[Clip] – La réapparition d’Ignatus, Corps et Biens

Ignatus - [e​.​pok]Quand on reçoit ce genre de mail dans la boite de Sun Burns Out, 99 fois sur 100, c’est pour annoncer un nouvel album. Alors pensez-donc : « Nouveau clip – Ignatus », il n’en fallait pas plus pour s’exciter avant même d’aller au bout de l’objet et finalement réaliser qu’il s’agissait d’un morceau déjà connu. Néanmoins, quelle excellente idée. En décidant d’illustrer d’une vidéo Corps Et Bien, 5ème titre de son dernier album en date, Jérôme Rousseaux, aka Ignatus offre une seconde vie à l’un des albums francophones les plus passionnants de 2017, le formidable [e.pok] sorti chez La Souterraine, pour une fois non pas dénicheur mais passeur d’un talent (re)connu depuis longtemps. Pour les archéologues de la pop française, on pourrait remonter jusqu’au début des années 90 quand Jérome Rousseaux fondait Les Objets avec Olivier Libaux, parti ensuite récolter un succès planétaire avec Nouvelle Vague. En deux albums parfaits, fondamentaux, ils posaient les bases d’une pop d’inspiration britannique mais fièrement francophone ce qui, replacé dans le contexte de l’époque, n’avait rien d’évident tant le chant français était associé soit à de la variété, soit au mouvement alternatif. Le duo séparé, Jérôme Rousseaux allait devenir Ignatus et laisser libre cours à sa folie créative à travers les projets divers d’un saltimbanque touche à tout, très actifs et inventifs sur ses réseaux sociaux, mais toujours centré sur l’idée de jouer avec la langue française.

Corps et Biens est une évocation aquatique et maritime où à l’immensité de l’océan répond la simplicité d’une instrumentation parcimonieuse, un piano, une guitare, comme si chaque note était comptée, jamais là par hasard. Forcément, on pense à Mark Hollis ou, plus prés de nous (et de lui probablement), un autre magnifique compositeur français pas assez reconnu, Benoit Burello, lui aussi plus connu son alias, Bed. La vidéo est contemplative, méditative même : de l’eau qui ondule, traverse ou reflète pour prendre le temps d’entrer dans la musique comme le dit lui-même Ignatus qui a personnellement filmé ces eaux, qu’elles soient de Manche, de la Roanne (un affluent de la Drôme), de la Sèvre ou du canal de l’Ourcq. Et le voilà, lui l’enfant de l’Argonne, si peu marin, parti affronter un océan qu’il déteste pour fuir un amour qui a sombré, Corps et Biens.

[e.pok], l’album est à redécouvrir. Entre un élégant classisme au piano (Le Détroit de Béring) et des incursions électroniques carrément dansantes et un rien barrées (Un Travail), Ignatus dresse aussi une voie médiane aussi inventive que personnelle. Il y a dans ce disque du Dominique A et du Jérôme Minière, de la pop exigeante, parfois turbulente, qui ose se confronter à l’expérimentation. Le dernier grand disque en date d’un grand monsieur dont on ne mesure pas suffisamment l’apport à la pop francophone. Soyez en sûrs, il n’est jamais trop tard.


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