Vigilance IA #6 – Tu Quoque Nick Cave, bah qu’est-ce qui arrive à Tupelo ?

Nick Cave Tupelo IANul besoin d’un montage pourri sur ChatGPT pour nourrir notre désormais régulière rubrique mettant en garde contre l’usage intempestif de l’IA dans l’art musical. Cette fois-ci, l’IA s’assure une jolie prise avec la capture idéologique du plus branché des chanteurs indé (ou ce qu’il en reste), Nick Cave. Le chanteur qui est devenu une foutue coqueluche de l’intelligentsia indie depuis qu’il a entrepris de crooner du punk à la vitesse d’une limace au galop (son triomphe récent aux Arènes de Nîmes a marqué à cet égard une sorte de sommet extatique dans la reconnaissance critique du bonhomme) était connu jusqu’ici comme un adversaire de cette nouvelle technologie qui permet de manipuler tout son monde, et s’était montré vigilant quant au pouvoir déstabilisateur des créations musicales et vidéo assistées par IA. Il avait d’ailleurs tenu quelques propos rassurants quant à l’incapacité de l’IA à remplacer les artistes véritables et l’état de possession dans lequel ils se mettent pour créer.

Et c’est sa chanson qui incarne probablement le plus cet état de “possession” qui investit le performeur lorsqu’il est habité par l’esprit éternel du rockn’roll qui a donné lieu cette semaine au spectaculaire revirement de l’Australien, exposé dans une lettre sincère qu’il a publié sur son blog et qui s’intitule Is changing your mind about things a sign of weakness? Sometimes, it feels that way.”, truc un peu sophistiqué pour dire qu’il n’y  a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Ce que raconte Nick Cave, c’est donc que la chanson Tupelo, qui est peut-être l’une des chansons les plus jouées sur scène par Cave et son groupe depuis sa création (The First Born Is Dead, 1985), a fêté ses quarante ans cette année et que pour fêter ça (le single est sorti le 29 juillet 1985) son pote Andrew Dominik (qui a réalisé entre autres l’Assassinat de Jesse James et Blonde, ce film sur Marilyn) lui a envoyé un clip réalisé principalement à partir de l’animation de photos par IA pour coller au récit de Tupelo. L’histoire renvoie à la dévastation (par les eaux notamment) de la petite ville de Tupelo dans le Mississipi par une tornade extraordinaire en avril 1936. Deux cents morts, des milliers de maisons détruites et un sillage de dévastation qui s’étend sur des centaines de kilomètres… et un survivant célèbre puisque parmi les habitants de la ville, se trouvait le jeune Elvis Presley, âgé alors d’un an et trois mois…. et qui devait devenir le King.

Nick Cave a reçu le clip de son pote par Wetransfer ou grosfichiers.com (on imagine) et l’a passé sur son Mac (gothique punk, le mac), puis partagé avec sa nana et deux ou trois potes. Et… c’est là que ça se gâte… il a trouvé cela super cool et inspirant. Qu’Andrew Dominik, réalisateur brassant des budgets hollywoodiens, fasse mumuse avec (au hasard des applis) myedit.com pour animer ses vieilles photos… comme on a essayé de faire renaître la galoche hyper sensuelle qu’on avait roulée à Céline M. un jour dans un photomaton d’Hossegor…. soit…qu’il passe… quoi… 3 jours… 5 jours…. à monter des photos d’archives avec son abonnement payant au produit (nous, on attend 24H entre chaque passe gratuite).. passe encore… mais qu’il arrive avec ce travail digne d’un adolescent déscolarisé à emballer le pape de l’intégrité indé et à lui faire dire que l’IA…. purée….. bah c’est cool au service des artistes… on dit, Andrew, non mais !

Anime tes photos gratos sur le net (pour les Nuls)

Si le clip se regarde (disons avec attention pendant les 3 ou 4 premières minutes, puis avec l’envie folle que cela s’arrête, parce que 7 minutes et 11 secondes, tout de même, c’est un peu long pour Insta) et peut faire illusion, ce n’est PAS DU TOUT parce qu’Elvis nous fait de l’œil ou qu’il bouge la tête comme un clébard en plastique à l’arrière d’une automobile, non, ce qui nous plaît dans ce montage, n’a rien à voir avec l’IA : c’est parce que Tupelo est juste l’une des meilleures chanson de Nick Cave et un récit biblico-épique de premier ordre. Le roi du rockn’roll épargné dans son berceau par une foutue tornade géante, que même les Twisters des films ne semblent pas avoir réussi à prendre en photo correctement…. c’est ça qui est fort. Tupelo, ce n’est pas tant Nick Cave qui chante qu’une LIGNE DE BASSE qui foutrait les jetons à n’importe quelle intelligence artificielle. Est-ce que l’IA peut remplacer Barry Adamson ? Mick Harvey peut-être ? Est-ce que notre cerveau sous-développé avait besoin de voir un clip d’animation où Elvis et la tornade bougent ? Est-ce que ça apporte quelque chose à notre ressenti de la force exceptionnelle de ce titre exceptionnel ? Désolé, Nick, non ! C’est juste une connerie, un truc potache qu’on peut se balancer entre potes entre deux déconnades de Patrick Sébastien en train de se faire… oups… mimer au camping. Il n’y a aucune créativité là-dedans, juste un mec qui fait de l’illustration littérale en utilisant (assez mal) un jouet du commerce.

On manque d’humour ? Comme si tout ceci était vraiment drôle. L’IA, ça craint. Mais Nick Cave non. Et Elvis encore moins. Même quand il change de camp. C’était comme cela qu’il fallait fêter l’anniv de Tupelo. 100% naturel. 100% électrique. Garanti sans trucages. L’imagination fait loi. Tu quoque Nick Cave.

Crédit photo : capture d’écran du clip

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1 Comments

  1. says: Alan Lord

    Ma réaction à ce clip se fait le mieux en Anglais: “What’s the point?” *

    après le clip de Nixon avec le King, je m’attendais au pire: un clip IA du King sur le trône** où l’on le trouva mort.

    * traduc imparfaite: À quoi ça sert ?

    ** son bol de toilette

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