[Vigilance IA #5] – Fellationgate : Patrick Sébastien est-il le nouveau Stiv Bators ?

Patrick Sébastien Cap d'AgdeLa question des droits d’auteur, qui sera bientôt un lointain souvenir, nous a empêché d’illustrer cette chronique avec l’une des multiples photos prises sur le vif par les participants au concert de Patrick Sébastien organisé au Centre Naturiste René Oltra le 22 juillet et qui rassemblait plus de 2 000 personnes dont (d’après la police) 24 mineurs. Ouvert en 1956 par deux frères viticulteurs, le camping dont il est question est le premier centre familial naturiste inauguré dans la région et se targue d’offrir aujourd’hui près de 39 hectares de bungalows et autres emplacements à la déambulation côtière à oilpé.

Le concert gratuit de Patrick Sébastien était un événement majeur de la saison, offert aux vacanciers, qui a, comme on le sait, “dégénéré” (très discrètement puisque les premières plaintes ont été rapportées le lendemain, sans émoi le jour même), lorsque, comme à son habitude, le chanteur et animateur télé invitait quelques femmes venues du public à monter sur scène pour participer avec lui à la chorégraphie de son célèbre tube Les Sardines. C’est à cet instant précis qu’une femme (notez qu’on ne sait rien d’elle) se serait agenouillée devant Patoche, alors dos à la scène, pour lui prodiguer l’espace de quelques secondes (on en a compté huit sur les images vidéo) ce que l’on considère aujourd’hui comme une fellation. Huit secondes, c’est un peu court évidemment pour sortir un sexe de son enveloppe et le célébrer ainsi. Mais le droit ne fait pas de différence entre l’acte réel et le simulé/mimé (ce qu’a prétendu l’équipe de Patrick en défense) : l’offense semble donc constituée à défaut d’être réellement spectaculaire (puisque personne n’a rien vu) et le fellationgate est lancé.

On a pu ainsi trouver sur internet quelques photos originales, une vidéo d’assez mauvaise qualité du concert et surtout, comme de coutume, les premières recréations photoréalistes et dessinées par IA, dont on a repris la plus significative pour en déjouer les ressorts. Car oui, tout cela est bien regrettable. Patrick Sébastien est de nouveau victime de sa réputation et d’une levée de boucliers qui en veut à sa gouaille et à sa religion de la liberté. Les fantasmes petits bourgeois et classe moyenne s’agrègent autour de ce fellationgate en associant libertinage (le sexe en groupe, le sexe en dehors de toute règle, le sexe dangereux) et le naturisme (une ode au corps libre et sans entrave, égalitaire, venue de la  Freikörperkultur, née en Allemagne à la fin du XIXe siècle et portée par le fascinant Richard Ungewitter auteur du seul vrai bon livre sur le sujet, Die Nacktheit, la Nudité (1905), qui malheureusement travaillera dans les années 30 à une convergence d’intérêts… avec le nazisme, mais c’est une autre histoire). Le naturisme, c’est beau. Le libertinage, c’est moins beau. Voilà l’ennemi et Patrick Sébastien en est le plus accessible des représentants et ne s’en est jamais caché. De là, à faire de ce fellationgate un alibi pour une croisade moraliste qui détournerait la France estivale des véritables enjeux budgétaires à venir…. et ils sont où nos deux jours fériés ?

Stiv Bators

Il n’y a qu’un pas qu’on franchit allègrement. Car l’IA, dans sa grande sagesse, nous met pour une fois sur la piste d’une copie médiatique d’un événement survenu au célèbre club new-yorkais CBGB en novembre 1977 et qui n’est rien moins que la réplique anticipée du scandale qui affecte aujourd’hui Patrick Sébastien. Le mimétisme est sidérant : même pose, même environnement, même mise en place. Même position des mains qui entourent la chevelure de la fan. Même écho médiatique. Même dénonciation de la perversité sous-jacente du punk/pop populo.

Si l’identité de la personne qui s’affaire auprès de Sébastien n’est pas connue, celle qui fait face au chanteur des Dead Boys est elle incertaine : selon les récits, il pourrait s’agir d’une serveuse du CBGB qui aurait été incitée par la manageuse du groupe et membre des Ten Wheel Drive, Genya Rian. Ou…. d’une célèbre groupie qui hantait les clubs durant cette ère punk sous le nom de Damita X. La photo est prise par la photographe Jenny Lens dont on peut retrouver les travaux un peu partout à l’époque, dans les magazines, et dans un magnifique bouquin.

