epic45 / We Were Never Here
[Wayside And Woodland Recordings]

8.5 Note de l'auteur
8.5

epic45 - We Were Never HereDepuis déjà plus de vingt ans, epic45 a développé une esthétique assez forte, privilégiant au fur et à mesure de ses réalisations une certaine imagerie typiquement britannique, entre clichés bucoliques et cités ouvrières du Nord de l’Angleterre. Suggérant l’apogée du “ruralisme industriel“, ces paysages autrefois façonnés par l’Homme et que la Nature reconquiert sont étroitement liés à leur musique – exactement de la même façon que leurs aînés tutélaires, Hood, dont la musique mouvante se projetait dans un environnement bucolique aux contours troubles. Lorsque Ben Holton et Rob Glover ont commencé à jouer de la musique ensemble, ils étaient encore deux gamins, réunis par l’ennui du voisinage d’un lotissement de Wheaton Aston, un bled du Staffordshire entre Stafford et Wolverhampton. Cela n’a jamais été, loin s’en faut, la région la plus connue ni la plus courue sur la cartographie musicale du Royaume-Uni, mais aux dernières nouvelles, ils sont toujours dans le coin. Sûrement que lorsqu’on est né là-bas, on ne s’en échappe pas. Alors, ils regardent au loin ce qui se passent à Manchester, Liverpool ou Birmingham. Sans jalousie mais un projetant leur fantasmes. Mais ils sont irrémédiablement attachés aux décombres d’un âge d’or que leurs parents ont connu et qui résonne chez eux comme une nostalgie créative.

Ainsi, le duo parachève cette démarche engagée de longue date : We Were Never Here est ainsi un recueil de photographies, exactement de la même taille qu’un LP, accompagné d’un album au format CD regroupant quatorze compositions. Ces plages ambiant font office de commentaires aux photographies dénuées de présence humaine. Les photos prises par Ben à proximité de chez eux offrent une certaine vision de la Perfide Albion (et pour voir la tête de ces gens d’Angleterre, il a déjà les travaux du talentueux Martin Parr). Les plages méditatives servent de bande-son à un ballade à la découverte de l’architecture pour middle-class et des délaissés devant faire office espaces verts de proximité. Il ne s’intéresse aux espaces publics aménagés avec la préoccupation du bien-être des habitants. Non, lui préfère les arrière-cours, les franges, les interstices, les endroits à l’abandon. Cette contribution à réfléchir à notre urbanisme trouve un formidable écho dans leur musique où des nappes synthétiques s’immiscent comme des adventices entre les pavés de béton.

L’écueil de l’exercice, finalement, est le même que celui des bandes originales de film qu’on écoute sans regarder les images : sans le support visuel, l’œuvre est amputée. Toutefois, indépendamment des photos, dont certaines sont vraiment très réussies (exception faite de ce choix incompréhensible de couverture), We Were Never Here compte quelques belles plages d’électro-acoustiques, notamment Among Ruins soutenu par un beat discret sur lequel flottent des pistes et des pistes de guitares réverbérées, éthérées. On pointe là comme ailleurs l’influence conjuguée de The Durutti Column et This Mortal Coil – même si dans un blind-test, les fans d’epic45 reconnaîtront immédiatement la sensibilité et le savoir-faire de ce  groupe tellement attachant et singulier.

Tracklist
01. Moss Laden
02. Through Frosted Glass
03. Ritual Ghost
04. By Works
05. Birches
06. Among Ruins
07. Old Light
08. Our Last Sky
09. Private Path
10. Sidings
11. Pond Refraction
12. Transcendental Decay
13. Your Life Is A Faded Spire
14. Eulogy
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