BBCC / Altered States of Consciousness
[October Tone]

7.8 Note de l'auteur
7.8

BBCC - Altered States of ConsciousnessDeuxième LP du groupe formé en 2015 sur les cendres des Crocodiles Inc., les BangBangCockCock d’Adrien Moerlen sont de retour avec un Altered States Of Consciousness qui est l’une des meilleures choses qui soient arrivées à cet été perturbé.

A vrai dire, après le covid et avant la future crise économique, le retour de la revanche de la deuxième vague et la mort d’à peu près tout le monde, il ne manquait qu’un bon album de kraut rock apocalyptique à l’ancienne pour que notre malheur/bonheur soit parfait. BBCC (le petit nom du groupe) nous l’offre sur un plateau à travers ces dix titres incroyables, dansants et d’une sobriété exemplaire. Les synthés cold sont de sortie et côtoient des développements endiablés qui feraient rosir d’envie David Byrne et ses Talking Heads, frissonner les membres originels de Can et chanter/grommeler le cadavre de Mark E. Smith. Altered States of Consciousness est un album qui compte autant de double fonds que de chansons. Human Capital, l’entrée en matière, est impeccable, mélodieuse et survitaminée. Le synthé et la basse dessinent un territoire funky hypnotique et avenant que les guitares et le chant incendient sur la seconde moitié du morceau. L’apport du nouvel architecte sonore du groupe T/O (pour Théo Cloux, lui aussi sur le label October Tone) n’est sans doute pas pour rien dans la vivacité électronique et la fragmentation du son du groupe.

BBCC évolue dans l’expérimentation permanente. Le spoken word weirdo d’Adrien Moerlen est sublimé par une production imaginative et qui ne tient pas en place. C’est elle qui change le spoken word ténébreux de How The Fuck Did She Survive… en une sorte de messe noire imaginaire où il est question de préparer des sandwiches pour je ne sais qui. Les textes sont hermétiques mais on s’en fout : on cause cancer, mort, maladie, holocauste, cuisine et apocalypse, mais aussi amour et attachement sur le plus classique Mediocracy Part I. Entre le jazz électrique et une forme de dream pop psychédélique, le groupe strasbourgeois se joue des genres pour proposer une mixture transgenre fascinante et qui est en perpétuel mouvement. Cette ébullition permanente et cette profusion d’idées pourraient être les seules choses qu’on repose en définitive à cet album. BBCC a tellement d’idées qu’il joue vite et ne prend pas le temps de se poser.

Cela n’enlève rien à l’impression d’être confronté ici à un grand groupe plein d’appétit et au potentiel énorme. Mediocracy Part II est une réalisation majeure, élégante, qui lorgne du côté du Heroes bowien. La référence est incontournable mais le spectre musical couvert par le groupe est immense et réellement impressionnant. La technicité à l’oeuvre tout du long est épatante. L’électrique féconde l’électronique qui se laisse inséminer par une scansion qui a des allures de spoken new-yorkais Beat Generation. On pense à Lou Reed, à Brion Gysin et à d’autres. Conundrum est tortueux et mécanique, Devotional Pattern imprégné d’une ambiance caraïbéenne qui rappelle le psychédélisme de Cannibale et témoigne du talent de l’école française dans ce registre bigarré et peu prisé désormais des anglo-saxons. Altered States of Consciousness est un album précieux et hors du temps qui s’offre avec Heathen Waltz un beau moment de douceur chanté au féminin. La pièce est belle et offre une respiration bienvenue dans cette ambiance un peu trop homogène peut-être. Le final Happiness conclut l’affaire en beauté dans un long développement apaisé et bavard. L’album donne le sentiment que le groupe pourrait aller encore plus loin encore dans l’incorporation de l’électro à son délire psyché.

Ce deuxième album, à défaut de coup de génie, est bien un coup de maître et un album à écouter de toute urgence pour qui veut se familiariser avec cette nouvelle forme de kraut rock psychédélique qui pourrait bien nous réserver quelques surprises à l’avenir. BBCC s’y affirme comme une vraie locomotive débridée et follement inventive, lâchée à toute berzingue sur le sentier (ou la voie ferrée) de la guerre. C’est sombre et exotique, cold et caliente à la fois, ça danse et ça piétine, ça espère et désespère. BBCC est le groupe qui réconcilie les contraires et fout les émotions en tambouille. Ce n’est pas donné à tout le monde.

Tracklist
01. Human Capital
02. How the fuck did she survive the nuclear holocaust ?
03. Mediocracy Part I (deathbed confessions)
04. Mediocracy Part II (protection from Evil)
05. Conundrum
06. Devotional Pattern
07. Heathen Waltz
08. Stampede (Call the Herd)
09. Stampede (Frenzy)
10. Happiness
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