Entretien GEANT (2ème partie) – Fergus Lawrie, Projekt A-ko, la geek culture et l’amour du rock

Projekt A-koSecond volet de notre entretien géant avec Fergus Lawrie. Plongée au coeur du processus créatif de Urusei Yatsura, expérimentation, culture geek. Le guitariste et chanteur écossais a disparu pendant des années de la circulation mais nous offre un témoignage inestimable et d’une finesse remarquable sur ce que signifie être un artiste, ses sentiments, la satisfaction du devoir accompli. 

English version below.

La scène était votre domaine. Vous y excelliez à un point rarement vu n’est-ce pas ?

Des stagedivers en sang, du feedback à gogo, des guitares et des amplis fracassés, des invasions de scène : pendant quelques années, nous avons tout massacré sur notre planète. Spécialement dans les petites salles. C’était une forme de reconnaissance mutuelle face à la ferveur incroyable que nous témoignait le public. Nous proposions au public une musique et des choses que nous étions les seuls à porter de cette manière et à laquelle on nous identifiait facilement. Parfois, on sortait de scène et il y avait des personnes du public qui montaient sur scène et s’installaient à la batterie, jouaient de nos guitares, comme s’ils étaient simplement en train de devenir nous. Il n’y avait aucune division entre le groupe et son public. Graham était très marrant sur scène.  Ian et Elaine étaient super cools. Mais toutes ces performances scéniques relèvent de l’éphémère par définition. Tout cela ne peut pas être documenté. Ca ne peut pas être prouvé, re-vécu ou ré-emballé. On peut seulement s’en souvenir.

Le groupe Urusei Yatsura n’a pas duré si longtemps. Cinq ans. 3 albums et demi (je considère le EP All Hail comme le 0,5). Ca a du être une période très dense pour des jeunes comme vous l’étiez  ? Presque trop rapide pour être vrai. Vous étiez préparés pour ça ?   

C’était un rêve devenu réalité et en même temps un cauchemar. Nous n’avions aucune expérience. Personne pour nous soutenir véritablement et pas de manageur. On a juste signé le contrat qu’on nous a proposé, comme cela a été le cas de pas mal de groupes indé avec une crédibilité qu’on est venu débaucher. Cela aurait pu être bien, un bon contrat mais ca s’est écroulé après une année en raison d’une restructuration de la maison de disques aux Etats-Unis. Le label Che s’est retrouvé en crise continue et pour nous par la même occasion. Peut-être est-ce que le manque de perspective et notre côté un peu à côté de la plaque a fait qu’ils ne nous ont pas jetés avant un certain temps !  C’est très chaotique et on était vraiment à côté de nos pompes la plupart du temps. En tant que fans de musique, c’était un crève-coeur et quelque chose de flippant de voir l’industrie musicale comme paralysée et d’être pris au coeur de tout cela. Nous étions des personnes plutôt timides alors c’était pour nous super d’être connus et populaires, d’être au centre de l’attention sur scène, de rencontrer nos héros. Mais c’était aussi plus que perturbant et incroyablement stressant. On a travaillé comme des fous. Plus de 80 chansons avec les faces B, des centaines de concerts, la plupart pendant les 3 ou 4 premières années de notre contrat, même si la totalité de cette aventure s’est étalée, depuis les débuts du groupe jusqu’à sa toute fin, sur une dizaine d’années.

Au départ, Urusei Yatsura, c’était vous et Graham Kemp. Comment vous êtes-vous engagés dans cette relation créative à deux ? Vous vous souvenez du jour où vous avez décidé de former un groupe ?

J’étais à la fac. Graham était la première personne que j’ai rencontré qui avait les mêmes goûts que moi. Il était drôle et assez classe avec une superbe collection de disques et de comics. Il avait un boulot dans un magasin de disques et du coup, il ramenait toutes les nouveautés et aussi des billets gratuits pour les concerts. C’était comme un grand frère pour moi. Il m’a fait découvrir des tas de choses que je connaissais un peu mais dont je ne parvenais pas à dégotter les disques. Nous souhaitions tous les deux démarrer quelque chose, un groupe, mais nous n’avions alors, chacun de notre côté, personne avec qui nous lancer dans cette aventure. Je me souviens que j’ai amené ma guitare avec moi la deuxième fois où je lui ai rendu visite et c’est parti comme ça. Graham a toujours eu une vision claire et très forte de ce qu’il voulait. Il avait déjà fait partie d’un groupe et avait aussi commencé à produire Kitten Frenzy. Il écrivait des chansons. Mon rôle était plutôt d’être son équipier, son copilote, celui qui lui facilite la vie, l’abrite parfois et joue les intermédiaires.

Y avait-il des tensions dans le groupe liées au fait de réussir ou pas, de franchir un cap commercial ?

Signer un contrat avec un label conduit immédiatement à modifier l’attitude d’un groupe. Ca veut dire que ce qui était un hobby devient un travail à temps plein. La manière dont le groupe s’adapte à ça est déterminante. Beaucoup de groupes se séparent très vite après et je ne pense pas que nous avons négocié cela très très bien. C’était trop de travail de produire autant de faces B pour les différents formats de sortie et j’en suis venu aussi à détester les interviews. On passait notre temps à discuter entre nous, à interroger nos choix à mort mais nous n’avions pas l’expérience pour comprendre vraiment les mécanismes de cette industrie musicale. Et on finissait presque toujours par aller dans le sens que nous indiquait Che et qu’ils nous présentaient comme notre intérêt. Mais en réalité, avec tout ce qui se tramait autour de nous, au sein du label et autour de notre contrat, nous n’avions pas tant de poids que ça dans les décisions.

C’était si complexe et mouvant que vous pouviez prendre une décision débile et aboutir à un résultat génial. A l’inverse, une bonne décision pouvait donner une aberration. C’était une époque étrange. Le rock indé devenait quelque chose de clandestin, de souterrain, tandis que les groupes à guitares dits alternatifs envahissaient le mainstream. Nous étions seuls, tous les quatre, avec les gens de chez Che, pour rivaliser avec des groupes, des labels avec des budgets démentiels, des stylistes, des départements marketing, des sponsors et des payolas (note = les payolas sont des sommes d’argent que paient les maisons de disques aux radios pour qu’elles diffusent leurs morceaux). Che a fait un travail incroyable pour nous mais il y a eu des décisions désastreuses au-dessus comme celle de Warner qui a enlevé la diffusion de notre album Slain au circuit indépendant pour s’en charger en interne pour l’Europe. Ca a énervé fortement l’ensemble de la chaîne de distribution inutilement et ça a abouti au résultat qu’on connaît : le disque n’était disponible ni chez les indépendants, ni chez les grands disquaires franchisés. Il y a eu une tentative de nous faire évoluer en dehors de chez Che après la sortie de Slain by UY mais je crois qu’à ce moment nous avons eu le sentiment que nous pouvions déjà nous estimer heureux d’avoir vendu autant de disques. Nous ne pouvions plus encaisser plus que ça. Au final, on a eu une couverture presse et radio tout à fait honorable mais sans surprise, au-delà de notre fanbase traditionnelle, on n’a pas vendu beaucoup de disques ce qui a pu être considéré comme un « échec commercial » !

Quand vous vous retournez, je suppose que vous devez être assez fier de ce que vous avez réalisé ? Il n’y a pas tant de groupes que ça qui ont pu aligner trois albums de cette qualité à la suite….

Vous êtes très gentils. Je ne suis pas sûr que nos albums soient vraiment considérés comme très bons. Mais il y a des gens qui les chérissent incroyablement et je leur en suis reconnaissant. Les albums ne me parlent pas tant que ça. Il y a une quinzaine d’années, j’ai réécouté sur une seule journée tout ce que nous avions enregistré et je n’y suis plus jamais revenu depuis. Le studio était un endroit étrange pour nous et qui n’était pas notre environnement naturel. Pas mal d’énergie a été perdue en route. Lorsque je réécoute les Peel Sessions, je me dis que nous aurions dû enregistrer beaucoup plus de choses en live. Par-delà l’aspect musical, mes soucis et mon fardeau dans le groupe relevaient plus de tout ce qui est pratique, essayer de maintenir les choses en place, respecter les délais, valoriser ce que nous avions en stock, gérer le peu de temps que nous avions pour enregistrer. Nos ambitions artistiques étaient souvent subordonnées à des tas d’impératifs plus terre à terre. Cela m’a laissé un goût amer et je n’ai jamais été pleinement satisfait par nos séances d’enregistrements, même si globalement les producteurs ont fait du bon boulot avec ce qu’on avait à ce moment-là. Je les en remercie. Qu’est-ce qu’on a vraiment réussi ? Je ne sais pas trop. C’est difficile pour moi de résumer toute cette experience. C’était comme un flash mais il y a eu tellement d’erreurs et de sacrifices que j’ai le sentiment qu’il y a assez peu de traces et de souvenirs à sauver en definitive.

Rétrospectivement, vous pensez que vous vous êtes séparés au bon moment ? Est-ce que vous avez beaucoup de chansons et de matériel qui n’a pas été utilisé ? Peut-être après Everybody Loves UY ? Des choses qu’on ne connaît pas.

On aurait sans doute dû en finir après l’enregistrement d’Everybody Loves Urusei Yatsura. Tout ce qui est venu après était une perte de temps. Il y a beaucoup de vieilles cassettes et d’enregistrements de nos répétitions, des versions alternatives et abandonnées, des démos de studio.

Si l’on prend en compte votre héritage, j’ai toujours pensé que vous êtes un groupe qui avez annoncé le siècle à venir. Vos paroles étaient étonnamment modernes : vous avez décrit avant tout le monde l’isolement causé par la technologie, les otakus, la pop culture, ses références. Vous avez décrit le monde d’aujourd’hui avec 20 ans d’avance. Comment est-ce que vous avez réussi à inventer depuis…. Glasgow dans les années 90 ? 

Ah ah, c’est nous qui avons inventé la métaculture ! Nous avons juste rejeté tout ce que nous n’aimions pas et fait de la musique à partir de ce qui restait. A la fin des années 80, nous en avions assez de la culture mainstream d’extrême droite américaine, marre aussi de la culture britannique. Nous avons appris à regarder ailleurs. Akira, les anime, les manga, les romans graphiques, William Gibson, les films français. Nous avons retenu le cynisme des années 80, le sentiment de désespoir, la colère quand tout le monde chantait les louanges boursouflées à la gloire de la britpop (dont je sauve le parcours honorable de Pulp). Nous étions heureux de frayer avec le parti de l’étranger, l’absurde, le surréaliste, le trivial, de penser au cut-up, d’emprunter des paroles qui étaient des erreurs de traduction, des phrases étranges.

