Echo & The Bunnymen / Evergreen 25th Year Anniversary Edition
[London Records]

9 Note de l'auteur
9

Echo and The Bunnymen / EvergreenOn avoue d’abord avoir un peu de mal à réaliser que cet album d’Echo & The Bunnymen est sorti en 1997. Mais il faut se rendre à l’évidence, malgré nos efforts pour nier la vérité, c’était il y a une petite éternité et au crépuscule de la britpop que Mc Culloch et Will Sergeant décidaient de réassembler leur groupe fétiche mis en pause depuis cinq ans pour redonner à la franchise une nouvelle jeunesse qui se prolongerait jusqu’à aujourd’hui et permettrait au groupe de Liverpool d’ajouter à ses six ou sept albums depuis le Crocodiles de 1980 cinq ou six autres albums originaux et une ribambelle de déclinaisons compilatoires ou live.

Echo & The Bunnymen est un groupe qui a su (sur)exploiter son héritage de la meilleure des manières, avec ou sans cordes, mêlant nouveaux et anciens titres, réorchestrations et relectures, avec une inventivité assez étonnante. Il y a encore quelques jours le groupe annonçait une nouvelle tournée autour de son album Ocean Rain en compagnie de l’orchestre de Liverpool. On adorerait que la caravane franchisse la manche et vienne nous redonner de cet album magnifique et du Killing Moon, chef d’oeuvre indépassable et chanson-emblème des amateurs de rock mature. La discographie du groupe est si riche qu’il nous faudrait des pages et des pages pour en chanter dignement la louange.

Comparé aux chefs d’oeuvre du passé, Evergreen, précoce album tardif donc, est un joyau de son époque que l’édition anniversaire permet de restituer dans toute sa splendeur. La voix de Mc Culloch est magnifique, probablement la plus juste, expressive et chaude de toutes celles de sa génération. Si elle a un peu pâli depuis 1997 (la clope, la clope, l’alcool et la clope), elle est sur Evergreen souveraine dans les hauteurs, les modulations, dans les tenues de notes, les glissandos et les confessions. C’est une voix incroyable et réellement parfaite de bout en bout des douze plages du disque original. Elle est surtout parfaitement accordée à des compositions d’obédience classique (guitares, guitares), portées par la virtuosité mélodique, la puissance discrète d’un Will Sergeant qui rivalise ici sans aucun mal avec le seul compositeur surdoué de la période, à savoir Noel Gallagher.

Evergreen noue un fil évident entre l’évidence mélodique du courant brit pop qui se termine en 1997, la filiation Beatlesienne qui irrigue l’ensemble des productions de l’époque et une forme de post-rock classique venu à la fin des années 70 du grand (et sombre) métissage post-punk. Echo & The Bunnymen n’est plus aussi tranchant et gothique, plus aussi original peut-être que sur Porcupine ou Heaven Up Here, mais le groupe semble avec ce disque absorber les micro-contributions des Pulp, Oasis, Blur, des Auteurs et consorts pour les dépasser et leur donner une sorte d’universalité classique qui éblouit.

Evergreen est un disque où prolifèrent les compositions exceptionnelles depuis l’ouverture Dont Let It Get You Down jusqu’au morceau titre en passant par le génialissime single Nothing Ever Lasts Forever (le meilleur morceau de cette année là sans conteste) et des redécouvertes comme l’excellent Baseball Bill ou le final Forgiven. On pourra objecter que le coeur d’album est assez mainstream et relève du banal « rock à guitares », ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais Sergeant, qui est probablement l’un des meilleurs guitaristes de ces quarante dernières années, insuffle dans ces morceaux une telle vigueur que tout ce qui est attendu ou un peu mécanique sonne frais, puissant et parfaitement digne. Entre les chansons d’amour archétypales (on adore I Want To Be There (When You come) et son ambiguïté du « come ») et les évocations du temps qui passe, centrales dans cet album du retour et de l’usure possible (In Your Time ou Altamont), Mc Culloch qui n’est pas le plus grand parolier de tous les temps trouve un équilibre parfait entre la simplicité pop et la recherche de sens, à l’image du gracieux I’ll Fly Tonight

