Morrissey Plays Pleyel 2

Morrissey Salle Pleyel 2023D’aucuns diront qu’il y a un intérêt limité à chroniquer deux jours de suite les concerts parisiens d’un artiste idolâtré mais dont la modernité artistique échappe désormais au plus grand nombre. L’exercice ne vaut que si on s’intéresse à ce qui fait qu’un soir ne ressemble jamais à un autre, à la façon dont naissent les véritables émotions et à l’usage mystérieux de la nostalgie comme force motrice.

Review du concert de Morrissey à Paris le 08 mars 2023

Morrissey était jeudi 9 mars en représentation à la Salle Pleyel, pour une seconde soirée. Alors que le chanteur avait ponctué son set de nombreuses interventions, pleines d’esprit, mettant en avant la vanité de la vie, l’envie d’en finir et son sentiment de solitude, ce deuxième soir était placé sous le sceau de l’énergie, de la combativité et de l’optimisme. Moins bavard, plus concis dans l’ironie et l’amplitude (un titre en moins), compact et ramassé, ce second soir démarrait en remplaçant de manière assez fascinante la photo de Frank Sinatra servant d’illustration à l’inaugural Our Frank d’entame par celle d’un Frankenstein halluciné. Le ton était donné par ce seul tour de passe-passe. A défaut d’être toujours respectable, le concert serait irrévérencieux, pop et rentre dedans. L’affaire démarrait sur un terrain fertile et portée par une voix toujours aussi solide et enchanteresse dans la modulation, agile et puissante, qui entonnait à la perfection Stop Me If You Think You’ve Heard This One Before, I Wish You Lonely et Jim Jim Falls avec un air de défi et une détermination extraordinaires.

Le Morrissey du soir, foutrement bien habillé et chemisé de blanc, se dressait devant un public plus remuant et concerné que la veille, bien décidé à défier le Commandeur en lui fourrant du poil à gratter dans le caleçon. « Vous vivez dans la ville la plus belle au monde. Peut-être. Votre pays est irremplaçable. Alors veillez sur lui. Car quand il aura disparu…..« , vous ne pourrez plus rien y faire…, professe le chanteur avant de verser, sous le regard d’un Oscar Wilde qu’il appellera à la rescousse sur le final (« Oscar, Oscar, Oscar« ), dans un uppercut Irish Blood, English Heart, fougueux et qui en dit long sur ce qu’il pense de sa propre patrie.

Morrissey Salle Pleyel 2023

En déplaçant ce morceau du rappel à la première moitié du concert et en escamotant Alma Matters pour un Girlfriend In A Coma toujours aussi parfait, Morrissey marquait des points, emmenant son public avec encore plus de vigueur que la veille. Les morceaux sonnaient plus justes, plus secs, avec un groupe à sa botte et un mixage du son plus étagé et lisible. Entre émotion, nostalgie et insurrection, le coeur et le corps hésitaient. Knockabout World, joueur et primesautier, ironisait sur le ridicule qui régit la modernité. Fallait-il résister ? Mettre fin à nos jours ? Revoir son degré de collaboration avec les forces à la manoeuvre ? Morrissey indiquait moins clairement que la veille le bon côté mais rassurait ses fidèles en rappelant qu’il n’avait pas bougé et serait toujours là pour nous (The Loop).

I just want to sayI haven’t been awayI’m still right hereWhere I always wasSo one day, if you’re boredBy all means callBecause you can do(But only if you want to)

Morrissey Salle Pleyel 2023

Le sens de ce concert était sans doute là, juste devant nous : rappeler simplement la nécessité d’être là les uns pour les autres et lui pour toutes et tous. La théâtralité l’emportait sur le sinistre Bullfighter Dies où la terrible image d’un toréro embroché au menton marquait les esprits tandis que Morrissey prenait fait et cause pour l’animal. Sans tralala, on se laissait gagner par l’engagement du chanteur sur un Without Music The World Dies, tiré de son nouveau nouvel album, brouillon mais au refrain conquérant. La guitare de Gustavo Manzur amenait au titre un sens du spectacle et du burlesque qui se confirmait dans la mise en scène du dernier couplet prononcé sur un lit de mort imaginaire. « You dont need 24 hour news. And You dont need to send your children to school….You dont need awards, awards, awards… on your deathbed, you will scream… without music the world dies. » The Night Pop Dropped imaginait, un peu plus tard, les conséquences sur nous, Morrissey et l’univers (!) d’un monde où la pop ne serait pas descendue sur Terre. Entre les deux, le groupe proposait une version magistrale d’un Everyday Is Like Sunday, unique rescapé des grands hymnes de l’époque Viva Hate/Bona Drag.

Sans aucun titre de Vauxhall and I, de Your Arsenal et de cette première époque bénie, le chanteur cultivait la nostalgie en offrant aux Parisiens une séquence dominée par Half A Person et Please, Please, Let Me Get What I Want, moins vifs qu’il y a 35 ans mais chargés de l’émotion et des regrets du temps qui passe. Jack The Ripper, toujours aussi enfumé, fermait le set principal par un massacre abominable mais plein de grâce, avant que la bande ne revienne avec un terminal Sweet & Tender Hooligan qui n’excusait pas tout à fait la brièveté du rappel mais ramenait Morrissey à son admiration des petites frappes, des voyous et bandits au grand coeur. Veni, Vidi, vici, hurlaient les guitares en se moquant de nous. Fin de l’acte II. Triomphal.

Photos : Jean Do

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3 Comments

  1. says: XTC

    Bonjour à tous,

    Je me pose la question ; quel concert a vu monsier Berton ? …
    Probablement était-il déjà parti quand vers 22h00, Morrissey a eu l’idée géniale de lancer son t-shirt dans la foule Dans une tentative de saisir le précieux trophée, une bagarre s’est déclenchée, qui a
    a obligé la Security à arrêter le show!!! Si vous le souhaitez, je peux vous fournir un témoignage video. Mais encore plus grave, c’est qu’il n’y a pas eu de déclaration de l’artiste ,ni d’e-mail d’excuse des organisateurs.
    Avis aux déçus pour qu’on pour un class-action.

    1. Bonjour, M. BERTON était non loin de l’incident en question. Morrissey a bien jeté son tee-shirt comme il le fait à chaque concert depuis plus de 30 ans maintenant. Cela a effectivement occasionné comme souvent un petit échauffement autour du partage de la relique qui a entraîné une intervention de la sécurité. Mais cet « incident » n’a en aucune manière influé sur le cours du concert, ni encore moins entraîné l’interruption de celui-ci. Preuve en est qu’il s’est terminé sur la même chanson et sans autre titre au rappel sur TOUS les autres concerts de la mini tournée (au nombre de 3 dont celui dont vous causez). S’il n’y a eu aucun message de l’artiste, ni des organisateurs, c’est parce que c’était un non événement et que l’artiste ne l’a pas remarqué. J’ai vu la vidéo qui circulait sur les forums et cela ne me semble pas différent de ce que j’ai pu voir sur des dizaines de concert de Morrissey. Possible que vous ayez vécu la chose de manière différente et peut-être ressenti une grande violence dans cet épisode regrettable sûrement mais il s’agissait d’un fait extérieur au show que je n’ai pas rapporté.

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