Clip événement : avec la bénédiction de Genghis Kahn

Gengis KahnHer Absence Is My Antichrist, c’est le titre assez génial du nouvel album du MC américain Genghis Kahn qui sort à la toute fin du mois de juin. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Genghis Kahn est l’un des membres du collectif The Gemini Lounge, un trio de producteurs américains qui s’est fait connaître depuis une dizaine d’années par la qualité de ses productions. En solo, mais souvent accompagné de ses collègues quand même, le rappeur (blanc) originaire de Caroline du Nord (la riante ville de Greensboro) a surtout brillé avec son Broken Love de 2012, son deuxième album et celui qui a imposé son style poétique, direct et auguré d’une production mêlant hip-hop et sonorités industrielles.

C’est ce mélange de rap classique et de sons divergents, assez peu usités dans le genre, qui caractérise le travail de Genghis Kahn et lui confère cet impact si singulier. En éclaireur du nouvel album, qui est annoncé comme sombre et puissant, Genghis Kahn dégaine aujourd’hui un clip fascinant au service d’un titre, Hellbound or Heavensent, qui s’interroge (rien que ça) sur la nature de l’homme. Sommes-nous naturellement bons ou mauvais ? Voici peu ou prou la question à laquelle se coltine le rappeur et qu’illustre de manière magnifique le clip réalisé par Adam Mason. Evidemment, Genghis Kahn ne convoque ni Rousseau, ni Locke, ni Hobbes, auteurs assignés au traitement de ce thème depuis des décennies, mais assure la démonstration à travers de nombreux exemples percutants laissant entendre que la bonté humaine ne coule pas (euphémisme) de source. Le beat est mélodique et en même temps martial. Le flow souple et racé ajoute à cette sensation d’un dérangement mécanique mais aussi d’un cours des choses sinueux et heurté. A sa manière, la forme épouse le fond, l’exposé donnant l’impression de mirer le cours de l’Histoire, dans un grand arc composé de triomphes et de drames, de fleurs cueillies, d’éjaculations heureuses, d’éclosions et d’explosions. Le morceau est lui-même sublimé par un clip incroyable de force et d’intelligence. Entre horreurs et merveilles, le réalisateur « fait son Terrence Malick », comme on dit désormais dans le jargon, pour suggérer une dérive déterminée et poétique. Est-ce que Dieu existe ? On n’aura évidemment pas la réponse ici mais peut-être est-ce que… Bon/ mauvais, ni l’un, ni l’autre, votre Honneur et tout à la fois. Le hip-hop de Genghis Kahn brûle tout ce qu’il touche mais laisse l’herbe et l’amour repousser entre les dalles de béton. A sa manière, ce Genghis Kahn est un humaniste. Ce sont les autres, les politiques, les pleins aux as, qui ne sont pas humains. Jamais ceux qui ripostent.

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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