I’m gonna lift you upI’m gonna lie you downI’m gonna be the king of kingsYou’re gonna rise aboveAll of the other stuffYou’ll be the queen of everythingNothing’s gonna be the sameNothing’s gonna be the sameI’ll fly tonightI’ll fly tonightInto your light

C’est à la fois nunuche, ultra simple et direct (« je vais te culbuter ») mais aussi aisément polysémique et à peu près aussi efficace que la poésie répétitive d’un Robert Smith ayant guéri son syndrome de Peter Pan. Evergreen, l’album originel, sort infiniment grandi de cette réécoute à distance, s’imposant sans trop de mal comme un disque immédiatement classique, séduisant et addictif. On ne s’attendait pas en revanche à trouver d’aussi belles choses autour de l’album. Watchtower est une tuerie et on était passé à côté de Colour Me In et de l’excellent Jonny qui clôt le premier disque.

Le disque 2 est 100% live avec un mélange de titres d’Evergreen et l’habituel best-of (dont on ne se lasse pas) du groupe. Il faut évidemment aimer les guitares qui prennent sur scène une place encore plus imposante que sur le disque mais on est saisi (même si on les avait vus sur scène à cette époque) par la technicité exemplaire des membres du groupe et la précision de leurs prestations. Le son est excellent et presque trop beau pour être honnête. Mc Culloch oeuvre en majesté en rajoutant de-ci de-là des vocalises inspirées. Branchés ou acoustiques (on trouve de tout ici), le groupe est impressionnant même lorsque ses deux leaders cabotinent chacun de leur côté, Mc Culloch en feulant sur Rescue par exemple ou Sergeant en jouant au guitar hero sur une bonne partie des pièces. Difficile de ne pas se prendre en pleine poire l’excellence d’un Nothing Ever Lasts Forever donnée en session BBC, ou de ne pas fondre de plaisir sur la version merveilleuse donnée (toujours pour la BBC mais en acoustique cette fois) de Forgiven. On est un peu moins convaincus par la qualité sonore d’un des sessions (la WHYT radio session) utlisées pour 3 morceaux quelque peu éteints mais c’est réellement la seule erreur de choix qu’on pourra relever ici.

Cet Evergreen est autre chose que l’attrape-nigaud habituel des éditions de luxe : une vraie occasion (pour ceux qui n’auraient pas le disque en rayons) d’évaluer ce classique à sa juste valeur et de s’arrêter une nouvelle fois sur l’excellence d’un groupe qui, pour une raison qu’on ignore, n’a rien à envier aux dinosaures indé qu’on vénère ici à longueur d’année.

Tracklist

CD1
01. Don’t Let It Get You Down
02. In My Time
03. I Want To Be There (When You Come)
04. Evergreen
05. I’ll Fly Tonight
06. Nothing Lasts Forever
07. Baseball Bill
08. Altamont
09. Just A Touch Away
10. Empire State Halo
11. Too Young To Kneel
12. Forgiven
13. Watchtower
14. Polly
15. Hurracaine
16. Colour Me In
17. Antelope
18. Jonny

CD2
01. I Want To Be There (When You Come) (Live At The Improv Theatre, 1999)
02. Rescue (Live At The Improv Theatre, 1999)
03. Lips Like Sugar (Live At The Improv Theatre, 1999)
04. Bedbugs And Ballyhoo (Live At The Improv Theatre, 1999)
05. Nothing Lasts Forever (Radio One Jo Whiley Session, 1997)
06. The Killing Moon (Radio One Jo Whiley Session, 1997)
07. Baseball Bill (Live At The Kilburn National, 1997)+
08. Just A Touch Away (Live At The Kilburn National, 1997)+
09. I’ll Fly Tonight (Live At The Kilburn National, 1997)+
10 Altamont (Live At The Kilburn National, 1997)+
11. Lips Like Sugar (Whyt Radio Acoustic Version, 1997)
12. I Want To Be There (When You Come) (Whyt Radio Acoustic Version, 1997)
13. The Killing Moon (Whyt Radio Acoustic Version, 1997)
14. Forgiven (GLR Robert Elms Acoustic Session, 1997)
15. Nothing Lasts Forever (Radio One Live Lounge Session, 1999)

Écouter Echo and The Bunnymen - Evergreen 25th Year Anniversary Edition

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