Les Instantanés d’Imara #28 – Buddy Holly en reprises

Buddy Holly par ImaraIl y a bientôt 67 ans (pourquoi ne commémorer que les années en 0 ou 5), disparaissait prématurément Buddy Holly dans un terrible accident d’avion le 3 février 1959, soit le lendemain de la chandeleur et du jour de la marmotte. Mais puisqu’on préfère quand même les chiffres ronds, Buddy Holly aurait eu 90 ans en 2026. Si l’on se demande ce qu’il serait devenu sans ce fatidique accident, on déplore aussi l’oubli dans lequel lui et les autres pionniers du rock semblent tomber, même si ce constat n’est pas non plus propre au rock. Sans Elvis, Gégène, Eddie, Chuck, Bo, le petit Richard et Buddy, on n’en serait pas là. Mais Buddy Holly était différent de ses confrères: il n’avait pas la fougue sensuelle d’Elvis, la furie de Jerry Lee Lewis ou l’extravagance de Little Richard. Au contraire, Buddy était un grand dadais à lunettes, le premier de la classe sur qui se défoulent les bourrins sportifs du lycée. On le qualifierait aujourd’hui de nerd ou de geek, et il incarnait en cela une rébellion dans la rébellion. Rocker gentil mais jamais mièvre ou mou, Buddy Holly dans sa musique comme dans son image a montré qu’il n’y avait nullement besoin de se complaire dans un comportement de (faux) voyou, dans les excès ou la lubricité pour faire du rock ou être un rebelle. A ce jour il reste encore l’une des cartes que l’on joue face aux ignares qui osent vous dire que vous êtes “trop sage pour aimer le rock”.  Son existence nous a appris une leçon essentielle: vous n’avez pas besoin d’imiter vos héros pour en être un (soyez vous-même, quoi). Une leçon retenue par Jonathan Richman, le fan number one du Velvet Underground qui s’imposa comme double bénéfique de Lou Reed puis disciple du rocker texan. Buddy Holly ouvra ainsi la voie à nombre d’artistes, en premier lieu Hank Marvin, qui deviendra avec les Shadows l’as de la guitare surf coté britannique face à la triforce américaine Link Wray/Duane Eddy/Dick Dale. Les Beatles, Bob Dylan, et Elvis Costello entres autres lui doivent beaucoup. A posteriori, le premier album de Buddy Holly et des Crickets (The Chirping Crickets, 1957)  a très tôt inventé une règle non-dite sur le rock: si vous voyez des têtes de matheux ou de bons élèves sur la pochette, c’est que ça s’annonce bien (le premier album des Feelies, bien que très différent musicalement, en est le parfait exemple).

Sketchbooks par ImaraMort à seulement 22 ans, il laissa derrière lui un ensemble de petites perfections de mélodies pop à guitare excédant rarement les deux minutes trente (les punks s’en souviendront), à la fois ancrées dans leur temps et tournées vers la modernité, faisant également de lui un précurseur de la power-pop et d’une partie du rock indé (les guitares carillonantes de Words of Love annoncent dès 1957 les Byrds et la jangle-pop des années 80, les Smiths en tête). Le gentil et souriant rocker à lunettes a mis tout le monde d’accord grâce à son talent précoce et à ses compositions, la preuve avec cette sélection de reprises de son répertoire à travers les âges.

The Real KidsRave On

Originaire de Boston, John Felice est un ami de Jonathan Richman (il a brièvement fait partie des Modern Lovers à leurs débuts), mais des différends sur leurs modes de vie opposés le pousse à créer son propre groupe, The Real Kids. Marty Thau, le manager des New York Dolls, les repère et les signe sur son label Red Star sur lequel figure également Suicide. Les Real Kids sortent leur premier album éponyme en 1977, qui se dévore de bout en bout, où ils livrent notamment une version tonitruante de Rave On, passée sous la moulinette du punk et de la power-pop, redonnant un coup de jus au texan à lunettes à l’heure des épingles à nourrices.

