De Vigo à Sevilla, ¡una vuelta pop! en 22 étapes

Playlist Espana

Depuis des années, la France et l’Espagne ne cessent de se tirer la bourre en tête du classement mondial des destinations touristiques les plus prisées et si, cocorico, nous restons largement en tête devant nos voisins, la péninsule reste de loin nôtre destination favorite quand il s’agit de faire autre chose qu’arpenter les monts du Cantal ou de rendre visite à tonton Yann à Perros-Guirec. Vous aussi vous optez peut-être pour les plages ardentes et surpeuplées, les sauts dans la piscine sous amphét’ depuis les balcons et les cañas y tapas à pas d’heure de la nuit. A moins que vous ne soyez plus fêtes de villages, jambon et tinto de verano. Possiblement, vous cherchez une suite à Primavera et au FIB et avez entendu parler du 25ème anniversaire du Sonorama Ribera, le plus indé des festivals espagnols qui se déroule tous les mois d’août à Aranda De Duero dans la province de Burgos, une destination moins glamour que Barcelona ou Benicassim mais plus pointue et centrée sur la production locale largement méconnue de ce côté-ci des Pyrénées. Alors pour fêter les vacances de celles et ceux qui ont la chance d’en avoir et avec quelques semaines d’avance sur les cyclistes, nous vous embarquons pour ouna Vuelta-maison, petit panorama complétement subjectif de la pop espagnole d’hier et d’aujourd’hui.

1. Vígo – Linda Guilala Mucho Mejor (2018)

Le trio de la pointe ouest du pays n’est pas inconnu des fidèles de Sun Burns Out et même si la formation peine à concrétiser sur un véritable album référence tout le talent aperçu à de multiples reprises sur des singles frisant la perfection, il reste, de loin, d’un des groupes les plus excitants de la pop indépendante espagnole.

2. A Coruña – Triangulo De Amor Bizarro Estrellas Místicas (2013)

Tirer son nom de l’un des plus fameux tubes de New Order est forcément un gage de qualité et devrait même être le signe d’une inspiration plus ou moins marquée. C’est parfois vrai, mais le groupe de La Corogne verse le plus souvent dans une power pop de qualité, de plus en plus obsédée par des atmosphères sombres sur ses productions les plus récentes.

3. Gijón – Penelope Trip Ingrid Superstar (1992)

Les asturiens aujourd’hui disparus ont longtemps fait figure de précurseurs, recevant même les honneurs du label bordelais Aliénor le temps d’un single de cette ère passionnante et foisonnante pour la pop que furent les années 1990. Concis, bruitistes et lo-fi, ils n’en demeuraient pas moins d’une précision élégante à une époque où les Pyrénées semblaient plus que jamais être une frontière infranchissable.

4. Villaviciosa – Axolotes mexicanos Trececatorce (2018)

En Espagne, comme en France, il faut parfois franchir la distance qui sépare sa terre natale (ici, les Asturies) de la capitale madrilène pour se faire un nom. Études, fêtes et sorties, répétitions, rencontre avec un label qui compte, adjonction de nouveaux membres au trio d’origine monté faire fortune : tous les ingrédients sont réunis pour en faire une belle histoire qui se confirme d’albums en singles détonants.

5. Santander – Aiko El Grupo Niños Furbito Y Niñas Lo Que Sea (2022)

Même destin pour Tereza et Lara, débarquées de leur banlieue de Santander à Madrid pour devenir les fers de lance d’un certain renouveau punky-pop porté par l’antique label Eléfant records. Ambiance (post)-lycéenne qui en disent long sur les aspirations d’une jeunesse espagnole qui ne cesse d’être turbulente depuis qu’elle s’est débarrassée du joug franquiste. Peut-être pas pour toujours, comme un peu partout et il convient de rester sur ses gardes.

6. Donostia / San Sebastian – Aventuras De Kirlian Los Genios (1986)

Cette Vuelta pop aurait bien pu commencer ici, une semaine complète à arpenter les rues et environs de cette cité magnifique, véritable berceau de la pop espagnole. Et c’est précisément avec Aventuras De Kirlian que tout a commencé, le groupe qui a préfiguré Le Mans avec ses ritournelles concises, lo-fi et diablement entrainantes qui n’auraient pas dépareillées sur quelques mythiques compilations cassettes qui fleurissaient à la même époque un peu partout en Europe de l’ouest si un mur anti-bruit ne s’était pas élevé sur les rives de la Bidassoa.

