The Jesus And Mary Chain / Glasgow Eyes
[Fuzz Club]

7.3 Note de l'auteur
7.3

The Jesus and Mary Chain - Glasgow Eyes

Bien sûr qu’il faut mettre le volume A FOND comme avant. Bien sûr qu’il faut se faire saigner les oreilles pour écouter Jesus and Mary Chain. On peut baiser sur la table. Et pisser sur le feu. Ou pas. Quoi d’autre ? Ce n’est pas parce que le groupe est vieux qu’on ne peut pas se sentir rajeunis/rajeunir lorsqu’on écoute leur musique. Glasgow Eye démarre avec l’excellent Venal Joy, morceau cracheur de feu, électro et aux guitares étouffées, qui ressemble trait pour trait à du Primal Scream… avec rythmique répétitive et deux traits de guitares dans la gueule. I’m ok / I’m alright. Et vous ? Pas certain que le Jesus and Mary Chain ait grand chose à dire sur ce disque mais il le fait plutôt bien et avec l’impression assez marquée de revendiquer une liberté totale et surtout de se foutre royalement de notre avis.

Ce qui frappe à l’écoute de ce disque c’est que le groupe ne cherche pas du tout à ressembler à ce qu’on attend de lui. C’est assez réussi du reste puisqu’il faudra être sacrément fan du groupe pour aller chercher des filiations savantes entre ce disque et les précédents. American Born est un morceau bien dégueulasse et poisseux qui fait écho, en version blues vomitoire, au Afraid of America de Bowie. C’est bien sûr trop long, trop mou, trop pâteux pour être bon mais les deux frères s’en tiennent à leur sujet et décrivent assez bien musicalement ce que donnerait l’ingestion de dix mégaburgers. Ce qui est amusant ici c’est que les frères Reid ont vendu ce disque des dix ans comme une sorte de retour au passé et à leurs techniques de travail des années 80. Cela ne saute tout de même pas aux oreilles mais on en tire paradoxalement aucune déception tant le LP regorge de vitalité et de surprises. On aime bien le ton désolé et planant de Mediterranean X Film parfait pour une séance de baise cocaïnée, chanson qui ne va délibérément nulle part et qui y arrive assez bien, s’offrant une phase terminale et électronique au sonar absolument fabuleuse. Qu’un groupe aussi ancien parvienne à faire de tels sauts dans l’inconnu, même imparfaits, est réjouissant et redonne foi en la musique. On a déjà parlé de Jamcod à sa sortie. Il reste ce qui s’approche ici le plus près d’un tube à l’ancienne, malgré sa nature essentiellement électronique. Si Ride est en train de devenir New Order…, JAMC poursuit sa mutation festive et rétrochic en s’appropriant l’ADN de Bobby Gillespie. Glasgow Eyes, et c’est une qualité, ne donne jamais l’impression de rechercher l’unité, de dispenser des leçons, de chercher une cohérence de fond et de forme. Il aligne les chansons comme des foutus menhirs qu’on prendrait un à un sur le pied. L’ambiance est glauque, noire, comme si on avait oublié de repasser son polo noir et de remettre en place ses cheveux noirs corbeau clairsemés en épis sur la tête. La messe est dite. Les enfants sont rangés sous le bénitier. On s’amuse maintenant entre adultes. La Discotheque du Jesus est merdique : on s’y met minable plus qu’on a envie de danser ou de séduire les filles. Darkland et Automatic ne sont pas si loin après tout.

Il faut faire attention de ne pas trop en faire. Pure Poor est un morceau quand même bien flappi de partout et qui ressemble à un soufflet raté. The Eagles and The Beatles est une tentative mineure et piteuse de renouer avec la verve de I Love Rock n Roll, qui a des airs de vraie mauvaise idée et de filler. Il faut attendre Silver Strings pour que ça redémarre, un titre new wave à la pureté maladive, sur lequel les synthés semblent avoir détrônés complètement les guitares.  La voix de Jim Reid ressemble cette fois à celle d’un Ian Mc Culloch usée par la clope et c’est très bien ainsi. Glasgow Eye souffre peut-être d’un petit déficit de morceaux uptempo, d’un déficit de larsens et de bouillie sonique. Il exprime en revanche assez bien la décadence, l’usure et la corruption de la chair et des âmes. Les héros (ah ah) sont fatigués. Ils jouent comme des fantômes et ne voient plus vraiment clairs (Chemical Animal, crépusculaire à souhait « i am not pleased to meet you/ you dont want to meet me too/ I fill myself with chemicals/ To hide the dark shit i dont show »). On adore le ton désabusé de Second of June, un classique instantané et quasi acoustique. « jesus and mary chain« , chante Reid, sans qu’on sache où il veut en venir. « Brother, can you hear me calling you ?« , comme s’il s’agissait simplement de soutenir la franchise, de jouer pour survivre et échapper au temps. On sent la nostalgie entre les musiciens, le poids des années, l’envie de se cogner et de s’engueuler comme avant. Puisqu’il n’y a plus moyen de descendre aussi profond qu’avant, pourquoi ne pas s’en tirer en jouant de la pop. C’est ce que propose le groupe avec un Girl 71 léger comme l’air et régressif. Est-ce qu’il s’agit de draguer une fille de 71 ans ou née en 1971, on s’interroge, à moins que cela ne soit tout simplement la 71ème conquête ? L’idée est séduisante et l’exécution ne restera pas dans les annales mais il faut bien en finir avec tout ça. Quoi de mieux alors que d’honorer la mémoire moisie de Lou Reed sur un Hey Lou Reid assez bien fichu et référentiel. On retrouve sur ce titre qui ne parlera qu’aux mémorialistes les guitares et les batteries du Velvet, disposées en deux séquences coupées par le milieu qui présentent deux aspects musicaux des new-yorkais. C’est intelligent mais pas si sympa que ça à écouter et surtout un peu « déceptif » pour un final malgré la durée allongée du morceau (6 minutes et quinze secondes). Autant dire qu’on aurait aimé un final plus pétaradant. L’altération Reid/Reed du titre tend à rabaisser l’oeuvre des deux frères en une sorte d’hommage étiré sur trois décennies aux 27 minutes de fureur vive du Sister Ray/Sister Reid originel. Peut-être que l’histoire du JAMC se résume à ça : deux gamins paumés dans une boucle temporelle où le VU les avait fait prisonnier.

Glasgow Eyes n’en reste pas moins un disque très cool, très honorable et peut-être plus intéressant et inspiré que son prédécesseur Damage and Joy. On ne prétendra pas que le groupe est encore vivant et capable d’illuminer le monde de demain, mais son agonie est plutôt réussie et raccord avec tout ce qu’il a exprimé durant sa carrière. Le JAMC a la pourriture heureuse et spectaculaire. C’est tout ce qu’on espérait.

Tracklist
01. Venal Joy
02. American Born
03. Mediterranean X Film
04. Jamcod
05. Discotheque
06. Pure Poor
07. The Eagles and the Beatles
08. Silver Strings
09. Chemical Animal
10. Second of June
11. Girl 71
12. Hey Lou Reid
Liens

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