Axolotes Mexicanos / :3
[Elefant Records]

8.1
8.1

Axolotes Mexicanos - :3Une cure de jouvence. C’est ce dont beaucoup rêvent passé un certain âge, quand le chemin à parcourir est probablement plus court que celui parcouru, quand le train-train devient insupportable et qu’un grand chambardement s’impose ou plus simplement quand il faut ouvrir grand les fenêtres pour éviter que cela ne sente trop le renfermé, le vieux con. La fréquentation de jeunes gens est généralement un bon moyen d’y parvenir surtout quand ceux-ci jonglent avec talent avec des codes éculés qu’ils s’approprient, triturent, adaptent, mélangent avec tout ce qui fait la vie de jeunes gens de 25 ans en 2021. Les cures de jouvence, Luis Calvo, fondateur du label référence de la pop en Espagne, Elefant records, s’y connait. Voilà 30 ans qu’il défriche inlassablement les confins de la pop ibérique, toujours aux aguets, prêts à donner au moindre frisson leur chance à tout un tas de jeunes groupes auxquels il offre un galop d’essai à travers la collection New Adventures In Pop lancée en 2010. Pour les asturiens d’Axolotes Mexicanos, c’était en 2013 déjà alors que Stephen, Olaya et Juan, son frère jumeau, étaient encore lycéens à Vilaviciosa, petite ville coincée coincée entre Gijon et Santander. Un déménagement à Madrid pour des études d’arts ou d’hôtellerie vite passées au second plan et deux nouveaux membres plus tard, ils sortent :3 (prononcer « Dos Puntos Tres »), leur second album et demi après le mini LP Holi <3 en 2015, Salu2 en 2018 faisant office de premier véritable album. Un chemin parcouru à 100 à l’heure comme cette pop survitaminée que rien ne semblait pouvoir arrêter.

Seulement voilà, à à peine 25 ans, Olaya et Juan Pedrayes et leurs comparses ont déjà compris qu’à aller trop vite, ils risquaient rapidement de perdre souffle, envie et intérêt. Alors :3, produit avec une maturité déconcertante par Juan Pedrayes en personne est un disque qui offre sous couvert d’une pop rigolote une belle variété qui dit beaucoup de cette jeunesse sonique des années 2020. S’ils n’en ont pas complétement fini avec les hymnes punk-pop lancés à toute berzingue, le groupe n’hésite plus à mettre le frein et varie les plaisirs. Dès l’entame, le bien nommé Opening, coincé quelque part entre fanfare tourbillonnante et J-pop enfantine donne à l’album un ton très différent du précédent et nous fait entrer de plain-pied dans un univers parcouru d’influences très diverses dont certaines résolument modernes. C’est parfois déconcertant et il faut quelques écoutes pour digérer ces sonorités qui percutent un peu des oreilles pas toujours habituées au R’n’B électro kawaï de Vergüenza ou à l’usage répété mais somme toute discret de l’auto-tune. Cependant, sur la plupart des morceaux, le groupe intègre ses trouvailles dans des structures qui tiennent plus de la pop britannique (The Wedding Present) ou américaine (Velocity Girl) que coréenne ou japonaise même si l’influence d’un groupe comme Pizzicato Five demeure prégnante, notamment sur les morceaux les moins relevés.

On n’en attendait pas moins sur un label comme Elefant, :3 est un album puissamment attractif sur lequel tous les titres répondent à merveille aux principaux standards du label : précision mélodique et concision des chansons sont de mise et aucun des morceaux n’y déroge. Une unité dans laquelle le groupe parvient donc à développer d’importantes nuances rythmiques, du complétement fondu Que Te Pires exécuté en 2’30 sur un rythme de folie, solos démentiels de guitares et de synthés compris au léthargique De Aquí A Un Año dans le rôle du slow de fin de disque même si en à peine 3 minutes, il ne faut pas vraiment perdre de temps pour conclure.

Conclure et souffrir. Chez cette génération Z maltraitées par les boomers et leurs enfants, bonne humeur et joie de vivre, bitures express et soirées colorées en bande semblent illustrées par cette pop enlevée et rapidement addictive mais elle ne parvient pas à cacher l’amertume des thèmes évoqués où il est beaucoup question de relations compliquées, avec en filigrane des réseaux sociaux omniprésents et avec eux des relations humaines, amicales ou amoureuses, complexes, violentes et peu châtiées dans lesquelles on ne sait jamais trop ce qu’on veut. Te Quiero (…) commence comme une jolie chanson mid-tempo et explose au moment du refrain, comme Heavenly le faisait si bien ; sauf que chez les Fletcher (frère et sœur eux aussi) et compagnie, il était rarement question de vouloir [te] baiser puis [te] tuer dans le même refrain, un des plus formidables de l’album, au passage. Ces relations amoureuses sont souvent bordéliques et la musique pop a toujours su sublimer ces sentiments complexes et partagés qui mettent le cœur et la tête à l’envers. Gotelé et sa rythmique chaloupée illustre bien ce désarroi face à des sentiments ambivalents, cette volonté de profiter avec fougue et folie de sa jeunesse tout en étant à la recherche d’une relation finalement plus sérieuse. Les générations ont beau se succéder, la forme et les moyens ont beau changer, les sentiments 2.0 n’ont rien de bien différents de ceux de leurs ainés.

Évidemment, pas facile de faire face quand estime de soi et confiance en ses capacités ne sont pas forcément au rendez-vous. Cara De Idiota (tête d’idiote), Verano En Espiral dont nous évoquions la vidéo il y a quelques jours dans la playliste de printemps ou Ending en conclusion sont autant d’exemples de ce mal-être tourné en dérision comme pour mieux l’oublier voire tenter de s’en débarrasser. C’est qu’il y a dans cette capacité à écrire de purs tubes sur des thèmes aussi lourds quelque chose de réellement attachant et même de fascinant, un antidote au vieillissement et à la « vieillo-connerie » qui pend au nez de chacun. La musique d’Axolotes Mexicanos est juste celle de 5 jeunes gens de leur époque, modernes et connectés, qui se foutent bien de ce que les plus vieux peuvent penser. Comment leur donner tort ? :3 est juste le doigt d’honneur parfait au « c’était mieux avant » méprisant, celui qu’on peut facilement oublier qu’on le haïssait tout autant, avant. Alors vivez jeunes gens ! Vivez comme vous l’entendez et faites-nous rajeunir car on ne demande que ça, vieillir moins vite à vos côtés.

Tracklist
01. Opening
02. Cara De Idiota
03. Vergüenza
04. Verano En Espiral
05. Que Te Pires
06. Cuando_Estoy_Contigo.mp3
07. Oshare Kei
08. No Sé Si Llamarte
09. Te Quiero (…)
10. Gotelé
11. Quiero Que Vengas
12. De Aquí A Un Año
13. Ending
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