Tav Falco’s Panther Burns
Peggy Sue

Morceau signature de Buddy Holly inspiré par la compagne de son batteur Jerry Allison, cette version est extraite d’une compilation hommage à Buddy Holly sortie en 1989 à l’initiative du label français New Rose. Tav Falco offre ici une chouette version à la fois fidèle à l’originale mais qui reste dans le style du cubiste rockab’ de Memphis.

Chris BaileyIt doesn’t matter anymore

lssue de la même compilation que le titre précédent, il s’agit là d’une des dernières chansons qu’a chanté Buddy Holly de son vivant, (écrite par Paul Anka). Le chanteur des Saints propose ici une très belle reprise teintée de nostalgie. L’orchestre symphonique et l’insouciance de l’originale fait place à une guitare acoustique et à des claviers légèrement datés mais pas dérangeants qui montrent que de l’eau a coulé sous les ponts en trente ans, impression accentuée par la voix touchante de Chris Bailey qui était assurément une des plus belles du punk. A classer parmi les meilleures reprises de Buddy Holly.

Dogs
Crying, Waiting, Hoping

Le fantôme de Buddy Holly a hanté le garage rock, le punk, la power pop et l’indé. Dominique Laboubée et sa bande l’invoquent à coups de guitares cristallines dans une jolie reprise un peu mélancolique.

The Detroit CobrasHearbeat

Les Detroit Cobras, dont j’avais auparavant parlé dans ces colonnes (voir les instantanés n.9) sont connus pour leurs reprises du tonnerre de titres obscurs des années 50 et 60 qui ont enchanté les fades années 2000. Aucun des titres du groupe n’étant à jeter, leur reprise de Heartbeat ne fait pas exception et redonne une nouvelle jeunesse à la chanson. Le morceau figure dans une compilation de 2011 intitulée Rave On Buddy Holly, à laquelle contribuent aussi Lou Reed et Paul McCartney.

Flamin’ GrooviesThat’ll be the day

Les Flamin’ Groovies, c’est le groupe pour ceux qui ne peuvent pas et/ou ne veulent pas choisir entre les Beatles et les Rolling Stones. Deux chanteurs pour deux phases: Roy Loney pour la période Stones et Chris Wilson pour la période Beatles. Si ces deux groupes souvent mis en opposition avaient bien quelque chose en commun, c’est leur admiration pour Buddy Holly. Les Groovies s’attaquent là à un classique du texan à lunettes (dont le titre a été inspiré par une réplique de John Wayne provenant du film La Prisonnière du Désert – That’ll be the day est une expression que l’on peut traduire par “c’est pas demain la veille”) et en font une excellente version bluesy-rock qui y va à fond. Enregistrée lors des sessions de leur album culte Teenage Head, il est dommage qu’elle n’ait pas été incluse sur le disque.

Roky EricksonTrue Love Ways/ Peggy Sue Got Married

Quand Roky Erickson, notre autre texan préféré avec Buddy Holly (du moins en ce qui me concerne) ne parlait pas de vampires, de zombies ou de chiens à deux têtes, le chanteur des 13th Floor Elevators chantait aussi des ballades d’une simplicité et d’une beauté désarmantes. Et ce qu’elles soient de sa composition (I have always been here before) ou signées de son illustre confrère à lunettes comme avec ses émouvantes reprises acoustiques de True Love Ways et Peggy Sue Got Married, enregistrées dans une chambre d’hôtel par Patrick Mathé, le patron du label New Rose qui publiait ses disques solo.

Skeeter DavisRaining in my heart

Skeeter Davis est une chanteuse de country qui a débuté à la fin des années 40 avec ses sœurs, puis en solo à la décennie suivante. Elle est connue pour un tube de 1962, The End of the World, une triste ballade d’une déchirante beauté qui a fait son chemin, qui tranchait avec les chansons insouciantes et optimistes qui sortaient en ce temps-là. A l’heure des hippies elle enregistre un album de reprises de Buddy Holly joliment interprété, comme sur cette version de Raining in My Heart. Les arrangements à cordes, similaires à l’originale et sa voix particulière lui confèrent un charmant côté désuet.

