Clip du mois : Prohibition 2050, Brigitte Fontaine encule Daisy Mortem

Daisy Mortem - Prohibition 2050 (Brigitte Fontaine cover)Titre phare de l’album éponyme de Brigitte Fontaine, Prohibition, sorti en 2009, est probablement l’une des plus grandes chansons subversives de ces vingt ou trente dernières années, l’équivalent (presque invisible malgré tout et pas si connu) de l’Hexagone de Renaud, tant il pointe du doigt avec humour et sévérité le cours du monde tel qu’il s’énonce de nos jours : corseté, injuste et stigmatisant pour tous ceux qui ne donnent pas le sentiment de vouloir participer à sa grande comédie. Masqués ou pas, plombés par la Covid ou non, les vieux sont devenus malgré eux la “ressource” la plus scandaleuse et ingérable d’une société qui en a consciencieusement gommé les caractères : esthétiques (leur laideur, leurs rides, leur mortalité, etc), linguistiques (les écarts de langage, l’injure, le racisme), sanitaires (la cigarette, les crachats) ou sociales. Le vieux pue, le vieux meurt, le vieux gêne. Le vieux, et encore plus quand il s’incarne dans une figure aussi loufoque et irrévérencieuse que Brigitte Fontaine, est le nouveau Satan. Mais il bêle, il chante, il jure et pète dans les arrière-boutiques.

C’est ce à quoi s’applique Brigitte Fontaine ici et ce n’est pas une surprise que les Daisy Mortem aient entrepris de signer en 2021, quelques heures après que le grand timonier a sifflé la fin du xième confinement, une version de ce chef-d’œuvre, assortie d’un clip qui ferait frissonner d’envie les Shaka Ponk (on déconne). Daisy Mortem et Brigitte Fontaine étaient faits pour se rencontrer et se faire pipi dessus. Le duo bordelais partage avec la tortue parisienne, un goût inné de la provocation, du pas de côté mais aussi (le plus souvent) une pertinence caustique qui déroutent, troublent et effraient. Leur Prohibition 2050 est à cet égard assez proche de la perfection, tant sur le fond et la forme, déclamé avec suffisamment de conviction et de dégoût, mais aussi lifté musicalement avec une belle efficacité, pour rallier à sa cause (perdue) les jeunes générations permanentes. Le titre sort chez les nouveaux venus Dagaanda Records, et figure en bonne place sur leur prochain album, Fausse Nouvelle, annoncé pour la fin du mois de mai.

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié
Passez votre chemin bâtard
Et filez vite au wagon bar
Je fumerai ma cigarette
Tranquillement dans les toilettes

Partout c’est la prohibition
Alcool à la télévision
Papiers clopes manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics

Qui dit mieux ? A l’heure de faire semblant à nouveau, entendre résonner ce morceau n’est pas la plus mauvaise chose à faire. Dont acte.

close
Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

Luke Haines / Setting The Dogs on The Post Punk Postman
[Cherry Red Records]

Pas d’album-concept cette fois pour Luke Haines mais un autre disque remarquable...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *