Découverte de la semaine : Face of Ancien Gallery ou l’Amérique en miettes

Face of Ancient GalleryUn jeune type tout seul de Brooklyn. Avec une guitare. C’est à peu près tout ce qu’on peut dire de la musique de Face of Ancient Gallery, groupe nucléaire d’un new-yorkais d’une vingtaine d’années nommé Jeremy Mock. Son premier album, en 8 titres et moins d’une vingtaine de minutes, vous fera sûrement frissonner et peut-être pleurer de plaisir. Cela fait un petit moment (quelques mois) que le type a attiré l’attention des observateurs et le cercle de ses supporters s’élargit avec discrétion et régularité chaque jour. Les vidéos de ses concerts laissaient entrevoir une sensibilité extraordinaire et une précision dans la poésie et la peine qu’on avait pas forcément croisées depuis quelques années.

Mock émarge avec son premier « disque » en numérique et en cassette (uniquement) chez Candlepin Records. On ne sait pas trop ce que cet album peut lui rapporter de notoriété mais ses chansons sont d’une telle simplicité, d’une telle honnêteté, d’une telle nudité, qu’on pense en les écoutant à quelques uns de nos plus fidèles compagnons d’infortune : Nick Drake bien sûr et en tête, mais aussi Jackson Scott (toujours) ou même le folkeux Jackson C. Frank. On ne peut pas parier à ce stade que Mock est de cette trempe. C’est beaucoup trop tôt et prématuré mais il y a dans cette voix fragile et appliquée, dans ce picking à se pendre, dans cette langueur triste et cette maladresse déchirante, un signal faible qui nous parle avec la force d’un rêve, d’une apparition fantomatique, d’un tour de magie. Face of Ancient Gallery a aussi une légèreté pop et une douceur dans le chant qui font penser, en moins sophistiqué, au jeune Stuart Murdoch de chez Belle and Sebastian.

On ne sait pas grand chose du bonhomme (d’où il vient, où il va). Le nom de son « groupe » semble provenir d’une vieille expression antique qui renvoyait aux masques (mortuaires) des ancêtres que l’on gardait dans la galerie des aïeux. Emprunter la « face of ancient gallery » signifiait couler ses pas (son visage, son comportement) dans ceux de ses parents, de ses grands-parents, suivre la tradition. On retrouve aussi cette expression dans un couplet du The End de The Doors :

The killer awoke before dawn
He put his boots on
He took a face from the ancient gallery
And he… he walked on down the hallway baby

Est-ce que cela signifie que Face of Ancient Gallery n’a aucune ambition à faire du nouveau ? Qu’est-ce que la nouveauté à ce niveau de délicatesse ? Les textes de Mock sont des textes de détresse, de perte de repères, sublimement adolescents et au pouvoir rimbaldien immédiat. Le single Fever Blue est splendide :

Tough luck
When the trees all die we’ll be standing side by side
Soon enough
When the oil dries and the time just passes by

Don’t you know
That eventually we’ll have nowhere left to go

Il n’y a nulle part où aller. Nulle part où fuir. Alors Mock se cache sous la plainte, sous le bois de la guitare. Sa musique s’évanouit après avoir résonné à nos oreilles. Elle existe à peine. Comme nous.

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