Les paroles de Slain by elf sont tellement fortes aujourd’hui. C’est prophétique. Depuis les tueurs en série et tueurs de masse jusqu’à l’autisme social. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur cette chanson en particulier ? Quelque chose qu’on ne connaîtrait pas…

C’est Graham qui l’a écrite. C’est une super chanson mais je n’en connais pas toute l’histoire. Il vaudrait mieux l’interroger directement là-dessus. Je crois que le titre vient d’un épisode des Simpsons. Marge demande à Homer comment sa session de Donjons et Dragons s’est déroulée avec ses nouveaux amis étudiants. Et Homer répond du tac au tac : »oh j’ai été massacré par un elfe » (oh i was slain by elf ». Peut-être est-ce que Graham voulait se moquer de ma manie de jouer à ce jeu quand j’étais ado mais ça a donné un truc tellement mieux que ça…

Comment est-ce que vous composiez ? Etait-ce un travail collectif ou est-ce que le compositeur principal arrivait avec quelque chose de ficelé ?

C’était très collaboratif. Généralement Graham ou moi apportions une chanson ou des arrangements. On se prononçait collectivement pour savoir si cela valait le coup de la développer ou pas. Dès lors, chacun y allait de ses idées. Parfois cela ne prenait pas et nous abandonnions. Les meilleures chansons prenaient corps rapidement mais d’autres fois nous n’arrivions pas à reproduire ensuite ce qui avait marché. La matière première était ensuite revue et revue encore sur une période assez longue, des mois souvent, enfin qu’on s’arrête sur la structure définitive. C’était une méthode frustrante pour un songwriter. On a travaillé des chansons longtemps sans garantie que cela fonctionne à la fin et sans encore moins d’assurance que le produit fini ressemble à ce qu’on avait initialement en tête. D’autres fois, les résultats étaient en revanche incroyables.

Vous ne pensez pas que la production du groupe a été éclipsée par l’impact immédiat de Kewpies Like Watermelon ? Vous êtes fier de cette chanson. Elle est si étrange.

C’est amusant. Je ne dirais pas que Kewpies est étrange ou différente de nos autres chansons…. J’ai écouté énormément David Bowie lorsque j’étais ado et cela m’a toujours surprise qu’on décrive sa musique comme étrange. N’est-ce pas ce que la musique est sensée apporter ? C’est la musique ennuyeuse qu’on entend partout qui a un problème ! Cette chanson m’a bousillé la voix soir après soir, à force de crier sans aucune préparation.

Entendre les gens qui discutent votre musique 20 ou 25 ans après. C’est émouvant ou ça vous fait vous sentir vieux ?

Très émouvant. Cela me surprend toujours. J’ai toujours pas mal d’émotions à vif et conflictuelles au sujet du groupe. De la colère, des regrets, de la tristesse, de la joie et de l’émerveillement aussi. Je suis reconnaissait envers Vinita (note : patronne du label Rocket Girl) et à Graham d’avoir sorti ce disque de Peel Sessions. Plusieurs critiques ont dit qu’ils devaient s’abstenir de toute objectivité en ce qui concerne ce disque parce qu’ils étaient des fans absolus…. Nous avons fait une carrière discrète mais ceux qui ont croisé notre route nous vouent un amour inconditionnel. On avait quelque chose. Entre nous mais il y avait cette alchimie entre nous et le public. Nous ne faisions qu’un avec le public. Nous étions interchangeables. Nous célébrions, nous chantions, nous dansions comme si nous ne faisions qu’un, entre le chaos et l’oubli.

Parlons de l’anniversaire de Yoyodine et du Projekt A-ko. C’était Urusei Yatsura sans Graham Kemp. Vous ne vous êtes quasiment pas arrêtés entre les deux groupes, n’est-ce pas ?

Urusei Yatsura était essoré. Nous n’avions plus d’argent et plus beaucoup d’options. Graham est parti et nous avons choisi de continuer car on ne savait pas quoi faire d’autre. Nous étions si investis dans ce groupe que nous n’avons pas vraiment considéré que toute cette histoire pouvait se terminer ainsi. Et nous aimions toujours jouer. Pour dire la vérité, cela ne fait qu’un an ou deux que Ian et moi avons arrêté de répéter chaque semaine. Mais à trois, on ne s’est jamais sentis aussi à l’aise qu’avec Graham. Nous faisions beaucoup de faux départs. Lorsque Steven Ward est arrivé dans le groupe en tant que guitariste, les choses se sont améliorées.

Il vous a fallu quasiment dix ans pour aboutir à votre premier et unique album, Yoyodine. Pourquoi ça a été si long ?

Ce n’était plus une occupation à temps plein. On a pris un travail et finalement Elaine et moi avons fondé une famille. On ne pouvait plus répéter aussi souvent. Ca devient dès lors difficile de garder un groupe affûté et d’aller au  bout de toutes ces chansons. Il a fallu réapprendre à travailler différemment. Heureusement pour nous, l’âge digital nous a rendu service. Steven a accepté de nous enregistrer et nous avons pu composer par segment. Enregistrer les batteries pour trois chansons à la suite, les doubler. Ce qui laissait du temps pour les textes. Et puis plus ça dure et plus tu as des chances de vouloir redémonter les choses. Tu peux te retrouver rapidement prisonnier d’une boucle si tu n’y fais pas attention ! C’était plutôt frustrant de ne plus avoir de label derrière nous mais cela a permis de laisser le temps à notre musique de se recomposer.

