Good Cop / Bad Cop 1 : Benjamin Biolay, tube et cœur brisé

Benjamin Biolay - Grand PrixIl a beau être critiqué et défié de toutes parts pour sa vie privée, Benjamin Biolay n’a pas son pareil pour chanter l’amour et les cœurs brisés, le sien notamment. L’homme a quitté et été quitté, il s’est séparé et apparié, enflammé puis glacé. Et tel un Sisyphe de l’amour, remettant à jamais son corps sur l’ouvrage, y est retourné, ne refusant aucune émotion, aucune passion, ne rejetant jamais le romantisme de jeune homme qui en avait fait, il y a plus de vingt ans maintenant, le chanteur de charme le plus vénéneux et envoûtant de sa génération.

Le premier extrait de son nouvel album Comment est ta peine ? est une réussite remarquable, d’émotion et d’équilibre. La mélodie, très années 80s et synthétique, est balancée et envoûtante, alanguie et cold comme une larme qui glisse sur la joue. Mais elle embarque dans ses recoins une invitation à danser (l’un des thèmes centraux du nouvel album) qui indique que, malgré la tristesse, la vie continue et que l’homme se relèvera. Il y a dans ce morceau une intensité et une forme de contrôle de l’émotion qui sont impressionnantes comme si, avec le temps, Biolay avait pu amadouer les profondeurs extrêmes du désarroi et de l’abandon, pour en faire de l’art et les tourner vers demain. Sa voix est abîmée, enfumée, résignée et aérienne à la fois. Sa poésie est prosaïque (rimes cheap et mots du quotidien) mais sublime dans son impact simple et immédiat. “Comment est ta peine ? La mienne est comme ça.” Tout est dit dans ce refrain typiquement pop et qu’on ne peut pas s’empêcher d’entonner avec cette même intonation désabusée comme lui après deux ou trois écoutes. Le piano est irrésistible et les arrangements soyeux et larmoyants planqués sous deux notes remuantes.

Le clip, en noir et blanc, met en scène une superbe jeune femme (Nadia Tereszkiewicz) s’ébattant sur une plage Nouvelle Vague tandis que Biolay se lamente à l’arrière-plan depuis sa retraite parisienne. La relation de fiction est imaginaire ou réelle peu importe. Tout ici relève du cinéma, de la légende et d’un monde que l’homme commun ne peut qu’imaginer. Biolay ne se contente pas de chanter. Il vit et il aime pour nous et pour la chanson. Il ne fait pas tout ça pour rien. Chaque amour lui coûte et lui ajoute quelques cheveux blancs. Il faut le remercier pour ça.

Chagrin d’avant le confinement et sable chaud : Benjamin Biolay est l’homme qui parle à l’oreille des dames et des messieurs tristes. Il est le chantre de ceux qui aiment trop fort et manquent de passer par dessus bord. Ses limites techniques sont des limites humaines qui au lieu d’affaiblir sa musique lui donnent une force et une justesse extraordinaires. Son slam est fainéant mais rend à la perfection l’apathie du jour d’après, la tristesse et le manque d’énergie de ceux qui ont perdu espoir. Biolay est magnifique. On espère que son album à venir aura la même tenue que ce single. Les deux précédents nous avaient un peu déçu mais il reste l’un des artistes français les plus passionnants et surtout émouvants de l’époque actuelle.

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