Il y a des rendez-vous impossibles à manquer et qui ne déçoivent jamais, c’était le cas ce vendredi 29 novembre avec les Tindersticks sur la scène de la salle Jean Vilar du Théâtre National de Bretagne. On ne présente évidemment plus ce groupe anglais, que le public rennais avait eu le privilège de découvrir dès ses débuts en février 1994 à l’Ubu, puis de retrouver l’année suivante en mai 1995 au Pub Satori. Depuis, le groupe anglais est souvent revenu à Rennes, et en Bretagne, pour entretenir la flamme de son histoire d’amour avec le public local. Trente ans après son premier passage dans la capitale bretonne, difficile d’imaginer un écrin plus adapté pour un tel concert que cette salle, aussi prestigieuse que confortable, avec ses 900 places. Une salle qui avait d’ailleurs déjà accueilli la formation il y a 4 ans. Trente années de carrière c’est le temps qu’il aura fallu à Stuart Staple pour passer du modeste Ubu, voisin de quelques dizaines de mètres, au prestigieux TNB. Une belle et ironique manière de mesurer le chemin parcouru. De formation confidentielle, Tindersticks est maintenant devenu une valeur sure et incontournable, ayant élargi son auditoire et conquis un large public, sans jamais rien renier de son exigence et de son excellence. Le quintet est ici réduit à l’essentiel, composé de son leader, à la fois chanteur et guitariste, Stuart Staples, de David Boutler aux claviers, de Neil Fraser à la guitare, tous trois membres originels du groupe, rejoints il y a une quinzaine d’années par Dan McKinna à la basse et Earl Harvin Jr à la batterie. Aucun cuivre ce soir, pas plus de cordes ni de chœurs pour ornementer d’arrangements flamboyants les lentes et tortueuses circonvolutions de ces mélodistes hors pair.

Tindersticks – Théâtre National de Bretagne – Novembre 2024
C’est enveloppé dans une pénombre ambivalente, dont les limites ténébreuses sont tout autant chargées de tourments que d’une forme de chaleur réconfortante, que le groupe se produit, sous un plan de feu qui privilégie des découpes zénithales. Stuart Staples retenu dans ses gestes, presque emprunté n’en est pas moins d’une extrême expressivité, les yeux clos, il tangue, à la limite de l’instabilité, la voix de velours légèrement râpeuse, ponctuée de trémolos étouffés dans les decrescendos, il arbore un style vestimentaire qui hésite entre relâchement et rigueur, une forme d’élégance un peu brute d’intendant de ferme venu négocier avec conscience et gravité une affaire importante. Pour le reste du groupe, la sobriété anglaise et les costumes, sont à l’image de la musique, c’est-à-dire un mélange de sobriété, d’élégance et de raffinement, strict, minutieux et un peu austère.
Le set, évidemment trop court avec une petite vingtaine de titres, est essentiellement construit à partir de compositions qui font la part belle à la dernière décennie. Les titres les plus anciens étant A Night so still et Medicine tirés de The something rain (2012). L’essentiel du répertoire de la soirée est naturellement tiré du dernier album Soft Tissue, de The waiting room, de The Something rain avec une attention particulière à l’album No treasure but hope lors du rappel. Une sélection qui permet d’autant mieux d’apprécier la vitalité et la prolifique créativité de ces artistes. Car, loin de se reposer sur les fleurons de leur début de carrière et sur les titres à la magie époustouflante enregistrés dans la seconde partie des années 1990, le groupe met à l’épreuve son répertoire récent et nous prouve, sans aucune concession à la facilité et à l’évidence, toute la pertinence de ses productions les plus récentes. On pourrait évidemment toujours se prendre à rêver d’une prochaine tournée où le groupe nous ferait le cadeau inestimable de revenir visiter son répertoire des années 1990. La sortie, il y a deux ans, de la compilation Past Imperfect aurait évidemment pu nous faire espérer une telle proposition, en forme de lumineuse rétrospective, apte à célébrer sur scène trente années de carrière. Mais les Tindersticks, bien dans l’époque, ne semblent pas disposés à céder à une telle idée, qui séduirait évidemment autant les fans de la première heure, ceux qui ont déjà eu la chance d’entendre ces titres sur scène et seraient heureux de gouter à nouveau ce bonheur, tout comme les amateurs plus récents qui, eux, n’ont jamais eu cette opportunité. Nous laissant dans l’attente d’une telle éventualité, et dans l’extrême satisfaction d’avoir une fois de plus assisté à une prestation à la magie hors du temps, nous nous prenons déjà à attendre la prochaine venue de ces musiciens, dont il est toujours aussi plaisant et poignant de croiser la route.
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Les 2 titres les plus anciens cités figurent sur « The Something Rain ».