Los LobosMidnight Shift

Ce groupe américano-mexicain mélangeant rock, blues, country et musiques latines a connu une heure de gloire avec une reprise de La Bamba, morceau popularisé par Ritchie Valens, (collègue de Buddy Holly qui trouva la mort en même temps que lui) enregistrée pour le film du même nom qui lui a été consacré. Los Lobos transforme Midnight Shift en un bon blues-rock badass et viril pour motards à deux doigts de déclencher une bagarre dans un bar en plein désert.

The RaveonettesEveryday

Tout droit venus du pays de Mads Mikkelsen, ces disciples des Jesus & Mary Chain (dont le nom évoque directement Rave On de Buddy Holly), émergent dans les années 2000 avec un certain succès. Sur cette reprise de Everyday, extraite d’un EP de 2005 intitulé A Touch of Black, le duo danois crée une atmosphère onirique et brumeuse avec une production rappelant Phil Spector où subsiste toutefois l’innocence de l’originale: Buddy Holly rencontre David Lynch.

Alain Bashung Well Alright

Outre le hit national Osez Joséphine, Alain Bashung livre sur l’album du même nom une reprise efficace de Well Alright portée par sa belle voix grave et une slide guitar en arrière-plan, qui démontre la résistance au temps des compositions du rocker à lunettes.

Monsieur Jeffrey EvansModern Don Juan

Jeffrey Evans est une figure de la scène garage de Memphis des années 90. Proche des Oblivians et de Tav Falco, son style est un mélange explosif au son sale entre garage, punk et rockabilly avec des groupes comme 68 Comeback (dont Peggy O’Neil, batteuse des Gories a fait partie) et les Gibson Bros. (à ne pas confondre avec leurs homonymes disco antillais). Loin de sa fureur habituelle, Jeffrey Evans nous offre ici une reprise acoustique lo-fi minimaliste de Modern Don Juan, morceau de Buddy datant de 1956 qui aurait aussi bien pu être enregistré à la même époque que dans les années 70 tant sa version semble hors du temps.

The TrashmenIt’s so easy

Les Trashmen, on les connait pour un classique absolu qui devint un standard pour des générations de futurs punks: Surfin’ Bird, fusion barjo et hallucinée de deux titres doo-wop des Rivingtons. Ce seul single est une anomalie qui les fit rentrer dans la postérité. Avec un tel nom, on s’attendrait à de jeunes braillards énergiques qui auraient figuré quelques années plus tard sur Nuggets ou Back From The Grave. Sauf qu’à l’écoute de cette reprise de It’s so Easy, il n’en est rien. On a là une agréable version surf typique de l’époque (la guitare surf c’est toujours sympa) mais cependant assez anodine, qui fait plus penser à des Beach Boys bis qu’aux Sonics. Avec les Trashmen, le terme “one-hit wonder” prend tout son sens.

EsqueritaMaybe Baby

Pionnier méconnu du rock et contemporain de Little Richard qu’il a inspiré (ou le contraire, on ne sait pas trop), Esquerita était plus qu’un petit Penniman de sous-marque, comme on peut l’entendre dans cette entraînante reprise boogie-rythm n’blues de Maybe Baby.

Bruce JoynerThink it Over

Bruce Joyner, qui nous a quittés l’an passé était le chanteur des Unknowns, groupe étonnant qui accordait le surf, le garage et le rock fifties avec l’énergie des années punk. Avec son deuxième groupe, Bruce Joyner and the Plantations, il injecte une bonne dose de rock n’roll à Think it Over pour une super reprise qui tape fort et lorgne vers Chuck Berry…ce qui n’est guère surprenant puisque le texan avait d’ailleurs repris Brown Eyed Handsome Man de Chuck.

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