Tonique & Man / Opening Soon
[Tonique Records]

7.4 Note de l'auteur
7.4

Tonique & Man - Opening SoonLe producteur parisien Antoine Roux aka Jean Tonique poursuit ses aventures rétro soul et french touch avec ce premier disque collaboratif co-signé avec le jeune chanteur Mi Man qu’on avait découvert en solo il y a deux ou trois ans. Ces deux-là étaient sûrement faits pour se rencontrer tant leurs caractères s’accordent à merveille sur ce disque pour aboutir à un album élégant, dansant et follement relâché. Opening Soon renvoie, d’après la feuille de presse, à une « aventure culinaire » organisée autour d’une pizzeria de quartier, accueillante et colorée. Pour dire la chose, on ne s’est pas du tout intéressé à l’histoire sous-jacente et on s’est simplement laissé embarquer (ce qui n’est pas si fréquent) par les beats et les voix s’en s’attacher à y comprendre quoi que ce soit. Et c’est sans doute de cette manière là qu’il faut aborder l’album : comme une bande son joyeuse et conviviale qui sert d’apéritif et de lancement à une soirée en club.

Opening Soon est un disque où l’on se sent bien d’emblée, à l’image d’un soyeux You Make Me Feel So Good, programmatique et qui sonne doux comme un massage. La voix aérienne de Mi Man accompagne des arabesques guitares/synthé/fausses cordes d’un Jean Tonique qui lorgne vers la grande soul et l’électro de chambre rythmée à la Super Discount. Le titre est une tuerie et procure dès la première écoute un bien-être total et immersif. Comme Running After Time présente les mêmes qualités, on se retrouve assez vite dans une sorte de douce euphorie qui mêle éveil des sens et envie de remuer du cul. On pense bien sûr à la puissance immédiate des premiers singles de Daft Punk mais aussi à une électro pop plus pointue qui rappelle les premiers déhanchés club d’un Prince à la française. The Music a de faux airs disco et déroule un programme fait d’espoirs fiévreux du samedi soir et de promesses lounge. Avec Jean Tonique, on se situe toujours à la limite de l’hommage mais résolument dans une veine néo-french touch qui s’énonce souvent au premier degré de la séduction.

Ce n’est pas totalement dénué de kitsch, et peut-être un peu long en bouche parfois, mais il y a ici suffisamment de technique, de savoir-faire et d’inspiration pour qu’on ne cède jamais très longtemps. Il y a une richesse dans les prods qui renvoie autant à Kraftwerk qu’à Giorgio Moroder, aux BO de films qu’à des standards soul et disco. La rythmique reggae de Just The Same nous entourloupe et donne envie de se détendre les doigts de pied de manière un peu paresseuse mais on peut difficilement résister au pouvoir fédérateur des titres qui suivent. Day & Night passe comme un rêve. Never Get Old est un tube aux résonances californiennes qui joue de l’effacement et jongle entre les plans pour ménager ses effets spéciaux. Watch Out est l’un des meilleurs morceaux avec ses voix robotiques et sa belle simplicité, son approche dance-floor pétillante et son énergie. Tonique & Man peuvent difficilement réussir quelque chose de plus abouti.

Par delà les limites du genre (Memories, l’unique morceau un peu plus émouvant et réflexif, très beau, ferme la marche), Opening Good est un disque assez merveilleux, à la joie communicative et formidablement bien fabriqué. Il s’en dégage une énergie redoutable, en même temps qu’une vraie virtuosité qui s’exprime autant dans la production que dans les compositions mêmes, mais qui surtout célèbre l’accord ultra harmonieux et empli de grâce des deux moitiés du duo. C’est dans cette symbiose entre une voix, une intention et un son que le disque brille. Pour le coup, on avait pas entendu une telle force et une telle évidence dans un projet depuis deux décennies.

Tracklist
01. Get Down Tonight
02. You Make Me Feel So Good
03. Running After Time
04. The Music
05. Just The Same
06. Extra Virgin Olive Oil
07. Day & Night
08. Never Get Old
09. Watch out
10. No One Really Knows
11. Memories
Liens
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

More from Benjamin Berton
Filles de septembre (3) : Samantha Crain, à sauvageonne, sauvageonne et demi
Samantha Crain ne fait pas partie à proprement parler des nouveaux talents...
Lire la suite
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *