Chanteur charismatique de Girls Against Boys, groupe initialement né comme un side project de Fugazi, Scott McCloud, guitariste de métier, a connu dans les années 90 la folie et la démesure des grands groupes américains : tournées XXL, groupies, excès en tout genre. Il a été à la fois une figure emblématique du hardcore américain, un acteur suffisamment mainstream et indie pour disposer d’un observatoire complet et parfait sur une décennie déjantée et spectaculaire. Depuis les coulisses du Lolapalooza, jusqu’au statut de groupe le plus courtisé par les labels avant de rejoindre Geffen, McCloud a accumulé suffisamment de souvenirs pour écrire trois biographies et raconter l’époque mieux que personne. Avec Paramount Styles, il a développé une écriture bien à lui en reprenant un mélange savant et pop d’abstraction à la Brett Easton Ellis et d’ancrage dans des souvenirs détournés et personnels. Son premier album solo, Make It Forever, est l’un des disques de l’année. Disque sensible, personnel et brûlant, interprété avec sa voix de cendres si caractéristique, l’album nous a tapé dans l’oeil et rappelé à quel point McCloud était aussi un conteur hors norme et un homme de goût. Depuis Vienne, où il vit depuis plus de quinze ans, il a répondu à nos questions quelques jours avant de se produire à Paris dans le cadre de notre Festival Outsiders. Professionnel jusqu’au bout, il nous a réservé en exclusivité une vidéo qu’il a tournée exprès pour nous dans une Vienne mystérieuse et de rêverie. Seigneur, vous avez dit seigneur ?
Tu as surtout évolué en tant que musicien et chanteur au sein d’un groupe. Qu’est-ce que ça fait d’enregistrer un album solo et de partir en tournée tout seul ?
Pour être honnête, c’est étrange et parfois j’éprouve un sentiment de solitude, car j’ai tellement l’habitude de voyager avec un groupe au complet. L’humour — avoir le sens de l’humour — est essentiel en tournée. Les groupes tiennent souvent grâce à la manière dont ils se marrent entre eux, aux blagues qui détendent l’atmosphère face aux petits tracas du quotidien. Vivre cela en solo est une expérience nouvelle. J’ai beaucoup moins de monde à qui raconter mes blagues.
Voyager seul avec sa guitare doit être bien différent de ce que tu as connu, la grosse logistique, le bus de tournée, etc. Est-ce que tu aimes ça, flâner dans de nouvelles villes, dormir à l’hôtel… ?
Oui, j’adore ; j’appelle ça « vagabonder avec ma guitare ». Et oui, il m’arrive souvent d’écrire ou de trouver des idées de chansons en voyageant. Récemment, lors d’un voyage en Belgique, j’ai eu une nouvelle idée (titre provisoire : « I Know How to Stay in a Hotel »). J’aime vraiment les hôtels ; c’est un environnement intéressant parce que les gens sont en transit — ils vont quelque part ou en reviennent — mais, à cet instant précis dans l’hôtel, c’est comme un purgatoire. On est entre deux. Autrefois, j’étais somnambule (j’ai plein d’anecdotes amusantes : je ne retrouvais plus ma chambre, je me réveillais dans un couloir, perdu en sous-vêtements, incapable de trouver ma porte…). C’est assez gênant de devoir descendre à la réception en caleçon et de dire : « Excusez-moi, j’ai perdu ma chambre ! » Mais je n’ai plus autant de ces épisodes que du temps où j’étais avec Girls Against Boys.
Lorsque vous voyagez, écoutez-vous de la musique ou lisez-vous ? Pourriez-vous partager avec nous quelques titres de votre playlist récente ou vos lectures du moment ? Voyager — en train, notamment — est une excellente occasion d’observer les gens et la société, n’est-ce pas ?
Je n’écoute pas énormément de musique 🎵 (il m’arrive parfois d’écouter certaines de mes propres chansons pour bien me rappeler les paroles, même si, pour la plupart, je ne les oublie pas). En revanche, je lis beaucoup ; le choix des livres que j’emporte est crucial pour moi, car je ne sais jamais vraiment dans quel état d’esprit je serai. Lors de mon dernier voyage en Belgique, j’avais emporté un très vieil exemplaire de La Ferme des animaux de George Orwell, un livre que j’ai lu maintes fois (j’ai atteint un âge où j’apprécie vraiment de relire des ouvrages que je connais déjà). J’avais aussi pris un livre de philosophie assez volumineux — des écrits de Georges Bataille — car j’ai besoin d’avoir sous la main quelque chose de plus exigeant pour nourrir ma réflexion, au cas où l’envie m’en prendrait. Lorsque je lis ce genre d’ouvrage, c’est généralement pour réfléchir à des questions philosophiques (et peut-être trouver un thème pour une future chanson). Mais le plus souvent, je regarde par la fenêtre. J’ai passé ma vie à contempler le paysage depuis les hublots d’avion, les fenêtres de train ou de fourgon, à rêver de réalités qui n’existent peut-être pas. J’essaie simplement de me détendre et de profiter du paysage.
La conception de cet album a pris beaucoup de temps. Vous avez dit que certaines de ces chansons avaient été écrites il y a sept ou huit ans, en Grèce. Qu’est-ce qui a rendu sa réalisation si longue?
Eh bien, j’ai d’abord enregistré ces morceaux lors d’une tournée en solo un peu « vagabonde » en Grèce — un pays que j’adore et dans lequel je me suis rendu à maintes reprises. J’appelle cela « vagabonder » lorsque je n’ai qu’un plan très vague du déroulement des choses. J’étais dans cet état d’esprit et je voulais simplement garder une trace de certaines idées que je jouais à l’époque. Mais il ne s’agissait que d’une simple captation ; j’avais même dit au producteur, Dimitrius, qu’il était fort probable que je ne les réécoute pas avant plusieurs années. Et personnellement, je crois que je ne les aimais pas beaucoup à ce moment-là, mais je voulais tenter une expérience : les enregistrer et y revenir plus tard. Pour moi, ce fut une expérience formidable. Nous nous mettons souvent beaucoup de pression (dans le présent). Attendre, laisser du temps au temps — peut sembler difficile. Nous voulons tout, tout de suite. L’être humain semble vouloir obtenir ce qu’il désire dans l’instant même. C’était une expérience enrichissante pour moi. C’est difficile à expliquer, mais lorsque je les ai réécoutées des années plus tard, j’étais bien plus ouvert à ce matériau. J’ai pu m’y investir d’une manière totalement différente, avec beaucoup moins d’autocritique — un travers courant chez les musiciens. Nous pouvons être très critiques envers nous-mêmes alors que ce n’est pas nécessaire, car nous ne faisons que donner forme à des idées créatives qui nous sont venues à l’esprit, généralement dans le présent. Reconsidérer des chansons du passé, les voir sous un autre angle (celui du passé), a été libérateur ; j’ai pu apprécier l’intention initiale de ces morceaux tout en les percevant avec du recul. Pardon, je me répète. En somme, j’ai appris à laisser les choses « être », tout simplement à les laisser exister. Il s’agit d’être soi-même et de cesser de se soucier de ce que les autres — ou un « public imaginaire » — pourraient penser. Je crois que les musiciens se mettent une pression qui n’est, en réalité, qu’une construction de leur esprit. S’en libérer n’est pas chose facile.
C’est une œuvre très personnelle. Je ne dirais pas « intime », car il y a toujours une certaine distance entre vous et le narrateur. Diriez-vous que Make It To Forever diffère radicalement de vos précédents travaux sous cet angle ?
J’aime beaucoup que vous évoquiez la notion de narrateur. J’irais même plus loin. Je ne suis pas toujours le protagoniste des histoires racontées dans les chansons (même avec Girls Against Boys) ; il y a des personnages qui vivent quelque chose. Les chansons regorgent de métaphores imagées. C’est une forme de métafiction. Parfois, c’est comme si une version de moi-même incarnait le protagoniste, traversant une situation donnée. J’aime écrire en créant des images — comme une scène 🎬 où se déroule quelque chose (ne serait-ce qu’une conversation dans un certain cadre). J’y glisse bien quelques révélations sur mes propres pensées, mais ce n’est pas nécessairement l’essentiel de la chanson. Sur Make It To Forever, les morceaux sont plus intimes et révèlent davantage de choses, mais il existe une dynamique propre à la musique, à l’écriture et à l’art : ce qui est dévoilé face à ce qui est dissimulé. C’est dans cette dynamique que réside mon intérêt pour la musique. La musique elle-même est une conversation — entre les parties instrumentales, les motifs — et les paroles qui en sont souvent le reflet. Tout n’a pas à être clair et transparent.
C’est peut-être la première fois que tu t’adresses à nous depuis ce que j’appellerais un point de vue « mature » — celui de quelqu’un qui a peut-être passé le cap de la cinquantaine et commence à regarder en arrière. Le fait d’avoir 50 ans a-t-il eu une signification particulière pour toi ?
Oui, c’est vrai, dans une certaine mesure. Avec Girls Against Boys, j’écrivais le plus souvent sur ce qui se passait sur le moment.
Sur Make It Forever, les chansons traitent davantage de la mémoire, un territoire que je n’avais jamais vraiment exploré auparavant. Je pense par exemple au titre Spaceship : cette chanson porte vraiment sur l’instant précis, durant l’enfance ou le début de l’adolescence, où l’on réalise que l’on veut devenir adulte. Cette prise de conscience survient presque comme un choc. On a soudain l’impression que les rêves de l’enfance et de l’adolescence sont terminés et qu’il est temps de s’avancer vers l’immense inconnu de la vie adulte — une perspective qui, à ce moment-là, suscite à la fois excitation et terreur. On peut alors se dire : « J’ai rêvé un jour que je n’aurais peut-être plus besoin de vous » ; c’est une phrase qui évoque cette séparation naissante entre l’enfant et ses parents. « Maintenant, je dois devenir moi-même ! » Mais je crois qu’on ne quitte pas l’enfance sans une certaine appréhension. On sait qu’il le faut, on ressent l’instinct de rébellion — tout un tourbillon d’émotions —, mais ces prises de conscience nous effraient aussi. C’est ce que la chanson tente de transmettre, d’une certaine manière : un mélange de tristesse et d’exaltation, ce qui constitue une émotion très complexe.
Vous aimez beaucoup parler entre les chansons pour en expliquer le contexte. C’est très divertissant. Est-ce quelque chose qui vous vient naturellement ?
Eh bien, je considère les chansons comme des histoires, et j’aime bien dévoiler une partie du cheminement de pensée ou de l’intention qui les sous-tend. Cela dit, j’essaie de ne pas en dire trop non plus ! Je veux aussi que la chanson puisse parler d’elle-même. Mais je pense aussi que le cadre acoustique se prête davantage au partage d’anecdotes ou d’histoires.
Dans l’ambiance bruyante d’un concert de rock, je pense que cela pourrait paraître pédant. Mais j’ai l’impression que cette habitude de raconter des histoires est née de cette façon plus intime de se produire. Quand on se retrouve presque « à nu » sur scène — sans le soutien d’une musique puissante derrière soi —, je ressens presque un besoin impérieux de révéler un peu ce dont il est question. C’est difficile à expliquer, et je n’ai jamais de plan préétabli pour ce que je vais dire. C’est peut-être aussi lié à cela : il y a une certaine spontanéité qui m’attire et qui est également présente dans les chansons elles-mêmes.
Sans groupe complet, je peux modifier l’arrangement de n’importe quelle chanson à ma guise, de manière spontanée ; je suis libre de faire ce qui me plaît, et le résultat varie chaque soir.
Tu as fêté ton anniversaire avec un concert à Prague. C’était sympa ? Tu as chanté des morceaux particuliers ?
Oui, c’était incroyable. Vraiment, ce sont de nombreux amis et proches qui m’ont encouragé à fêter ce 50e anniversaire à Prague. J’ai été sincèrement étonné de voir des gens venir de partout ; cela dit, Prague est une ville magnifique à visiter, donc ça a fait un très beau week-end. C’est fou de me dire que j’aurai déjà 60 ans l’année prochaine (je n’ai rien prévu pour l’occasion), mais je tiens à ajouter une chose : même si c’était mon anniversaire, je ne voyais pas vraiment l’événement comme une célébration centrée sur ma personne. Je voyais surtout ça comme une activité sympa, l’occasion de réunir des groupes et des amis. Avec le recul, je suis toujours surpris et immensément reconnaissant du nombre de personnes venues et de tous les amis qui ont organisé tout ça. Si j’ai des amis pareils, c’est que j’ai dû faire quelques bonnes choses dans la vie 😅
Vous jouez à Paris le 26 septembre. La dernière fois que je vous ai vu là, c’était il y a environ 15 ans… en 2013 avec Girls Against Boys, c’est bien ça ? Que retenez-vous de vos concerts parisiens ? Gardez-vous des souvenirs précis de chaque endroit visité, ou bien, à l’époque des tournées intensives, tout finissait-il par se mélanger un peu dans un flou général ?
Difficile de croire que ça remonte à si loin ! Oh là là, tellement de souvenirs GÉNIAUX de concerts à Paris… depuis l’époque de l’Arapaho dans les années 90 (près de la place d’Italie, je crois)… tant de concerts au fil des ans. Je suis ravi et très enthousiaste à l’idée de jouer le 26 septembre, surtout avec ce répertoire. J’aime beaucoup de villes, mais Paris figure tout en haut de la liste.
Parlez-moi de votre amitié avec Simon Lenski. Il sera à Paris avec vous. Qu’apporte-t-il à votre musique ?
J’ai rencontré Simon vers 2008. À l’époque, je jouais avec Paramount Styles. Je cherchais des musiciens pour compléter la formation européenne du groupe et un ami me l’a recommandé. Simon avait un groupe appelé DAUU et avait aussi joué avec dEUS (Tom Barman est un ami de longue date). Le courant est tout de suite passé entre nous. C’est un musicien de formation classique, alors que je viens de la scène punk rock. Nous avons noué des liens immédiatement. Simon a fini par quitter Paramount Styles, mais nous sommes restés en contact. Nous avons recommencé à jouer ensemble cette année seulement. Et ce lien musical (presque philosophique) est toujours là. Il se passe parfois quelque chose de spécial entre les gens, non ? Il me comprend, il sait s’y prendre et nous aimons les mêmes choses en musique : la spontanéité, la prise de risque. Nous travaillerons certainement davantage ensemble à l’avenir.
Vous avez écrit sur les filles de Prague. Qu’en est-il de celles de Paris ? Je sais bien que vous ne pouvez pas écrire sur les filles de toutes les villes où vous avez chanté, mais certaines pourraient en prendre ombrage !
Hé bien, comme je l’ai dit, j’adore peindre des images avec les mots dans mes chansons, dans l’espoir d’immerger l’auditeur dans une histoire. The Girls of Prague évoque le monde du travail du sexe. Tout ce secteur d’activité. En Europe de l’Est. Encore une fois, la chanson ne parle pas de moi ; elle porte sur l’observation de ce milieu et sur ce qu’il suscite dans l’imaginaire. Les opinions de chacun sur le travail du sexe sont évidemment un sujet délicat, mais la chanson ne cherche pas à porter un jugement moral. Elle traite du capitalisme. Il y a ces mots dans le refrain : « On ne choisit pas, on est choisies »…Avec peut-être un sous-thème : nous sommes tous, d’une certaine manière, sous l’emprise du capitalisme — de ce qui est valorisé dans notre société — et, en tant qu’artiste, je comprends parfaitement cette idée. J’aime prendre des risques avec mes chansons, et celle-ci en est un exemple. À mes yeux, c’est simplement une réalité, que l’on peut juger moralement ou non. Une réalité qui s’inscrit dans une grande vulnérabilité. Pour moi, cette chanson est une réflexion sur des réalités simples. Je ne porte, bien entendu, aucun jugement. Je pourrais écrire une chanson sur les filles de Paris, mais ce serait un morceau très différent. Il me semble que Prague, et l’Europe de l’Est en général, ont une histoire marquée par le travail du sexe et le tourisme sexuel. D’ailleurs, Vienne possède le plus grand quartier chaud d’Europe après Amsterdam. Ma chanson ne défend aucune position morale à ce sujet. C’est plutôt une réflexion sur la vie et la réalité. Pour ce que ça vaut…
Vous vivez à Vienne. Vous avez toujours aimé vivre à l’étranger. Comment vous êtes-vous retrouvé là-bas ?
Pour moi, les grands changements de vie ont toujours été perçus comme une prise de risque transformatrice. Peut-être sommes-nous tous, d’une certaine manière, attirés par l’inconnu, non seulement sur le plan géographique, mais aussi au plus profond de nous-mêmes ? Tout laisser derrière soi est une sensation incroyable. J’ai ressenti la même chose en m’installant à New York en 1989. Puis à Paris, brièvement. Ensuite à Vienne. C’est cette envie de simplement « y aller » et de voir ce qui se passe. Quant au fait de vivre en Europe, je crois que la question de la langue joue aussi un rôle pour moi : j’aime assez ne pas comprendre parfaitement ce qui m’entoure. Cela me laisse beaucoup de temps pour rêver, pour m’évader dans mes pensées, ce qui équivaut à du temps de création.
Comment percevez-vous l’Amérique depuis l’Europe ? Je ne veux pas que l’on parle de Donald Trump ou de ce genre de choses. Comment voyez-vous la culture américaine depuis là-bas ? Comment continuez-vous à vous sentir américain dans votre façon de vous exprimer ?
C’est très intéressant ; voici ce que je constate en tant qu’expatrié américain vivant à Vienne depuis maintenant 16 ans. Tout d’abord, ce qui me frappe, c’est la quantité de drapeaux américains que je vois lorsque je retourne au pays. Si l’on y vit, ce changement ne semble peut-être pas aussi spectaculaire. À mon avis, tout cet hyper-nationalisme a vraiment commencé après le 11 septembre. J’ai l’impression que les divisions de la société américaine m’affectent différemment de ce qui se passerait si j’y résidais encore.