Rocket Girl profite des dix ans de Yoyodine pour le rééditer mais en digital uniquement. Vous n’avez pas pensé à une édition physique ? Vous devez avoir pas mal de morceaux à ajouter non ?

Pas vraiment. Je voulais juste quelque chose de modeste pour marquer cet anniversaire. Je ne pensais pas que des gens remarqueraient notre sortie alors je suis déjà très content de l’intérêt que ça soulève. C’était inattendu. De nombreux amis ont repris contact. Il y a quelques faces B et des bonus qui seront disponibles sur bandcamp mais je suis satisfait par le disque tel qu’il et et je ne veux pas y fourrer des chansons en plus à la fin.

Vous vous souvenez de l’enregistrement ?

Steven Ward est super. J’ai postulé pour faire partie de  son nouveau groupe, Empire Builder, mais c’est un peu trop math rock pour moi et ça dépasse mes capacités techniques. J’ai été justement recalé. Cela lui a permis ensuite d’intégrer le Projekt A-ko ! Nous avons enregistré dans les salles de repetition de Berkeley 2 à Glasgow. Une partie aussi aux studios CaVa et chez Marcus Mc Kay au Diving Bell. Les voies dans des salles à manger et des chambres avec des couvertures tendues sur les armoires ! C’était vraiment cool de travailler sans pression. Nous avions néanmoins conservé l’essentiel de notre confiance, de notre professionnalisme et de notre expérience.

Avec Projekt A-ko, est-ce qu’il y avait un plan musical ? une volonté de sonner différemment de Urusei Yatsura.

Non, pas vraiment. C’était une évolution. Elaine chantait. Nous nous accordions différemment. Je voulais experimenter un peu plus mais sans en avoir les moyens techniques. Steven s’est montré incroyablement patient.

Vous avez du réécouter le disque récemment. Qu’est-ce que vous en pensez ?

J’en suis très fier. D’autant plus fier que c’est vraiment un produit qui nous est propre et qui a été réalisé avec un budget nul. Je couperais probablement 40 à 45 secondes de la plupart des chansons si c’était à refaire mais à cette époque, tout le monde s’en foutait et on avait le droit d’être un peu complaisant.

L’album vieillit bien. Je me souviens que j’avais passé des heures à traquer les références aux comics, à la littérature, à l’art. C’est vraiment un album pop parfait, post moderne avec des tas de choses à explorer. Des motifs cachés. Cela me fait penser à William Gibson. Vous aimiez rendre les choses mystérieuses et cryptiques, non ?

 Pas intentionnellement. Ma volonté, c’était d’être maximaliste et je n’ai jamais eu honte de passer pour quelqu’un de très intello à travers mes textes. Si j’avais le choix entre deux voies : une facile et une très compliquée, je choisissais toujours la seconde quitte à ce que cela ne colle pas tout à fait à la rythmique ou à la mélodie du morceau. Pour moi, chaque chanson a un vrai sens, un sujet, un objet précis mais j’aime vraiment quand le contenu est dense et complexe. Ian m’a aidé en écrivant un générateur de paroles automatiques qui traduisait au hasard des pages wikipedia en japonais puis les retraduisait en utilisant Babelfish. Cela produisait de longues séquences souvent inintelligibles mais dans lesquelles je puisais parfois une pépite ou une image cool comme « a gown of martian spores » !

Qu’est-ce qui a mis fin au projet ? Plus d’envie ? De carburant ? Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? La vie peut-être ?

Oui, exactement. La vie, les enfants, le travail. Steven ne pouvait plus répéter car cela prenait trop de temps pour trop peu de retour. Elaine a du s’arrêter quand on a eu nos enfants. Cela aurait pu se poursuivre mais on perd à chaque fois que quelqu’un jette l’éponge pas mal de confiance et de temps. Nous avons enregistré la plupart des rythmiques du second album et puis mon ambition s’est heurtée à mes limites techniques. Nous n’étions pas si loin d’aboutir et puis j’ai tout fait arrêter et j’ai remboursé tout le monde car je me suis rendu compte que je ne savais pas où on allait. J’ai épuisé la patience de Steven et Marcus qui m’ont suggéré de m’enregistrer moi-même….. Alors je suis devenu ingénieur moi-même ce qui m’a ouvert un univers aussi vaste et fascinant que d’être musicien. Des tas d’autres projets m’ont aspiré. Et puis il y a eu des événements privés. J’ai traversé une forme de burnout qui m’a forcé à m’arrêter pendant un certain temps et je me suis tenu tranquille pendant quelques années. J’ai du arrêter de boire et cela m’a enlevé un peu de la force qui me menait sur scène et me permettait de travailler dans un groupe, un peu de la force qui m’amenait aussi à faire des choses folles, égoïstes, débiles et dangereuses.

J’ai du mal à croire qu’on ne vous a jamais demandé de reformer Urusei Yatsura ! Qu’est-ce qui vous fait résister à la tentation ?

Ah ah ! C’est très facile ! Si c’était juste une question d’attraper sa guitare et de monter sur scène pour jouer, je le ferais sans hésiter et en un instant. Mais cela signifierait des mois de répétitions, des voyages et pas mal d’emmerdes. Il y a trop de choses derrière. Et puis nous ne sommes pas un groupe avec un héritage suffisamment important pour que cela nous rapporte une fortune !

