On en finit pas de courir après 2024 (mais promis, c’est la dernière fois). Impossible même avec quelques mois de retard de passer sous silence ce premier disque des The Meffs, duo punk anglais, originaire de Colchester (Essex, au Sud d’Ipswich), qui signe avec ce What A Life, l’album punk de l’an dernier. En tournée anglaise ces jours-ci, les Meffs (les clodos, en gros) seront à Paris fin février en compagnie de l’ami Irlandais Meryl Streek. Une date à ne pas rater, gratuite, et que les Britanniques porteront à coups de riffs incendiaires et de paroles engagées et anti-système.
Si What A life est si intéressant, ce n’est pas du tout parce qu’il initierait un genre nouveau ou ferait faire au rock un spectaculaire bond en avant. Les Meffs, révélés en Angleterre grâce à leur single tonitruant Broken Britain; Broken Brains, lequel, et c’est toujours bon signe, n’est même pas repris sur leur album. Les Meffs sont deux mais (c’est leur argumentaire promo) font “plus de bruit que 4”. On trouve Lewis Copsey, le garçon, à la batterie et la fille, Lily Hopkins, au chant et à la guitare. L’ensemble est tonitruant, ultra-efficace, addictif et accessoirement féministe (Wasted On Women, est un autre de leurs titres forts… pas sur l’album non plus). La production est assurée de manière très classique par l’ancien Million Dead, Frank Turner, qui n’a pas eu grand chose à leur apprendre sur les musiques qui frappent fort. Les Meffs sont venus jouer en France en novembre mais on y était pas.
Sur disque, ils exécutent un punk d’école, incisif et très inspiré, où la voix de Lily Hopkins est électrisée par des riffs assassins qui tentent d’éviter les coups de baguette d’un Copsey survolté. Il est toujours assez difficile de décrire une musique punk qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’idée… qu’on se fait d’une musique punk : les engagements sont rapides, ça chante presque aussi et ça rebondit deux fois en général autour d’un chorus qu’on entonne en tapant (si possible) dans les tibias cabossés des amis les plus proches, avant de repartir sur autre chose. Au premier rang des accusés, on trouve comme il se doit les politicards et les capitalistes qui se font brillamment cracher dessus sur le premier morceau : Stamp It Out
Dangerous politics, brainwashed citizens
Greedy government, worthless existence
Work for nothing but they take it all
Stamp it out (stamp it out)
And start again
Dressed up criminals, suits, not overalls
They knock us down then they stand up tall
Work for nothing but they take it all
Ce qui permet assez vite de savoir de quoi et à qui on cause. Lily exécute un troll de manière ultra-jouissive sur l’excellent DeathWish. C’est à la fois radical, assez drôle et plein d’énergie. Le groupe signe quelques classiques instantanés (le superbe Only Human, avec ses accents cold wave), quelques manifestes féministes (Take Control, qui invite les femmes qui ont peur dans la rue à reprendre les rennes), mais aussi quelques pièces plus pop, à l’image d’un Do Bad, Dont Look qui évoque Hole et les Breeders, autant que les souvenirs d’Elastica plagiant Wire. Clowns en remet une belle couche sur la faillite de la Sécurité Sociale, provoquée par les hommes politiques, mais on aura une pointe d’affection supplémentaire pour le génial Everything’s Gone et son débile écho/choeur masculin (I dont know). Il y a des chansons à danser, des chansons pour remuer les cheveux si on en a, et des chansons à entonner tellement les refrains sont cools comme Life’s Life (rien à voir avec Europe) ou We Tried.
Tout n’est pas parfait (le disque est tout en rapidité et on aurait pu concevoir une ou deux chansons un peu moins speed comme c’est l’usage) mais il y a ici suffisamment de variété (à l’image du chouette Think Big) pour qu’on ne s’ennuie pas une seule minute.
On ne passera pas notre année à écouter ce disque mais dans le genre qui est le leur, les Meffs viennent de lancer dans la mêlée un album musclé, plein de verve, de talent et de punch. Bien placé, entre les couilles et les omoplates, What A Life pourrait causer quelques dégâts (mineurs) parmi les rangs conservateurs. In Punk We Trust.