L’anecdote ne fait pas immédiatement scandale mais est rapportée dans au moins trois ou quatre bouquins sur la période et devient l’emblème/l’étendard de l’outrance qui règne alors dans le mouvement punk US. Stiv Bators était un sex maniac notoire et les récits de ses prouesses ne manquent pas dans les ouvrages biographiques qui lui sont consacrés ou dans les témoignages de ses partenaires comme ceux du grand rouquin Cheetah Chrome, héros véritable de la période dont on a déjà parlé et qui a l’immense avantage d’avoir démarré sa carrière au sein des Rocket From The Tombs (futurs Pere Ubu) où il aida à la composition du standard Sonic Reducer, plus tard repris par les Dead Boys de Bators qu’il confondit. Chrome est (pour les amateurs de littérature à l’écran) joué par Rupert Grint/Ron Weasley dans le film consacré au CBGB, sorti en 2013. Vous m’en direz tant…

Ce qui semble acquis, par delà les faits, et à travers l’étonnante ressemblance de ces deux photos, c’est que l’IA, qu’on a tant décriée, peut aussi jouer un rôle positif dans la révélation de schéma de manipulations des esprits. On ne sait pas quand exactement durant le concert de 1977 au CBGB, Bators s’est fait sucer. La setlist est la suivante : Sonic Reducer, All This and More, Not Anymore, Revenge, Flame Thrower Love, I Need Lunch, Ain’t Nothin’ to Do, What Love Is, High Tension Wire, Search & Destroy et on suppose que les faits ont pu se produire pendant Flame Thrower Love ou I Need Lunch. Le texte de ce dernier morceau remarquable est explicite :

I, I don’t wantcha to hang around
Girl I don’t need ya to drag me down
Well I, I don’t really wanna dance
Girl, I just wanna get in your pants

Et l’on voit bien que la réalité retourne la perspective. Pour Patrick Sébastien, le couplet incriminé est tout aussi clair :

Bien sûr, que c’est vraiment facile, facile
C’est même complètement débile, débile
C’est pas fait pour penser, c’est fait pour faire la fête
C’est fait pour se toucher, se frotter les arêtes
Alors on se rassemble, à cinq, ou six, ou sept
Et puis on saute ensemble en chantant à tue tête

La manipulation médiatique part sans doute de là. En décalquant l’épisode Bators, on fait de Patrick Sébastien le DERNIER PUNK VIVANT, un individu dangereux et peu recommandable, et on jette ses valeurs libertaires avec l’eau salée. La démarche est facile, un peu trop voyante et l’IA nous aide ici à démonter le stratagème. Jenny Lens a été éhontément plagiée pour construire cet événement de toutes pièces. Comme dirait Murielle Bolle, “Larienfépatrick”. Mais à qui profite le scandale ?

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5 Comments

  1. says: Bus

    Sébastien n’a rien d’un punk, c’est un grobeauf obscène. Sans talent.
    Je vois pas l’intérêt de prendre sa défense.
    Pas mal le “il était nazi mais c’est une autre histoire” lors du cours sur l’histoire du naturisme.
    Vous avez une étrange propension à excuser le pire.
    Je vois pas en quoi l’IA peut nous aider. Si vous êtes un défenseur de l’IA, vous êtes encore plus méprisable

    1. says: Beecher

      Cher Gabriel, cette série autour de l’IA est une série activée pour se détendre cet été. Alors on se calme et on boit frais à Saint-Tropez ou au Cap d’Agde ou ailleurs. 😉

  2. says: Dorian Fernandes

    Je ne m’attendais pas à un article si riche, notamment via le rapprochement avec les Dead Boys. L’anecdote m’était inconnue. D’ailleurs, c’est l’illustration de l’I.A. qui t’a mise sur cette piste ? Ou tu l’as aidée un peu…?

    Quant au “potentiel punk” de Patrick, tu as raison ! Est punk ce qui s’oppose au conformisme. Le conformisme contemporain est le prêchi-prêcha ambiant de gauche, plein de tabous depuis 40 ans (que je ne vais pas énumérer ici) et dont je suspecte, bien que se proclamant progressiste et “libertaire” (ce qu’il n’est plus du tout), une certaine haine du corps platement bourgeoise – comment ne pas l’être quand on sirote des matchas à 9 balles ? D’où une foule d’articles détestables sur rien d’autre que l’ombre d’une ombre d’un pipeau écrits par des parisiens (la vraie question est : savent-ils ce qu’est une fellation, ces peine-à-jouir ?).

    Patoche est donc punk, et le punk nouveau, il porte des chemises à fleurs et jongle avec des andouillettes. CQFD.

    Par contre, pas sûr que je me farcisse les chansons de Patrick avec le même plaisir que celles des Sex Pistols. Avec ce ton à la Houellebecq, l’article surnage, comme moi en ce moment dans la piscine à bulles de Sainte-Verge d’où je vous écris. Bises.

    1. 99% du punk est nul. Patrick est nul. Donc Patrick est punk ??! Je défends plus le personnage que je ne me risque à dire quoi que ce soit de sa musique qui a une fonction (amuser, danser, se laisser gagner par l’ivresse, animer un banquet familial) plus qu’une véritable intention musicale. De toute façon c’est toujours à peu près le même morceau avec une ou deux lignes de texte. Le petit bonhomme en mousse a une certaine allure. Les Sardines…. il arrive par accident presque qu’il ait une bonne “ligne” ou un truc bien trouvé mais ça doit être assez rare.

  3. says: Alaphasant

    Excellent article de BB. Je n’écoute pas les chansons de Patoche mais ce mini-scandale bien monté (en épingle) par certain censeurs prétendument bien pensant est ridicule. Et je confirme qu’on peut écouter du punk et aimer les films de Max Pecas

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