7. Donostia / San Sebastian – La Buena Vida Qué Nos Va A Pasar (2001)

A défaut d’une statue à ériger, il faudrait au moins un jour trouver le temps d’une rétrospective sérieuse de l’œuvre majeure de La Buena Vida qui se disputait avec ses voisins de Le Mans le titre de « groupe le plus classieux d’Espagne et même d’Europe si ça se trouve ». Une œuvre assurément sous-estimée faite de mélodies parfaites, de cordes soyeuses et de voix chatoyantes.

8. Donostia / San Sebastian – Le Mans Un Rayo De Sol (1993)

De l’autre côté de la rue, Le Mans n’avait rien de rivaux impétueux mais entretenait une saine concurrence même si, après un premier album solaire, le groupe s’est petit à petit laisser sombrer dans une pop léthargique et mélancolique de pure beauté mais pas toujours facile d’accès qui laissait présager d’une suite plus aventureuse.

9. Donostia / San Sebastian – Family El Bello Verano (1994)

Attention, groupe culte. Pas ici, évidemment, mais en Espagne, on ne compte plus les musiciens influencés par le duo synth-pop qui, en un seul album parfait du début à la fin, Un Soplo En El Corazon en s’est imposé bien malgré lui comme un fer de lance à tel point qu’Eléfant et le très influent magazine Rockdelux lui ont consacré une large compilation hommage il y a quelques années.

10. Donostia / San Sebastian – Single Rea (2014)

Ces deux-là, Teresa Iturrioz et Ibon Errazkin, sont devenus au fil des années de véritables figures tutélaires tout en s’aventurant sur des terrains de plus en plus inventifs. Il semble loin dorénavant le temps des bluettes poppy d’Aventuras de Kirlian : artistes accomplis, ils puisent dans une somme d’influences considérablement variées la matière à leurs créations les plus audacieuses.

11. Pamplona – Melenas Cartel de Neón (2017)

Avec la réédition de leur premier album faisant suite au succès du second, les 4 navarraises confirment qu’elles sont l’une des rares valeurs sûres à l’exportation. C’est sans doute plus facile en étant sur un label américain mais cela n’enlève rien à la fraicheur incroyable que leur musique insuffle dès qu’on la joue.

12. Barcelona – Beef Highlights (2000)

Malgré tous leurs efforts, 8 albums de 1993 à 2005 et le soutien des plus grands labels indés espagnols, Acuarela et Eléfant, les catalans n’ont jamais réussi à percer et s’imposer comme la référence du post-rock espagnol à une époque qui semblait faite pour eux, peut-être justement parce qu’ils avaient choisi de s’exprimer autrement que dans leur langue natale. Aujourd’hui, seul David Rodríguez, le chanteur et guitariste poursuit une belle carrière sous le nom de La Estrella De David en multipliant écriture et collaborations avec la nouvelle garde reconnaissante.

13. Valencia – Lisasinson Canción De Entretiempo (2022)

Le coup des beaux-arts semble universel : c’est à la fac d’arts plastiques de Valence que se sont rencontrées les 4 jeunes femmes de Lisasinson devenues depuis un duo qui met un peu moins de punk et un peu plus de pop dans son rock coloré et vitaminé, lui aussi complétement en prise avec son temps, celui d’une frange de la société espagnole qui malgré une chappe patriarcale encore bien présente, voit les jeunes femmes s’émanciper (pour de bon), peut-être un peu plus qu’ailleurs.

14. Madrid – Silvania En Líneas Sin Fin (1995)

Un peu de triche ne nuisant pas, le duo n’est pas espagnol mais péruvien ; cependant, les presque 20 années passés à Madrid de 1990 à 2009 nous autorisent ce petit écart. Leur musique, extrêmement planante et évocatrice, a épousé les contours de la grande mutation des années 1990, passant d’une noisy pop au début très classique et slowdivesque puis de plus en plus agrémentée d’électronique au fil des sorties jusqu’à produire une musique franchement ambiant et dansante qui a fait les beaux jours de Stereophonic Eléfant Dance Recordings, la division électro du fameux label.

