Ignatus passe de l’ombre à L’Ombre

Ignatus - L'ombreLa dernière fois, on s’était fait avoir. Mais là, c’est la bonne : Ignatus est bel et bien de retour. Évidemment, pour qui suit les aventures de Jérôme Rousseaux, il n’a jamais disparu et, entre deux albums, reste un acteur majeur de la chanson française souterraine, entre résidences d’artistes, ateliers d’écriture collectives ou conférences sans compter les bons mots (valise) et les haïkus qu’il distille sur les réseaux. Ce puit sans fond de connaissance de la culture musicale francophone est, depuis toujours y compris lorsqu’il touchait le succès avec le regretté Olivier Libeaux au sein des Objets, un personnage plus qu’attachant, un pivot, une référence qui fait de ce que l’on appelait jadis très pompeusement l’exception culturelle française une réalité. Ici, il n’est pas question de singer les anglo-saxons, ce qui en soit n’est pas un souci, on est bien placé pour le savoir vu les musiques que l’on défend habituellement, mais bien d’affirmer toute la singularité de cette culture héritée d’auteurs-compositeurs-interprètes immenses et qui se nourrit, comme toute la société, de multiples influences et de métissages salvateurs.

Avec L’Ombre, premier single extrait d’un album à sortir en janvier prochain et qui succédera au très remarqué [e.pok] sorti il y a déjà 7 ans, on retrouve l’Ignatus que l’on adore, celui dont la voix unique, parfois fragile, n’a besoin que d’un écrin de quelques notes de pianos et de quelques cordes pour sublimer un texte d’une beauté touchante. Fidèle au personnage, il n’a pas été écrit sur n’importe quel coin de table mais lors d’une résidence dans un hôpital psychiatrique de la région parisienne de laquelle était déjà issu en 2019 le mini-album Parfois La Vie Est Douce écrit et réalisé avec des patients et des soignants. Il s’en dégage une profonde mélancolie marquée par la maladie et les façons de s’en échapper en convoquant nature et animaux sauvages, véritable fil rouge de l’écriture de ce parisien qui a parcouru tous les sentiers de France.

Randonneur patenté, il arpente dans cette belle vidéo réalisée au drone par Louis Hébert de chez Corsini Creations les chemins de l’Isère, de l’Ardèche ou de sa Drôme adorée, recherchant un havre de paix dans l’espoir de retrouver celle qui fait défaut chez les pensionnaires de l’EPS Barthélémy Durand d’Étampes qu’il a côtoyé durant quelques jours. Musique de l’imaginaire implantée dans le réel, chant de l’enfermement s’exprimant dans l’immensité de la nature ; tant qu’on aura des personnages comme Ignatus pour faire vivre la chanson française, il n’y aura décidément aucun complexe à avoir.

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Ignatus / Dans Les Virages

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