Quel est votre programme alors ?

J’ai investi des milliers d’heures ces dernières années à devenir ingénieur et à tester des idées techniques. Jouer avec des micros, utiliser des cymbales en tant qu’outils de reverbs, etc. La pièce de Lucier m’a fait prendre conscience des propriétés physiques du son et de la subtilité des perceptions humaines. J’ai expérimenté sur les phases, la polarité et les ambisonics. J’ai promis à Kovorox un album de ambient noise il y a plusieurs années que je n’ai pas livré encore ! Je vais revenir à la musique à travers ces collaborations. Et puis je dois vraiment terminer ce second album du Projekt A-ko !

La culture geek est partout. Les séries TV font la loi. Anime. Comics. Vous avez gagné. Et perdu à la fois. Vous êtes toujours intéressé par la culture alternative ?

La vie de famille laisse moins de temps pour tout ça. Il y a un moment où je n’ai fait que regarder Barbie, Disney et le Winx Club. Mais je me suis mis récemment à Code Geass et Psycho Pass. J’ai bien aimé la série Ghost in the shell. Des films coréens et japonais aussi. Satoshi Kon et Takashi Miike.

Le futur est toujours plus étrange qu’on le croit. La culture binaire de ma jeunesse est devenue plus nuancée, dispersée et diversifiée. A cause de l’internet bien sûr. La culture geek s’est répandue et est devenue un cheval de troie pour le capitalisme. Pour moi la geek culture et la contre-culture étaient très proches mais cela s’est transformé de mille manières. La geek culture est partout mais il y a assez peu de vraies discussions mainstream qui concernent les politiques radicales ou qui remettent en cause l’économie. Il y a un vrai paradoxe entre énormément de progrès sur la question raciale, la différence sexuelle, le genre et cette consolidation incroyable du capitalisme sur ses bases qui nous amène à une extrême droite et à un conservatisme renforcé…

Vous avez des choses à faire cet été ? Vacances ? Vous avez des choses à nous conseiller ?

On va généralement se geler sur la Côté Moray. L’année dernière, nous sommes allés à Paris. Il y avait une chouette installation vidéo au Palais de Tokyo, Disco Beast de Jonathan Monaghan. Oui, j’ai un boulot. Très normal. Et puis côté musique, je reçois régulièrement une notification qui me dit que j’ai gagné 0,3 pence sur Spotify ou ailleurs. C’est très stable généralement ! Je ne sais pas quoi vous conseillez. Je suis plutôt suiveur en fait. Je peux conseiller, si vous aimez Kubrick, le document Room 237 sur Shining. C’est énorme. Sur le même sujet, il y a aussi une série youtube sur le tournage de 2001 que Ian m’a conseillé.

J’ai toujours été obsédé par Loveless mais récemment ça a empiré. C’est comme un trou noir qui bouffe les étoiles. Je l’écoute tous les jours. Le titre du second album de Projekt A-ko devait être Roadside Picnic. C’est mon livre de science fiction favori, de Boris et Arkady Strugatsky. L’histoire d’un type qui risque sa vie et sa raison en allant dans une zone alien où les lois de la physique ont été chamboulées complètement et où le danger est permanent. Personne ne sait pourquoi cette zone est ainsi. Il survit en vantant des restes de la technologie alien. Il y a beaucoup de trucs inutiles mais une petite partie a une valeur infinie. Et peu à peu ces petits éléments qui sont introduits dans le monde normal changent la société. Sa famille mute au contact de la zone. Au milieu de celle-ci, il y a un artefact mythique et doré qui exauce les souhaits cachés et les désirs de la personne qui le possède. Mais personne ne peut trouver.

Il m’a fallu des années pour comprendre pourquoi ce livre me fascinait à ce point. C’était tout simplement parce que le livre constitue une allégorie incroyable de l’expérience que vit un artiste ou toute personne engagée dans un processus créatif. Pourquoi est-ce qu’on crée ? On ne sait pas mais les artistes s’y jettent à corps perdu au point de mettre en question leur bien-être, de tutoyer la folie parfois, et ce, juste pour ramener des choses, des œuvres qu’ils ne comprennent pas et dont la valeur ne sera pas découverte du tout ou alors seulement après des années. Au cœur du cœur, il y a la sphère dorée, l’impulsion créative, perdue à jamais et qu’on ne connaîtra jamais.

Comment vous voyez les prochains mois ?

Je suis très content et reconnaissant d’avoir ma famille, de pouvoir faire de la musique encore. J’aimerais m’excuser auprès de toutes les personnes que j’ai laissées tomber et aussi exprimer ma sincère gratitude à toutes celles qui ont travaillé avec moi, m’ont aidée ou ont soutenu mes groupes.



Inside Urusei Yatsura creative process. Geek culture, books, everyday life. Fergus Lawrie gives us a wonderful present with this 2nd part of our GIANT interview.

You were definitely a good live band, weren’t you?   

Blood stagedivers feedback moshing smashed guitars broken amps stage invasions, for a few years we absolutely killed it, especially in small venues, but it was partly a feedback loop with the fervent response we were getting from audience members, clearly we were offering something that no-one else was that they strongly identified with. Often we would leave the stage and audience members were still on stage playing drums, throwing our guitars about as if they had simply become us, as if there was no division between band and audience! Graham was very funny onstage, Ian and Elaine were supercool. But live performances are totally ephemeral of course, they cannot be effectively documented it cannot be proved or repackaged, only dimly remembered!

