
Menu copieux cette semaine: quand tous les labels, artistes et attachés de presse du monde se passent le mot, ça donne des journées bien chargées en nouveautés de tous horizons et encore, on ne vous présente ici que celles qui s’accompagnent d’un petit clip qui va bien. Petit tour non exhaustif mais déjà bien attrayant de cette semaine du 24 mars.
Prolapse – On The Quarter Days
Attention, événement ! On parle juste du retour inattendu du plus grand des groupes de rock sous-estimés de Leicester et du reste de l’Angleterre, Prolapse. 26 ans qu’on n’avait pas eu de nouvelles. Les plus fans objecterons que le groupe a sorti un ep en 2019 mais il contenait des titres enregistrés en 1995, ce qui ne compte pas vraiment plus que les deux Peel Sessions sorties en 2021 par Precious ou les quelques concerts de ces dernières années scellant des retrouvailles pas toujours synonymes de nouveauté, n’est-ce-pas Stereolab? Alors que l’on se contentait des merveilles sorties par le bassiste Mick Harrisson sous le nom de National Screen Service et de rappeler que c’est le gouailleur en chef Mick Derrick qui avait appris à gouailler à Grian Chatten ou Jason Williamson, voilà que le septet revient en bonne forme, pour faire du Prolapse pur jus, certes, mais du très bon Prolapse donc. Le single sort chez le label allemand spécialiste des pré-retraités anglais Tapete Records et inutile de vous dire qu’on entend bien ne pas s’en contenter. Vivement la suite.
Steve Queralt feat. Emma Anderson – Lonely Town
Alors celle là, on ne l’avait pas vu venir non plus : un album solo du plus discret des bassistes (ce qui n’est déjà en principe pas loin d’être un pléonasme), Steve Queralt de Ride. On suivait déjà distraitement ses travaux sous le nom de ID avec son compère Lawrence Colbert (ID pour [R]ID[E] donc) avec essentiellement 2 enregistrements confinés certes un peu anecdotiques mais néanmoins très écoutables. Ce Lonely Town est un joli bonbon bien british, un peu doux-amer et sans grande originalité mais à l’image de la vidéo tout en noir et blanc signée Sara Nash qui décline aussi l’artwork de l’album, on se laisse porter sans aucun souci par cette mélodie cotoneuse tout en sobriété shoegaze, la douce voix haut perchée d’Emma Anderson et la basse sobre et puissante. Un premier extrait qui en tout cas fait envie ; Swallow sortira le 13 juin chez Sonic Cathedral.
Free Zorba The Hooligan – Killa Killa
On n’arrête plus l’hyperactif label parisien Howlin’ Banana. Nouvelle signature du label, Free Zorba The Hooligan (nom de groupe de l’année, de loin) sort son premier EP, Burner et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça cartonne. Peut-être pas encore en termes de vente, on le leur souhaite, mais leur musique fait s’entrechoquer librement une somme d’influences très variées, du noise au dub, du post-hardcore au hip hop ou du shoegaze au punk. Dit comme ça, le melting pot ne semble pas forcément des plus appétissants mais les moins de 3 minutes de Killa Killa impressionnent par la puissance brute qui y est déployée, aussi précise qu’agressive et finalement assez vite addictive.
Lisasinson – Si Me Pierdo
Les étudiantes en beaux-arts de Valencia ont bien grandi et l’arrivée imminente du troisième album du duo Lisasinson toujours sur le label madrilène Elefant Records semble marquer un virage vers un rock moins punk et plus power mais qui garde toujours cette capacité à transformer cette basse puissante et ces guitares syncopées en une mélodie qui accroche dès les premières notes. Bon, par contre, on va pas se le cacher, même discret, ce foutu autotune est quand même une belle saloperie !
Quinquis – Dec’h
Attention, choc des cultures : une bande de drag queens déchainées embarque sur le Fromveur et se retrouve une traversée plus tard à fouler la digue du port du Stiff sur la rude île d’Ouessant où les attend leur hôte d’un soir, Emilie Quinquis. Voilà posé le cadre plutôt contrasté du nouvel extrait de l’album de la bretonne, Eor, qui sortira le 9 mai sur Mute. Le kitsch des maisons ouessantines restées dans leur jus sied parfaitement à la bande qui s’offre une virée touristique sur l’île, balade marinière chorégraphiée dans le bourg de Lampaul, lightshow sous le phare du Creac’h, avant de finir sur la scène de L’Eskal, la salle qui revit depuis plusieurs années sous l’impulsion d’Emilie Tiersen dans la vie et de son mari. C’est au final une Quinquis métamorphosée qui nous entraine dans son tourbillon électro bretonnant qui, après Morwreg et le plus étonnant Inkanuko il y a quelques semaines laissent présager d’une exaltante suite à un Seim déjà marquant.
Los Fanfarons – Hikikomori
On en parlait il y a peu : on ne sait pas trop sur quel pied danser avec Los Fanfarons mais finalement, il n’a jamais été interdit d’être à la fois sérieux sans trop se prendre… au sérieux. Hikikomori, nouvel extrait dans une actualité qui s’emballe, présageant probablement d’un regroupement imminent d’une façon ou d’une autre de tous ces singles, est une bien jolie chanson électro-pop mélancolique qui traite d’un sujet sérieux, l’enfermement numérique. Hikimori désigne d’ailleurs un phénomène social typiquement japonais (mais plus que) où des individus, principalement des adolescents et de jeunes adultes, se retirent complètement de la société en restant isolés chez eux pendant des mois, voire des années. C’est l’artiste marseillaise Julia Lopez, plus connue comme Le Grand Mal qui a réalisé cette vidéo confinée qui célèbre à sa façon les 5 ans d’une drôle de période.
Six And Seven – Arthur Lee
Ça faisait un petit moment que l’on n’avait pas eu de nouvelle d’Emmanuel Tellier chanteur. Un lustre en fait, soit depuis la sortie de La Disparition D’Everett Ruess en 2019.
Sa dernière réalisation fut un disque instrumental, American Landscapes, paru en 2022 chez December Square.
Le journaliste mélomane, actuellement rédacteur en chef culture chez Marianne, est désormais associé à Antoine Chaperon (ex Strawberry Seas, entre autres), sous l’entité Six And Seven. Les deux hommes travaillent actuellement sur un nouvel album, dont la première concrétisation est une chanson prometteuse consacrée à feu Arthur Lee (co-fondateur de Love) et enregistrée chez Denis Clavaizolle.
Le long format s’appellera Here comes the man with the gun et sortira sur le label sus-cité.
Textes : Olivier et Beecher
Crédit photo : capture d’écran du clip de Lisasinson