Les divisions dans la vie américaine séparent les gens de nombreuses façons et c’est assez subtil. Chaque camp politique est animé par ses propres CERTITUDES. J’entends par là le sentiment d’avoir toujours RAISON. Or, le DOUTE est la pierre angulaire de la pensée moderne issue des Lumières. C’est comme si, à mesure que les divisions s’accentuent aux États-Unis, chacun — quel que soit son camp — est de plus en plus convaincu d’avoir raison. Et cela fait obstacle à tout dialogue. Impossible d’avoir une véritable conversation avec quelqu’un qui est aussi sûr de ses opinions subjectives. Pour moi, qui suis désormais en quelque sorte un OBSERVATEUR EXTÉRIEUR, je constate cela des deux côtés du débat américain. Surtout face aux conneries répugnantes de la droite américaine, mais parfois aussi à gauche. Vu de l’extérieur, j’ai l’impression qu’il faut choisir un CAMP et creuser une tranchée autour de celui-ci, pour défendre à tout prix sa propre certitude morale. Mais comme je n’y vis plus, c’est parfois étrange, quand je retourne là-bas. Bien sûr, les États-Unis ne sont pas un cas unique, mais je suppose que le fait d’être américain et de vivre à l’étranger depuis si longtemps rend ce phénomène particulièrement frappant à mes yeux.
Quelle est la prochaine étape musicale pour vous ? J’avais entendu parler d’un nouvel album de Girls Against Boys ?
Toujours de la musique. Je travaille sur de nouveaux morceaux acoustiques. Et aussi sur du nouveau matériel pour Girls Against Boys (on verra bien). Sans oublier la poursuite de collaborations comme AGRIO (Madrid). Ma vie, c’est la musique. La créer, l’enseigner. C’est tout ce que je fais et tout ce que je veux faire.
Revenez-vous souvent aux États-Unis ? Votre pays vous manque-t-il parfois ?
Oui. Ma mère a 84 ans et vit toujours à Washington D.C. Entre cela et les activités habituelles du groupe, je retourne aux États-Unis trois ou quatre fois par an.
Par contre, y vivre ne me manque pas !
Savez-vous déjà ce que vous allez chanter à Paris la semaine prochaine ? Travaillez-vous avec une setlist élaborée ou vous laissez-vous parfois guider par votre instinct ?
J’en connais la majeure partie, mais je prendrai ma décision finale une fois sur place, en voyant la salle. Tout dépend aussi de mon état d’esprit ce jour-là. À mon sens, le lieu de la représentation fait partie intégrante de la musique elle-même. Et chaque soir est différent. Ce sera donc le produit de l’ambiance, du lieu et de ce que je ressentirai sur le moment.
Paramount Styles. Le groupe a-t-il définitivement cessé d’exister ? Ou reprendrez-vous un jour ce nom de scène ?
Oui, Paramount Styles, en tant qu’entité, c’est fini et je ne reprendrai pas ce nom. J’adore ces albums, ces chansons et toutes les personnes qui y ont participé. Je joue encore beaucoup de ces titres sur scène ; si j’ai arrêté le projet, ce n’est pas à cause du groupe lui-même, mais pour des raisons liées aux réalités financières des tournées et à mon envie d’explorer de nouveaux horizons musicaux et personnels. Comme le dit la chanson Come to New York : c’était une époque vraiment géniale.
Je jouerai peut-être ce morceau à Paris, on verra bien.

As the charismatic frontman of Girls Against Boys—a band that began as a Fugazi side project—, Scott McCloud experienced the wild excess of major American bands during the 90s: massive tours, groupies, and every kind of indulgence. He was both an iconic figure in American hardcore and a player who straddled the line between mainstream and indie, giving him the perfect vantage point to observe a spectacular, unhinged decade. From the backstage chaos of Lollapalooza to the frenzy of label bidding wars before signing with Geffen, McCloud gathered enough memories to fill three biographies and recount that era better than anyone else. With Paramount Styles, he has cultivated a distinctive songwriting style, blending—with a pop sensibility—Bret Easton Ellis-esque abstraction and deeply personal, reimagined memories. His debut solo album, Make It Forever, is one of these years best LPs. Sensitive, personal, and searing—and delivered with his signature voice, which sounds like smoldering ash—the album immediately grabbed our attention, reminding us that McCloud is a storyteller of rare caliber and a man of impeccable taste. Speaking from Vienna, where he has lived for over fifteen years, he answered our questions just days before performing in Paris for our Outsiders Festival. A consummate professional, he also shared an exclusive video shot specifically for us, capturing a mysterious, dreamlike side of Vienna. Seigneur, vous avez dit seigneur ?