UY had a rather short life. 5 years. 3 and a half LPs (I consider All Hail ep as the ½ one!). Must have been a very very dense period for young people like you? Recording, touring, etc. was it too quick to be true ? Were you armed for that as a man and as a band ?   

Well it was a dream come true and a nightmare all at once! We had no experience or support team or manager, we just signed the first deal that came along, (like many at the time a defacto major label deal brokered through a credible indie) which could have been a good one but it basically collapsed after about the first year due to corporate restructuring in America and became a rolling crisis for Che and for us (but maybe it was the lack of proper oversight that kept them from completely dropping us for so long!). Everything was very chaotic and we were off-balance most of the time. It was also alarming as fans to see inside the music industry and experience how contrived it is. We are all quite shy people so it was wonderful to be popular and onstage and the centre of attention and meet all our heroes but it was also unfamiliar and very stressful. But we worked very hard, more than 80 songs with all the b-sides, and hundreds of gigs most of it concentrated into the first three/four years of our deal, though I would say in reality the band took up a decade of our lives from first inception to final winding down.

UY was at the beginning you and Graham Kemp. How did you “engage” in a creative relationship with him? Remember the day you and him decided to form a band ?

I was at University, Graham was the first person I met who had similar tastes to me. He was very funny and smart with a superb record and comic collection. He had a job in a record store and so got all the latest records and free tickets to gigs. He was like an older brother who turned me on to loads of stuff I liked but didn’t know how to find. I think we both wanted to start a band but didn’t know anyone to do it with. I took my guitar with me the second time I visited him and that was it. Graham always had a very strong vision of what he wanted, he had played in a band and already started Kitten Frenzy, along with songwriting a lot of my role was as a kind of wingman, facilitating and mediating.

Was there any tensions linked to the band making (or not making) the next step to reach commercial success?

Well signing a record deal has an immediate distorting effect on any band, when something that is a hobby becomes a full time job. How a band adapts is critical, many break up shortly after getting signed, I don’t think we dealt with it very well. It was hard work to make so many b-sides for multiple formats and I came to hate interviews, we discussed everything to death but we didn’t have the experience to really understand the mechanisms of the music industry, generally went along with whatever Che felt was best, but in the context of our unravelling record deal and all the other factors at play everyone’s options were very limited. So many moving parts, you could make a terrible decision and it would have a great outcome or a great decision could turn out lousy. It was a strange time, indie had gone overground and alternative guitar bands were being sold into the mainstream.

There was only us and the four people at Che up against bands and labels with mega budgets and stylists and marketing departments and sponsorship and payola. Che really went way out on a limb for us, but there were some disastrous decisions further up the chain like Warner’s swapping our European album distribution from independent to in house at the last minute for the release of “Slain by Yatsura’, effectively pissing off every European distributor and ensuring we weren’t available in either indie or corporate stores.  There was an attempt to encourage us away from Che after “Slain by UY’ came out but by then I think we felt we’d already sold out more than we were happy with and couldn’t stomach anymore. Ultimately we got decent radio and press but not surprisingly outside of our hardcore fanbase we just didn’t sell very many records which I think is regarded as a ‘commercial failure’.

How do you consider what you’ve achieved together with YU ? There are not so many bands who can boast having made 3 great Lps in a row. .

haha you are very kind, I don’t think our LPs are generally regarded as great though I know some people are very passionate about them and I am grateful for that. I don’t think about the LPs much. I took a day to listen to everything we ever did about fourteen years ago and that was the last time. The studio wasn’t a natural environment for us and I think a lot of our energy was diffused. Listening to the Peel session LP its clear we should have recorded more stuff live. My overriding musical concerns in the band were largely practical, keeping things together, hitting deadlines, making the best of what we had, always limited time to record, a lot of my artistic ambitions had to be subordinated. So its bittersweet for me, I don’t recall being particularly happy with many of our recordings, though the producers always did great work with what we gave them so thanks to Charlie, John, Chris and Bryce. I don’t know what we achieved, its hard to sum up the whole experience, it was a blast but also many mistakes and sacrifices and so very little to show for it in the end.

Do you think backwards you’ve parted at the right time ? Are there hidden songs from the past (maybe posterior to Everybody Loves YU) we haven’t heard ?

We should probably have split up straight after the recording of ‘Everybody Loves…’ everything after that was a waste of time. There are many old rehearsal tapes and some abandoned studio demos.

Considering the legacy of the band, I’ve always thought you could have been a perfect new century band. Your songs lyrics were so modern: describing people getting isolated by technology, otakus, Japanese driven. Pop culture references. You were describing our world 20 years in advance. How did you manage to produce this from…. Glasgow at the time.

Haha we invented metaculture! I don’t know we just rejected everything we didn’t like and made music with whatever was left. After the eighties we were sick of right wing mainstream American and British culture so we looked elsewhere for inspiration. Akira, anime, manga, graphic novels, William Gibson, french films. I think we retained some of that eighties cynicism and despair and anger when everyone else was celebrating the fatuous glories of Britpop (honourable exception to Pulp), but also happy to engage with the foreign, the absurd and surreal and trivial, cut-ups, grabbing lyrics from mistranslations and weird phrases.

