vantant même l’aisance remarquable que les musiciens indés espagnols entretiennent avec leur langue maternelle, comparément à leurs homologues français longtemps et toujours un peu gênés aux entournures par l’usage d’une langue fondamentalement associée dans l’histoire de la musique hexagonale à la variété. Mais il y a comme partout des exceptions et New Moon Rising que sortent les catalans de The Lions Constellation sur une nouvelle collaboration entre les labels Shelflife, Too Good To Be True et cette fois Make Me Happy en est une plutôt réussie, anglophone et anglophile. Ça n’est pas vraiment une surprise : même si leur premier et précédent album datait déjà de 2009, on a suivi entre temps le parcours de Raul Jimenez notamment au sein de l’excellent duo plus dream pop Lost Tapes, auteur d’un très bon album et d’une poignée de singles tous plus aguichants les uns que les autres dont un sur l’aïeul de Too Good To Be True, Beko en 2014.
Seize années ont donc passées et le trio n’a rien perdu de sa morgue noisy pop en s’attaquant au versant le plus abrupt du genre, celui qui lorgne plutôt du côté du My Bloody Valentine d’Isn’t Anything, de Sonic Youth ou de Swervedriver, ce clan des guitares sales et des rythmiques bien tanquées, héritiers d’un rock avant tout électrique à la sueur cathartique mais qui ne serait que noise sans ces voix douces et chaleureuses et ces mélodies ancrées dans l’évidence de guitares qui s’évadent du carcan distordu pour divaguer en entrelacs d’arpèges cristallins. Le cœur et la tête entre le feu d’un côté, l’air de l’autre pour souffler à chaque titre sur les braises d’un genre qui jamais ne se consume tant cette alliance, on le sait depuis belle lurette plus improbable du tout, fait mouche pour peu qu’elle soit exécutée avec maestria. C’est bien le cas ici : The Lions Constellation fait preuve d’une impeccable maitrise tout au long des douze titres d’un album certes sans réelles variations (il faudra attendre d’ouvrir la porte de sortie pour changer d’air) mais également sans faux pas ni temps mort.
Bien sûr, The Lions Constellation n’est pas là pour renverser la table du rock mais pour s’amuser, quitte à transformer New Moon Rising en un véritable jeu de piste dans lequel il nous entraine avec malice et, évidemment, excellent goût. Quand il emprunte à Slowdive le nom de l’une de ses chansons les plus emblématiques, Allison, parée ici d’un texte bourré de références aux grands titres du genre. Quand le When You Sleep de Loveless devient ici When You Dream, mais en empruntant sans fard ni pincettes la mélodie de Sometimes sur le même album-référence. Quand enfin, on va quand même vous laisser explorer quelques autres pistes par vous-même et ne pas tout dévoiler, il reprend de fort jolie façon le tonitruant Losing Touch With My Mind de Spacemen 3, ce groupe d’enfants terribles trop souvent oublié quand il s’agit de citer les pionniers du bruit et de la douceur, saupoudré d’un soupçon de psychédélisme.
L’embarquement est immédiat : Pictures Of Your Obsession est une sacrée entrée en matière fixant un cap dont le groupe ne se détournera jamais. Tendu, abrasif et salement hypnotique, ce tourbillon de scories volcaniques se laisse toutefois volontiers transpercer par de beaux éclats de lumière. Rarement au fond comme sur Colors Of My Town ou l’orageux Beautiful Time le contraste n’aura été aussi élevé entre ces guitares lourdes et incisives et ces éléments venant comme un contrepoids : un tempo qui s’apaise, un synthé qui vient adoucir le déferlement électrique, une guitare folk qui calme les ardeurs et bien sûr, toujours, une mélodie d’une belle évidence que souligne cette voix accrocheuse qui vient vous caresser et remettre le poil hérissé dans le bon sens. En quelques occasions, The Lions Constellation inverse la tendance et reprend un chemin d’abord plus pop mais constellé d’éclats noisy comme sur l’impeccable hit If You particulièrement efficace ou la chouette chevauchée Human Skills menée tambour battant. Mais pourtant, au bout de 11 titres à l’électricité méticuleusement domptée, les catalans nous plongent dans un délice de ballade acoustique, cette façon que l’on ne retrouve plus si souvent de conclure un album par cette forme d’aveu de douceur : oui, derrière chacun de ces trois rockers électriques qui vous ont assourdi 11 titres durant bat un petit cœur tout mignon. Diamond Sky, avec sa guitare folk, ses notes de piano parcimonieuses et ses chœurs féminins est un petit bijou de redescente tendre et sentimentale un peu à l’ancienne.
New Moon Rising est à prendre pour ce qu’il est, un album sans grandes prétentions mais qui, mu par le savoir-faire des membres de The Lions Constellation, s’avère être un très attachant nouvel épisode du grand feuilleton de la noisy pop entamé au milieu des années 1980. S’il faudra sans doute chercher ailleurs des tentatives d’expérimentations et d’innovation qui font parfois avancer le genre, on se contentera largement ici de cette belle pierre apportée au mur du son, convaincu sans peine par cette belle énergie et l’intensité de la lumière qui perce à travers le maelström électrique. Tous les trente jours, immuablement, la lune entame un nouveau cycle ; c’est à chaque fois peu ou prou la même chose et pourtant, on ne se lasse pas du spectacle fascinant que nous offre notre satellite, ce si beau disque inspirant.
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| 01. Pictures Of Your Obsession 02. Allison 03. Colors Of My Town 04. If You 05. Beautiful Time 06. When You Dream |
07. Human Skills 08. A Long Life Is Not a Real Life 09. Guilty Forever 10. Losing Touch With My Mind 11. Funny Game 12. Diamond Sky |
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