You’ve mostly been a musician/singer playing in a band. What’s it like making a solo album and touring on yourvery own ?
To be honest it’s strange and a little lonely sometimes as I’m so used to travel with a full band. Humour, having a sense of humour, is so important to touring. Bands kind of survive on group humour / jokes to lighten the mood because there are so many little day to day struggles- to do that alone is a new experience. I have fewer people to tell my jokes to.
It must be very different travelling alone with your guitarfrom big material, tour bus etc. Do you like it wanderingin new towns, sleeping at the hotel etc.
I do – I call it vagabonding with guitar. And yes, often I write or come up with new song material from traveling. Recently traveling to Belgium 🇧🇪 I came up with a new idea (temporary title “I KNOW HOW TO STAY IN HOTEL” I do love hotels / it’s an interesting environment because people are in transit – going somewhere, or going back TO somewhere- but in that moment in a hotel it’s like a purgatory. You are in transit. In former times I was a big sleepwalker (many funny stories of losing my room, waking up in some Hotel hallway / lost in my underwear- can’t find my room back, etc … It’s quite embarrassing to have to go down to reception in one’s underwear and be like “excuse me I’ve lost my room!” But I don’t sleepwalk so much anymore as I did when I was younger like with GVSB.
When travelling, do you listen to music, read ? Can youshare with us a few tracks from your recent playlist if youhave some, readings ? Reflexions while travelling. It is a good way to observe people and society.. to travel by train… isn’t it ?
I don’t listen to very much music 🎵 (sometimes I have to listen to a few of my own songs so i can fully remember the lyrics although most of that are things I don’t forget) I do READ, and it’s always very important to me which books I bring because I never exactly know what mood I will be in. On my last trip to Belgium I brought a very old copy of George Orwell “Animal Farm” which I’ve read many times (I’m at an age I really enjoy re-reading old books I’ve read before) – I also brought a very heavy philosophy book- writings of Georges Bataille because I need to have something more challenging as well, in case I’m in that kind of mood, to reflect on. If I read from something like that it’s usually to reflect on more philosophical issues (and maybe find a theme for a song idea). But mostly I look out the window. I’ve been looking out of plane, train, van windows all my life. Dreaming of realities that may not exist. I try to relax and enjoy the scenery.
This LP has been a long time in the making. You’ve saidsome of those songs have been written a seven or eightyears back in Greece. What did make it so long or difficult to make ?
Well, I first recorded the songs on a vagabonding solo tour in Greece / where I love to go and have been many times. I call it “vagabonding” when I really only have loose plan of what’s going on. I was on that kind of tour and just wanted to document some of the ideas I was playing at the time. But I was just documenting it and I told producer Dimitrius that I likely would not even listen to the songs for several years. I personally didn’t like them very much (at the time) but I thought would try an experiment of just recording them and at some point LATER returning to them. For me this was a great experiment. We put a lot of pressure on ourselves (in the present) and to wait _ to give things time – can feel difficult. We want everything NOW. Homo sapiens seems to want what we want and want it now. It was a great experiment for me because. It’s hard to explain but when i listened back after years I was so much more open to the material, I could engage with it in an entirely different way, much less self critical, which is something lots of musicians have. We can be very self critical even when we actually don’t NEED to be because all we are doing is something – creative ideas – which have come to mind usually in the PRESENT. To reflect again on songs from the past or another point of view (the past) felt liberating and I could just enjoy the intention of the songs as they were done from another point of view . Pardon I am repeating myself. Basically I learned a little bit about letting things JUST BE, just exist- and I carry that experience with me now. Just be yourself and stop worrying about what anyone else or some “imaginary audience” might think. I think musicians put a lot of pressure on themselves which actually is a construct of their own minds. Getting free from that isn’t easy.
It is a very personal work. I wouldnt say intimate as thereis always a certain distance between you and the narrator. Would you say Make It To Forever is from that point of view (the way you deal with yourself) very very differentfrom your past works ?
I love that you bring up the idea of narrator. I would go even further. I am not always the Protagonist in the stories of songs (even GVSB) – there are characters who are experiencing something. In the songs there are always a lot of figurative metaphors. It’s meta-fiction in a way. Sometimes it’s like – a version of me is the protagonist, who may be experiencing some situation. I like to write in word pictures – like a scene 🎬 where something (even just a conversation in an environment is taking place) and I do put in some REVEAL of my own thoughts but often that’s not the POINT of the song. On MAKE IT TO FOREVER the songs are more intimate and revealing but there is a dynamic in music / writing / art. What is being revealed vs what is maybe be concealed. It’s in that dynamic where my interest in music is. Music itself IS a conversation/ between musical parts / motif – and the lyrics often mirror that imo. And of course there doesn’t need to be a perfect explanation.
It is maybe the very first you adress yourself to us fromwhat i would call a « mature » point of view, i meansomeone who maybe turned 50 and starts to look behind. Was turning 50 meaning something to you ?
Yes, true to some extent. In GVSB I most often wrote about what was happening IN THE MOMENT.
On MITF the songs are more about memory which is a place I never really have explored much before / a song like SPACESHIP comes to mind – the song is really “about” that moment where as a child / young teenager where you realize you want to be an adult. That realization comes almost a a shock. Your childhood and teenage dreams suddenly feel OVER and it’s time to move on into this huge unknown of adulthood- which feels in that moment both thrilling and terrifying at the same time and you may have thoughts like “once I had a dream I might not need you now” which a really a line about that separation that begins between children and parents. Now I have to be my own person! But I think we don’t necessarily leave childhood without some trepidation. We know we must and we feel the rebellion instinct – all the emotions – but we are also frightened by these realizations. This is what the song tries to convey, in some way. A sadness & exhilaration at the same time, which is a very complex emotion.
You like to talk quite a lot between songs, giving the context of them. It is very entertaining. Do you do thisnaturally ? Is it something you appreciate with intimatevenues, this direct contact with the audience ? How do you sometime miss stadium stages… ?
Well I feel like songs are stories, and I do enjoy revealing some of the thought process or intent behind the songs. On the other hand i try to be careful not to give away too too much! I want the song to speak for itself as well. But I also think the acoustic environment is more conductive to telling a few stories / anecdotes.
In a loud Rock concert atmosphere I think this could be pedantic. But I feel like doing that, talking a bit more about stories, has come from performing in this mote intimate way? When one is like so almost NAKED on stage – there is no loud music behind you anymore – it feels to me almost like a compulsion to reveal a little about what it is that one is talking about. Complicated to explain and I never have a PLAN for things I might say. Maybe that’s also a part of it – there is some level of spontaneity which attracts me and which is also IN the songs.
Without a full band I can change the arrangement of any song at will / spontaneously – I can do whatever I feel like doing and it’s very different every night.
You’ve been having a birthday gig party in Praha. Was itcool ? Did you sing special stuffs ? Who was there ? What was the cake like ?
Yes, this was amazing. Really it was so many friends and loved ones who encouraged me to do that 50th anniversary in Prague. I was honestly amazed that people came from all over – but then again Prague is a great city to visit so it made for a nice weekend. Amazing I’ll already be 60 next year (no plans for that) but I’d like to add – even if it was my birthday I didn’t think of it as like a celebration for me. Ha ! I really looked at it many something fun to do, get the bands and friends together. Thinking back on it I’m still surprised and enormously grateful at how many people came and all the friends who organized it. To have friends like that I must have do some things right in life 😅
You are playing in Paris september 26th. Last time i’veseen you there was something like 15 years ago. 2013 with Girls Against Boys. Is that correct ? What do youremember from Parisian gigs ? Any special rock n’roll memories ? Do you have special memories from everyplace you’ve been or when you were touring intensively, had things a tendancy to get blurry and indistinct ?
Hard to believe it was that long ago! Oh my so many GREAT memories of playing in Paris – back to l’Arapaho (please check my spelling) in the 90’s (was near place d’Italie I believe) _ so many shows over the years. I am so pleased and excited to have this opportunity to play Sept 26 – especially with this material. I love so many cities. Paris is right at the top.
Tell me about your friednship with Simon Lenski. He’llbe there in Paris with you. What does he bring to yourmusic ?
I met Simon in like 2008. I was doing Paramount Styles at the time. I was looking for musicians to like fill out a European line up for Thad band and a friend recommended him. Simon had a group called DAUU – and also had played with dEUS (Tom Barman is a good friend going way back). And when I first met Simon we clicked together very well. He is classically trained musician, I come from punk rock world. We just bonded. Simon left Paramount Styles after awhile but we stayed in touch. We’ve only just started playing together again this year. And that musical (almost philosophical) bond remains. There’s just something special sometimes between people? He GETS me, he knows how to do it and we both like the same things in music – spontaneity- risk. We will definitely work even more together in the future.
You’ve written about Girls from Praha. What about girls from Paris ? I know you cant write about all the girls in any city you’ve sung but some could feel jealous !