Slain by elf lyrics are still so relevant. Prophetic. From mass-murderers to social autism. What can you tell us about this particular song? Something which has never been said…

Its one of Graham’s, its a great song but I don’t know the full story so you should really ask him. I think the title is from the Simpsons, Marge asks Homer how his Dungeons and Dragons session went with his new student friends, crestfallen Homer says “Oh I was slain by elf’. It may have started out as a piss take of my own D&D playing tendencies from when I was a teenager but ended up as so much more!

What was the UY routine composition? Did the songs build themselves collectively or did the main composer bring all the elements to the others ?

Very collaborative. Usually Graham or I would bring in a song or chords and then it was a case to see if it would ‘take’ or not. Everyone would play along trying out ideas. Some things just didn’t gel and would get dropped. The best songs took off straight away but sometimes we couldn’t repeat it! What was left was usually heavily revised over and over for a long time, often months, before the final structure was decided. It could be frustrating as a songwriter, you could work on a song with no guarantee that it would work with the band or come out the way you planned, but equally it could be transformed in exciting ways.

Do you think the whole production of the band has been overshadowed by the immediate impact of KewPies ? Are you still proud of this song? It was so strange. What would it be like for you to sing this song and others?

That’s funny I wouldn’t pick out Kewpies as being strange or particularly different from any of our other songs…I listened to Bowie a lot as a teenager and it always surprises me when his music is described as strange..isn’t this what music is supposed to be like? It’s all the boring mundane music that has something wrong with it! I really screwed my voice up with that song, screaming every night without any training.

Was it emotional for you to see people discuss music you’d made 20 or 25 years ago with such enthusiasm ? Or does it make you feel old ?!!!

Yes very emotional. I was surprised. Still many very raw and conflicted emotions around the band, anger, regret, sadness, joy and wonder. Special thanks to Vinita and Graham for putting the Peel sessions record together. Several reviewers have said they have to suspend critical judgment when reviewing the album as they were and still remain ardent fans. Not a lot of people got us but those who did absolutely adored us. We had band chemistry but also some kind of unique audience chemistry, a great UY gig was a joyous cathartic event, we were the audience, we were up there for them, any one of them could have stepped in and swapped places with us, all celebrating and singing and dancing as one into chaos and oblivion

Let’s talk about the Projet A-ko LP. It was UY without Graham Kemp. You didnt even stop composing and playing together, did you ? 

UY was creatively exhausted, we’d run out of money and options, Graham quit, we just carried on because we didn’t really know what else to do, we had invested ourselves so heavily in the band that there was still a lot of momentum, in a way we were still just going through the motions because we couldn’t accept it was over. And of course we just love playing! (In fact Ian and I only stopped having weekly rehearsals last year!) We were never comfortable as a three piece. There were a lot of false starts. It wasn’t until Steven Ward joined as guitarist that things started to gel.

It took something like a decade to bring your first LP Yoyodyne to life. Why was it so long at the time ? What was happening in your lives ?

Well we weren’t full time anymore, we had to get jobs and eventually Elaine and I started a family. You can’t rehearse as often, its harder to keep a band sharp and multiple songs ready to go. We had to learn a new way of working. Thankfully digital recording had come of age and Steven agreed to record us so we could do it piecemeal, get the drums for three songs together, overdubs, time to work on lyrics, but of course the longer you go on the more you want to go back and tinker, you can get stuck in a loop if you aren’t careful! It was very frustrating but without record label support we just had to let it take its own time.

Rocket Girl celebrates Yoyodine’s 10th birthday with a digital edition. Was there any discussion about an expanded CD or LP version ? You must have a few songs left when you assembled the LP at the time…

No I just wanted to do something modest to mark the 10th anniversary, I didn’t expect anyone would even notice so the response already has been lovely and unexpected, a lot of old friends have got back in touch…There are a couple of b-sides and extras that will be available on Bandcamp, but I am really satisfied with the record as a whole and wouldn’t want to tack extra songs on the end.

Ten years after, what do you remember about the time you recorded the LP ? How was the mood ? Working with a new Producer Steven Ward…

Steven is a great guy, I tried out for his band Empire Builder but it was a bit math rock and way beyond my technical abilities, I was utterly defeated! Happily he joined Projekt A-ko instead! We recorded all over the place in the rehearsal rooms at Berkeley 2 in Glasgow and also some stuff at CaVa studios and with Marcus Mckay at The Diving Bell, vocals in living rooms and bedrooms with blankets hanging off the wardrobes! But it was a lot of fun to work without the sort of pressure we were used to, but still have the confidence, professionalism and experience we’d gained.

https://www.youtube.com/watch?v=tj5xABJlOUU

Was there a plan, i mean a musical plan to sound differently than UY maybe, to try new things ?

Not really, it was more an evolution, Elaine singing, alternate tunings. I was trying to be experimental without really having the technical knowledge. Steven was incredibly patient.

I guess you’ve listened to the LP recently. What’s your opinion about it ? Qualities. What you regret…

I’m still very proud of it. Especially considering it is completely our own work on a virtually zero budget. I would probably cut 30-45 seconds off most of the songs now but at the time it didn’t seem to matter if we were a little bit self indulgent!

To me, it ages very well and is as strong as any UY LP. I remember having spent many hours trying to look for references from comics, to art, to literature. It was really a pop art LP, a post modern stuff full of things to explore. Like a riddle for insiders. Secret patterns. It reminds me of writer William Gibson you know as if there was Something hidden Under the surface. Did you like to make things cryptic at the time ?

