Boy Harsher, les princes de l’électro-pop, sont attendus comme jamais

Boy Harsher - CarefulIl arrive de temps à autre qu’un groupe, engagé dans un mouvement musical, signe un morceau qui reflète à la perfection les intentions, les ambitions non seulement de ses auteurs mais aussi de tous les groupes qui œuvrent dans ce genre-là. A son échelle (celle de la musique électro-pop), le LA des américains de Boy Harsher fait un peu cet effet là.

Boy Harsher, pour rappel, est un duo originaire du Massachussets apparu il y a 5 ou 6 ans, d’abord sous le nom de Teen Dreamz, qui a signé quelques EPs épatants et surtout, en 2016, un album beau à se damner, Yr Body Is Nothing. Jae Matthews et Augustus Muller expriment à travers leurs compositions chantées, un vieux fantasme électro qui est de ne pas créer de disjonction émotionnelle entre les effets produits par le son et ceux produits par la voix humaine. On peut pour cela choisir de faire chanter les machines ou, à l’inverse, amener le chant à se rapprocher d’un effet mécanique. Le duo choisit une forme de troisième voix où le corps et les bits fusionnent et semblent partager une souche ADN commune. La musique électronique devient organique, tandis que la voix se déshumanise gentiment, tout en gardant une capacité exceptionnelle à exprimer le temps qui fuit, cet état éternel d’une adolescence suspendue à l’amour, à quelques pas de danse, à un éclat de lumière stroboscopique. LA réunit tout cela à la perfection baignant le tout dans un écrin vidéo post-porno-chic entre Larry Clark et Bret Easton Ellis qui s’il n’ajoute rien à l’imagerie des kids angelinos s’en nourrit avidement. Il y a dans ce LA du cul, des jeunes, des freaks, des flingues et un cheval, le tout faisant penser aussi au beau (et dégueulasse à la fois) Spring Breakers d’Harmony Korine. Sur le plan musical proprement dit, on n’est pas certains que ce genre là nous enchante mais l’effet produit reste assez fascinant, attirant et inquiétant à la fois. Est-ce là l’Amérique ? Est-ce là la jeunesse d’aujourd’hui ? Ce monde-là, des tatoués, des décadents, des monstres normaux, existe-t-il vraiment ou est-il une invention de l’esprit ? Ces créatures sont-elles humaines ? Cette ville peut-elle être encore considérée comme une cité comme les autres ? Boy Harsher produit une musique de science-fiction qui interroge notre condition, nos goûts et la façon dont on a cru les formuler. Le New Age est par nature obsessionnel. Il met à mort tout ce qui a existé avant sans faire de quartier.

L’album, Careful, sort chez Nude Club le 1er février. Le groupe sera en tournée française fin février/début mars  pour 4 dates (Saint-Malo, Lille, Nancy, Paris).

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