Ha! Well as I’ve said I love word pictures in lyrics and songs – to hopefully bring the listener into some kind of story. The Girls of Prague – the sort of theme of the song- is kind of about sex workers. That whole industry. Eastern European. Again, the song it NOT about me it’s about seeing that industry and imagination. People’s individual views on sex work is obviously a difficult topic, but the song is not about any morals involved. It’s about capitalism. The words in the refrain “we don’t choose we’re chosen”.
And maybe a sub-theme:
We are all in a way, controlled by capitalism- what is valued in our society – and as an artist I just totally empathize with the idea. I like taking risks with songs and this IS an example of that. To my mind it’s just a reality which people can moralize about or not. Its existence in a very vulnerable way. In my mind the song is a reflection on simple realities. I do not of course have ANY judgement at all. I could write a song about the Girls of Paris but it would be a very different song. Prague in particular and Eastern Europe has a history of sex work and sex tourism it seems to me. Vienna by the way has the biggest red light District in EU after Amsterdam. My song is not about any moral position on this. Rather it’s just a reflection on life and reality. For what it’s worth…
You are living in Vienna. You’ve always liked to live abroad. How did you come to live there ? And what do you line in Vienna which makes you stay there ?
For me big life moves or changes have always felt like a transformative risk. Maybe we are all in some way drawn to the unknown, not only geographically but within ourselves? Perhaps this feeling of leaving it all behind. I had the same feeling moving to NYC in 1989. Then to Paris, briefly. Then to Vienna. It’s the feeling of JUST GO and see what happens. As far as living in Europe I think it’s also a language thing for me? I kind of like NOT UNDERSTANDING so well my surroundings. This affords a lot of dream time in my own head, which is like creative time.
How do you see America from Europe ? Dont want youto talk about Donald Trump and stuff. How do you see American culture from there ? We have extrememainstream stuffs like Marvel, Netflix series, etc thanmore alternative stuffs, writers, indie movies. Where’sthe cultural truth there ? How do you still feel American in your expression ?
Very interesting- what I see as an American ex-Pat, living in Vienna since 16 years now. First of all it’s shocking to me how the amount of American 🇺🇸 flags I see when u go back. If you live there that change might not seem so dramatic. All of that hyper nationalism really started imo after 9/11. I feel like the divisions in American society affect me in different ways than they might if I still resided there.
The divisions in current American life seem to separate people in so many subtle ways? For one thing no matter what side of any politics one is on, it’s like there is a sense of CERTAINTIES. By which I mean a sense of always BEING RIGHT. Whereas DOUBT is actually the cornerstone of modern Enlightenment thought, not certainty. It’s like as division in USA increases – everyone on every side is more certain they are right about things. And this gets in the way of any dialogue. You can’t have a real conversation with anyone who is so certain of their subjective opinions. For me, now as somewhat of an OUTSIDER I see this on both sides of American issues. Especially the repugnant bullshit on the US right wing side, but sometimes on the Left too. It feels to me as an outsider that one must choose a SIDE and like dig a trench around that – defend your self righteousness at all costs. But I don’t live there anymore so it’s strange sometimes when I return to see these divisions and how firm everyone on any side seems to feel about their beliefs. Of course the USA is not unique in this but I guess because I am an American, who has been living abroad for so long, it feels very pronounced to me.
What’s the next musical step for you ? There is a solo tour on its way. I had heard about a new Girls Against Boys LP ? Have you written new solo things on tour ?
Always music. Working on new acoustic music. And also new GVSB material (we will see). And also continued collaborations like AGRIO (Madrid). My life is music. Creating it. Teaching it. Its all I do and all I want to do.
Do you often come back in the USA ? Do you sometimemiss your country ?
I do. My mom is 84 and still in DC so that combined with usual band stuff I’m usually back in USA 3-4 times a year.
I do not miss living there!
Do you already know what you are going to sing in Paris next week. Do you work with an elaborate setlist or do you sometime follow the heart ?
I know most of it – but I’ll make a final determination when I see the performance space. And also just how I feel like that day. In my opinion/ the actual performance space is part of the music itself. And that’s different every night. So yes it’s mood, space, how I’m feeling all combined.
Paramount Styles. Is the band off forever ? Or will you one day come back to that moniker ?
Yes Paramount Styles is finished as an entity and I will not go back to that moniker. I love those records and songs and everyone involved. I still play many of the songs live, and stopping doing it has nothing to do with the band itself, it’s a combination of the financial realities of touring – and also just moving on into personal new realms of music and adventure. As the PS song “Come to New York” says: It was a real cool time.
I may play that song in Paris will see.
Photos : courtesy of the artist Kottie Paloma.