Thank you. Nothing is intentionally cryptic but I definitely wanted to be maximalist and unashamedly intellectual with the lyrics, if I had a choice between a difficult or easy solution I always went with the harder one even if it didn’t sit as well rhythmically or melodically. To my mind most of the songs have very specific meanings and subject matters, but I like that it is very dense and complex.

Ian helped by writing a lyric generating script that translated random Wikipedia pages in to Japanese and back again using Babelfish. This generated acres of gibberish that I farmed for cool phrases like ‘a gown of martian spores’!

What did bring Projekt Ako to an end ? No envy ? No fuel ? What did happen next ? Life maybe. You’ve told there was Always music…. 

Yes, exactly, Life, children, work. Steven couldn’t rehearse any more as it was taking up too much time with no reward, Elaine had to stop when we had kids. It couldn’t be helped but of course every time someone quits you loose momentum and confidence. We recorded most of the rhythm parts for a second album but my ambition ran up against my technical limitations. I had it on preorder but had to refund everyone when I realised I didn’t know where it was going. I exhausted the patience of Steven and Marcus who both suggested I needed to record myself, so I started learning to engineer which is a whole other fascinating world from being a musician! I got distracted by all the other exciting projects I have mentioned. There were also wider family events and a period of burnout where I just had to stop for a while, so I’ve been quiet for a few years. I had to stop drinking and let go of an alcohol fuelled part of myself that allowed me to get onstage and deal with being in a band but also enabled me to do many crazy, selfish, stupid and risky things.

 I cant believe you havent been asked to reform UY….. How did you resist to the tentation ?

Haha! Easily! If it was just a case of grabbing a guitar and walking onstage and playing the songs I would do it in a heartbeat. But the reality would be months of rehearsal and travel and massive disruption, there’s just too much other stuff going on. We are not enough of a legacy band for it to generate irresistible quantities of money!

Can you tell me what you’ve done this year ? Any « next step » to come ?

I’ve invested thousands of hours over the past few years in learning to engineer and experimenting with diverse technical ideas ie playing with contact mics, using cymbals as plate reverbs etc. The Lucier piece made me very aware of the physical properties of sound and human perception, I’ve done a lot of experiments investigating this. I promised Kovorox an ambient noise album years ago but have yet to deliver! I’m feeling my way back in to making music with a couple of collaborations. There is still that second Projekt A-ko album to finish!

Geek culture is anywhere now. TV series rule. Anime. Comics. You’ve won ! And of course lost at the same time. Are you still interested in alternative culture ? Books, movies ? Are you still into it ?

Family life tends to muscle a lot of that aside, there was a period where I was exclusively watching Barbie, Disney and the Winx Club! But I’ve recently watched Code Geass and Psycho Pass, I enjoyed all the Ghost in the Shell series…Korean and Japanese films, Satoshi Kon, Takashi Miike

The future is always stranger than you imagine, the comparatively binary culture of my youth seems to have become much more nuanced and dispersed and diversified especially with the internet of course, and it does feel in some ways like Geek culture has been co-opted or become a Trojan horse for capitalism. For me Geek culture and counter culture felt very closely aligned but they have both mutated in so many ways…Geek culture is everywhere but there is very little mainstream discussion about radical politics or economies. It seems paradoxical that there has been so much progress on racial, sexual and gender equality and awareness yet this consolidation of capital and lurch to the alt-right at the same time…

Do you take holidays yourself ?  Where are you going ? By the way, are you still living on music or do you have a « normal » job now for a living ?

We usually go and freeze our asses off on the Moray coast. Last year we went to Paris, there was a great video piece in the Palais De Tokyo called ‘Disco Beast‘ by Jonathan Monaghan. I have a normal and very mundane job. As for music occasionally I get a notification that I have earned 0.3p from Spotify or somewhere, at least its steady!

What would you recommend for the holidays : books, cds, etc.

I don’t know if I have any original suggestions, I am always a late adopter! If you like Kubrick, Room 237 is a doc about ‘The Shining’ that is mindblowing, there is also a great YouTube series about the making of 2001 that Ian turned me on to. I have always been obsessed with Loveless but recently it has become like a black hole devouring all the other stars in the sky, I listen to it everyday.

The title of the 2nd Projekt A-ko album was to be Roadside Picnic. It is my favourite SF book, by Boris and Arkady Strugatsky. This guy risks his life and sanity going into a strange alien zone where the laws of physics have been completely scrambled and unknown dangers exist. Nobody knows why it is there. He scrapes a living retrieving scraps of alien technology. Most of it is junk, some small part of it is very valuable. Over the years some of it transforms society. His family is strangely mutated by his exposure to the zone. At the heart of the zone is a mythical golden artefact that is supposed to grant the hidden wishes and desires of the person who possesses it, but no one can ever find it.

It resonated so much when I first read it but it took me years to understand why, I think in the end it is an amazing allegory of the experience of living as an artist or other committed creative person.Why are we creative? We don’t really know but artists will devote their lives and risk their wellbeing to face the crazy dangers of their own creativity and bring back bits of work that even they might not understand, the value of which cannot be measured or may not be discovered for years. At the heart is the golden sphere, the creative impulse, forever lost and unknowable.

What can we wish you best in the Following months ?

I am very happy and grateful to have my family and the chance to still make music. I would like to apologise to anyone I have ever let down and express my sincere thanks to everyone who has ever worked with, helped or supported my bands.

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