Fun Fun Funeral / Everything is ok
[Araki Records / October Tone Records]

7.6 Note de l'auteur
7.6

Fun Fun Funeral - Everything is okOn pense d’emblée à une version funky de Jackson Scott (dont on parlera prochainement), débridée et joyeuse, à cause des voix de tête modifiées et des arrangements cartoonesques. Il arrive que les enterrements soient joyeux sur la fin, entre le buffet, les gâteaux, le vin qui coule à flots et les bons souvenirs qui dérivent. C’est cette impression que procure la musique de Fun Fun Funeral à la première écoute : celle d’une allégresse DIY, bricolo et d’amitié, rêveuse et fabriquée sur le comptoir entre deux tournées.

De Fun Fun Funeral, on ne sait pas grand-chose à ce stade si ce n’est qu’il s’agit d’un duo composé d’un Anglais, Dean Speacer et d’un Français, Clément Sbaffe. Les deux hommes ont joué dans plusieurs groupes qu’on identifie mal, avant de s’assembler pour soutenir les chansons et le projet amorcé initialement par le Français. Le duo s’embarque pour des concerts partout en Europe avant d’enregistrer en bord de mer (« dans une chapelle », raconte le communiqué de presse), les chansons qui composent cet Everything Is Ok. Fun Fun Funeral pratique une pop de chambre, miniature et aux voix suraigues, qui est aussi lo-fi et joueuse qu’on peut l’imaginer. C’est Pascal Comelade qui joue à Ty Segall en train d’imiter la voix de Thom Yorke après avoir avalé un nuage d’hélium. Cela fonctionne remarquablement bien sur les premiers morceaux comme Elba Sea et Perceptual Systems, mini tubes en puissance aux mélodies rafistolées mais accrocheuses. La guitare-jouet, le banjo et ce qui ressemble à une armée de petites mains à l’accompagnement et aux chœurs cabotinent autour d’une rythmique artisanale. Ca en devient luxuriant à force de petits moyens et de dérapages. Tout n’est pas de cette qualité cependant. La musique s’affaiblit quelque peu quand elle perd le rythme (Seeds) ou vise trop haut et trop ambitieux (les 8 minutes d’un Bloom alambiqué).

Fun Fun Funeral excelle dans le petit format, la vignette qui décolle sur quelques secondes et se pose là avec insolence et insouciance. Il y a un côté slacker pour les nuls sur l’épatant Blood Moon, emballé en trois minutes trente, un côté crâneur aussi et une séduction immédiate. Rio Kosi fait penser aux improvisations sixties d’un Sufjan Stevens en apesanteur. Difficile de ne pas chercher une filiation avec le psychédélisme poétique de Syd Barrett sur le morceau qui suit, Swrrrm, formidable de bout en bout. Il y a des groupes qui semblent faits pour ça : bringuebaler, monter des symphonies avec des bouts de ficelles et regarder le machin se déliter avec le sourire aux lèvres. Ces deux minutes valent le détour : Swrrrm est la chanson la plus impressionnante du lot, terrifiante, comme un cirque de campagne et généreusement loufoque. Brazil fonctionne à merveille juste derrière. Le groupe prend du volume et joue l’emphase pop comme s’il était à la recherche du tube ultime sur les ondes. Il se dégage du duo une belle impression de fragilité et de facilité, l’idée que les idées fusent et qu’elles sont presque toujours bonnes, sans qu’il soit besoin de les apprêter. On flotte entre la terre et l’espace sur le final atmosphérique Terra On Time. Fun Fun Funeral lève la tête et regarde les étoiles.

Everything is ok fait partie des excellentes surprises de l’année, disque terrestre et extraterrestre à la fois, fragile et extravagant, modeste et pétillant, c’est un coup d’essai qui résonne comme un coup gagnant et, on l’espère, un coup de demain.

Tracklist
01. Elba Sea
02. Perceptual Systems
03. Seeds
04. Bloom
05. Blood Moon
06. Rio Kosi
07. Swrrrm
08. Brazil
09. Terra on Time
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