Il y a quelques groupes qui ont eu le privilège de se désintégrer sur scène, devant un public médusé : on pense à Pulp, Oasis (en coulisses), à The Fall, à Wavves, mais aussi et aujourd’hui surtout à The Loft. Une séparation en direct et en plein milieu d’un morceau alors que le groupe, en vogue, assurait la première partie du groupe Colourfield.
Depuis cette date, The Loft est devenu un groupe de référence, assez influent et dont l’activité aura été principalement compilatoire. La plus sympa en date reste selon nous la compil Magpie Eyes, assemblée par le Rev-ola de Joe Foster, qui les aura accompagnés un temps chez Creation Records. Avec le temps, les membres du groupe ont enterré la hache de guerre et pris part à plusieurs événements, voire envisagé de se reformer pour de bon, comme lorsqu’en 2006, ils ont enregistré au moins un nouveau morceau. On les a retrouvés aussi en 2015 pour les 30 ans de leur single le plus connu Up The Hill And Down The Slope, et c’est à peu près tout, ce qui est déjà beaucoup pour un groupe qui aura existé aussi peu il y a désormais une quarantaine d’années. D’aucuns auront bien sûr suivi les aventures des membres du groupe dans leur structures propres et notamment celles de leur leader Peter Astor, au sein d’abord de The Weather Prophets puis principalement en solo. Présent mais discret, Astor aura posé sa mine élégante et sa classe absolue de songwriter sur nombre de morceaux ces dernières années, rendant follement excitante cette perspective d’une reformation “pour de vrai” de son groupe d’origine.
En 2025 (ce sera en mars pour l’album), The Loft revient ainsi avec un nouvel album Everything Changes, Everything Stays The Same (titre un peu bateau après une éclipse de quatre décennies et qui rappelle le comeback de The Modern English). Le line-up est inchangé avec Pete Astor, Andy Strickland, Bill Prince et Dave Morgan, globalement tous bien conservés, et vient de révéler un premier single, Dr Clarke, qui est très agréable à l’oreille. Le clip nous montre un groupe qui semble “bien vivre ensemble” et qui a pris un plaisir fou à se retrouver pour composer et enregistrer de nouveaux morceaux. Tout est parti d’une reformation pour un concert, un festival puis une petite session BBC. Les quatre membres originaux se sont redécouverts et ont remis le couvert pour le compte du label allemand Tapete Records. Le résultat, sur la foi de ce seul titre, nous ramène facilement au milieu des années 80, époque où les guitares étaient graciles, cristallines mais rock (The Smiths), où les textes racontaient des petites anecdotes de vie ou présentaient des personnages hauts en couleur, comme celui de l’accueillant mais un peu chelou Dr Clarke. Évidemment, le bon docteur semble être celui qu’on vient voir pour se procurer des médocs et un peu de drogue légale, ce qui donne une petite connotation subversive et ironique au tableau. Le chant est crâneur, presque beau comme du Oasis, et on s’accommode de ce retour qui nous donne l’impression d’être quelques décennies en arrière.
On ne va évidemment pas se mettre à fantasmer sur une énième reformation, mais il y en a certaines qui sont plus attendues et pourquoi pas plus réussies que d’autres.


“Le chant est crâneur, presque beau comme du Oasis”
Non mais oh, Oasis, franchement !