Palem Candillier / The Beatles The Beatles
[Discogonie / Densité]

7.8 Note de l'auteur
7.8

Palem Candillier - The Beatles The BeatlesLes fêtes approchent et vous avez sûrement parmi vos proches un ou une fan des Beatles. Cela tombe bien car cette année, les éditions Densité ont mis sur le marché un petit livre à 12,90 euros, consacré à l’album blanc du groupe de Liverpool, baptisé officiellement The Beatles, qui est ce que vous trouverez de mieux, de plus accessible et de mieux documenté sur le sujet.

On doit déjà à l’auteur Palem Candillier un ouvrage bien fichu dédié au In Utero de Nirvana, soit un autre monument historique, contemporain celui-là, qu’il traitait cependant avec un peu moins de respect et d’académisme peut-être, qu’il n’a en réserve pour la bande des Quatre. Son livre Blanc (à la pochette savamment travaillée en hommage à la couverture légendaire du disque) aborde le disque par la meilleure face : celle des chansons. Passée une intro globale et parfaitement négociée qui resitue l’objet et le contenu dans l’époque et la discographie du groupe, Candillier se/nous plonge dans le corps de chacun des trente pièces du disque, avant de refermer l’affaire par quelques développements un peu moins stimulants sur Charles Manson ou la postérité du disque. Évidemment qu’avec une telle tracklist (le double Blanc est un double album, chargé jusqu’au trognon), il y avait de quoi faire, mais Candillier s’en sort comme un as, restituant par un récit “presque au coeur du studio”, l’effervescence et l’esprit de liberté totale qui a présidé à la composition de ce que d’aucuns tiennent pour le chef d’oeuvre du groupe. L’auteur insiste évidemment sur ce qu’on sait depuis longtemps maintenant : la profusion et l’esprit d’expérimentation qui caractérisent le disque sont en fait moins le résultat d’un groupe qui marche en ordre et traverse une période créative insensée que d’un quatuor qui peu à peu se distend et dont les membres font (isolément) leur propre chemin.

Le livre rend parfaitement à l’album blanc son caractère monstrueux : follement expérimental mais aussi manquant (et ce n’est pas faire offense au groupe que de dire cela) de mécanismes d’auto-contrôle pour faire la part des choses entre ce qui se fait et ce qui se garde. La bizarrerie du disque et sa renommée sont à ce prix : ne rien jeter ou presque (les révisions historiques du disque montreront que ce n’est pas tout à fait la vérité), laisser à chacun (encore) la possibilité de s’exprimer un minimum, faire parler le psychédélisme d’un temps (1968) dont nous rêverons encore pendant des décennies. Composées en grande partie lors du séjour des Fab Four chez le Maharishi Mahesh Yogi, les chansons du disque sont un mélange de grands élans passionnés et (ce qu’on sait moins) de petits faits vrais et de petites attentions. On y trouve de la pop inoffensive, les prémices du hard rock, des bidouilles pré-électro, de grands mélodrames, soit un peu toute la pop de la seconde partie du vingtième siècle, ce qui ferait du disque un candidat tout trouvé s’il fallait résumer l’histoire d’un demi-siècle de pop en un seul disque.

On ne va pas ici paraphraser Candillier et vous livrer les secrets de tel ou tel morceau. Chacun a ses préférés et ses préférences, mais c’est évidemment l’effet de confrontation et d’accumulation, les contrastes et les distorsions de genre, qui font la légende du disque. Les Beatles sont quatre. Ils ne forment pas un seul groupe mais plutôt un 4 puissance 4 qui est susceptible d’en contenir une flopée au sein de la multitude. L’album Blanc est sans fond, raté et brillant, dispersé mais infini. Le livre montre ça, de façon un peu scolaire, un peu frustrante, renvoyant à cette intention (indispensable) de la Collection Discogonie, de mettre sur l’étagère un ouvrage devant chaque disque qui compte ou a compté. C’est toujours aussi bien fait, aussi bien écrit, mené, édité, et tant pis si on aurait aimé plus d’audace dans la forme et la narration.

The Beatles est un livre qui s’offre avec le disque, bien sûr dont les rééditions ne manquent pas, les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes.

PS : le livre aura été l’occasion de reprendre en famille le débat, entamé il y a vingt ans, qui consiste à savoir quelle version de Dear Prudence, entre celle des Beatles et celle de Siouxsie and the Banshees est la meilleure. Argument en cours…

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1 Comment

  1. says: zimmy

    >Les Beatles sont quatre. Ils ne forment pas un seul groupe mais plutôt un 4 puissance 4 qui est susceptible d’en contenir une flopée au sein de la multitude.

    C’est un peu une des raisons de mon tropisme stonien (outre le “préférence pour les sales gosses”). Préférence pour l’alchimie chanteur/guitariste par rapport à la juxtaposition de quatre génies musicaux. Juxtaposition qui fait que j’ai pu haïr Paul (ses bons sentiments, son génie mélodique flirtant avec le gnangnan, son personnage trop consensuel) et vénérer John là où il m’est impossible d’aimer Mick contre Keith, Joe contre Mick… Je peux même dire que j’ai plus apprécié Paul hors les Fab Four (Ram, Chaos in the creation and backyard).

    Globalement les Beatles sont pour moi d’abord un groupe de singles. Je vois bien l’importance de Rubber Soul, Sergent Pepper, The White Album mais comme albums la qualité me semble trop en montagnes russes. Comme Doubles Blancs je préfère ceux des Clash (London Calling) et Prince (Sign’o’the times). Je leur préfère mes John et Paul solo favoris. Restent le chef d’oeuvre Abbey Road et les compiles rouge et blanche. Bon, va falloir que je m’enquille la série de Peter Jackson.

    PS: Dans une scène coupée de Pulp Fiction, Mia déclare qu’il est impossible d’adorer à la fois les Fab Four et le King. Je vénère le King donc pour moi c’est raccord.

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