15. Madrid – Migala El Gran Miércoles (2022)

Contemporains de Beef, les madrilènes ont eux aussi joué le classico dans la même catégorie, celle des perdants magnifiques, ces groupes à présent oubliés par presque tout le monde alors que leur musique demeure sublimement intemporelle. Ça n’est pourtant pas faute d’avoir essayé, de ce côté des Pyrénées en tout cas, leur second album Asi Duele Un Verano ayant été publié chez Labels et le 3ème, le somptueux Arde chez Poplane. Aujourd’hui, tout le monde a raccroché sauf là encore comme chez Beef, le chanteur et multi-instrumentiste Abel Hernández qui poursuit sous le nom de El Hijo une honorable quoique confidentielle carrière.

16. Madrid – Carolina Durante feat. Amaia Perdona (Ahora Sí Que Sí) (2022)

En Espagne aussi, il arrive qu’une certaine porosité entre le monde indépendant et celui des majors permette à quelques esprits persévérants de pousser les portes à grand coup de latte ou de gros sabots. D’un côté, Carolina Durante, autre groupe de Juan et Mario d’Axolotes Mexicanos, pur produit de l’indie espagnole et de l’autre, Amaia Romero, ni plus ni moins que la gagnante d’Operación Triunfo 2017 (la Star Ac’ locale) et représentante du pays à l’Eurovision l’année suivante, mais ouvertement portée sur une certaine culture pop-rock indépendante. C’est forcément un peu cousu de fil blanc quand les responsables artistiques d’Universal mettent leur nez là-dedans mais on sent malgré tout une patte familière, diablement efficace.

17. Madrid – Cariño Excusas (2020)

Encore un bel exemple de cette jeunesse féminine hyper créative. Véritables punkettes jouant à 100 à l’heure sur un dernier album à la longue un peu fatiguant, on les préfère quand elles baissent un peu le rythme et sortent les synthés pour mettre en valeur leurs jolies compositions douces-amères.

18. Madrid – Soleá Morente Aurora / Ayer (2021)

Même si on vous a tardivement mais récemment parlé d’Aurora Y Enrique, le dernier album en date de Soleá Morente, impossible d’établir une playliste espagnole sans évoquer de nouveau ce talent brut qui poursuit avec passion et talent l’œuvre de modernisation de la culture flamenca initiée par son père. Impossible aussi de regarder cette vidéo sans frissonner, lorsque la chanteuse fait découvrir le premier double morceau de son disque à sa chanteuse de mère, Aurora Carbonell.

19. Granada – Los Planetas Islamabad (2017)

S’il fallait trouver une illustration à l’expression « se bonifier en vieillissant », nul doute que les derniers albums de Los Planetas feraient parfaitement l’affaire. Groupe pop-rock indé classique au début des années 90, honnête mais sans charme particulier sur son premier single chez Eléfant, il est repéré par la major RCA Spain et va s’y perdre des années durant avant de reprendre sa liberté, et quelle liberté. Libérés les paroles et le chant envoutants de J. (prononcez RRota pour Juan), chanteur au charisme magnétique, libérées les compositions qui s’étirent ou se contractent au gré des envies ; libéré des contraintes, le groupe accède enfin à sa plénitude.

20. Sevilla – Sundae Verano / Invierno (2014)

L’Espagne ne manque pas non plus de représentants de l’internationale pop, ces groupes à l’existence resserrée, disséminant le temps de quelques courtes années leurs morceaux sur des singles et compilations à travers le monde avant de baisser le rideau en attendant, un jour futur peut-être, qu’un fan transi ne compile tout cela…

21. Sevilla The Royal Landscaping Society Frost (2014)

… un peu comme Matinée Recordings vient de le faire aux USA avec Means Of Production, compilation des singles et raretés sorties depuis la sortie du mini-album The Royal Landscaping Society en 2014 sur le label brestois Beko. Influences britanniques on ne peut plus marquées, de Cure à Brighter, la musique du trio fait mouche sans peine en jouant sur la corde sensible de la mélancolie.

22. Sevilla – Sr. Chinarro Cobarde (2022)

Le meilleur pour la fin ? Pour beaucoup en tout cas, oui, sans le moindre doute. Fort d’une discographie pléthorique de 17 albums et bientôt 18, le sévillan Antonio Luque est souvent considéré comme le meilleur songwritter de la péninsule, à l’aise sur tous les terrains, généralement plutôt rock ou folk mais aussi bien plus léger, frais et dansant comme ce tout nouveau single qui vient tout juste de sortir pour annoncer le prochain album.

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