InFiné / Explorer #2 (compilation)
[InFiné]

InFiné - Explorer #2La précédente et première compilation Explorer réunie par le label InFiné comportait quelques noms de connaissance qui nous avaient permis de ramener notre science et de nous raccrocher aux branches. La deuxième, qui sort le 22 janvier 2016, ne nous laissera pas même ce repère. Autant l’avouer : on ne connaît ici PERSONNE, rien, pas même un seul des douze artistes qui alimentent ce deuxième opus dont on dira, parce qu’on n’a pas grand-chose d’autre à faire valoir, qu’il nous semble plus exotique et tourné sur les musiques (électroniques) du monde. Facile à dire de fait : là où Explorer #1 rassemblait majoritairement des artistes français et européens, Explorer #2 aligne un Japonais, un Pakistanais, un Turc, un Taïwanais et pas mal de Britanniques. Ceci étant dit, comme on a aucune culture précise de l’évolution musicale et électronique de ces pays (Grande Bretagne exceptée et encore), cet argument ne nous avance à rien. Écouter Explorer#2 se réduit ainsi, et probablement comme toute écoute de musique devrait l’être, à mettre ses oreilles à découvert et à leur laisser faire le boulot. C’est bien évidemment le concept même de ces compilations tête chercheuse que de nous présenter des choses qu’on ne connaît pas et qu’on n’avait que peu de chances de croiser dans notre salon bourgeois. Et puis comme nos oreilles aiment cela et ne parlent pas encore, il n’y a personne pour se plaindre.

Alors va. Explorer #2, comme son prédécesseur, se joue des genres électroniques comme de son premier synthé. On trouvera de tout ici : drone, ambient, electronica. Toutes les familles sont représentées ou presque. On n’a pas repéré de gros bourrins boumorgasmiques à la David Guaretta, et c’est tant mieux. Explorer #2, donc, c’est une très jolie ouverture quasi bucolique signée Chamberlain et qui s’appelle Arched Bay Window. Le morceau d’entame a évidemment son importance et celui-ci est un excellent choix. La musique exprime quasi exactement ce que son titre évoque : un œil qui regarde la baie par la fenêtre. Cela peut paraître bête de dire cela mais on peut aimer aussi la musique électronique (comme la musique classique d’ailleurs) pour son pouvoir de suggestion. Le taïwanais Han avec Shadow Of Things joue dans le même registre, un peu plus ambiant, pour taquiner l’indicible. InFiné privilégie l’électro à touches, à petites touches, l’électro délicate et qui procède par de lents ajouts de matière. On n’est pas ou alors très rarement dans la musique répétitive mais pas non plus dans ces crescendos atmosphériques qui caractérisaient encore la techno il y a quelques années. La signature ici, c’est le développement (car développement il y a) en séquence et qui repasse deux ou trois fois au même endroit en poussant chaque fois « l’affaire » un peu plus loin. C’est exactement ce que fait Frieder Nagel sur Lythe avec son expérience (écrit-on dans la feuille de presse) de sound-designer et de compositeur de musiques de films. C’est aussi ce qu’on aime dans l’un des morceaux phare du disque porté par le DJ japonais Inui. Automaton, c’est son titre, développe sur plus de 7 minutes une pièce empreinte d’une grande tristesse et qui crépite à nos oreilles comme l’un de ces morceaux sans début ni fin de Steve Reich. Ceux qui préfèrent les musiques plus trépidantes trouveront leur compte chez Shinra et son épique Klonk qui clôt la compilation ou chez l’incisif, sombre et envoûtant Noahs Heark (from Pakistan, donc) et son Sync.

Que dire d’autre au final ? Que comme la dernière fois, on ne s’est pas ennuyé un seul instant et que ce panorama cosmopolite est un pur bonheur. Tout est bon à prendre ici. Il n’y a même pas un seul titre à condamner, même si on a essayé très fort de trouver la musique mi-électro mi-organique de The Noise Consort pauvre et convenue. Cela n’a pas marché. On a en revanche craqué complètement sur la beauté et la pureté d’un K-Conjog (notre morceau préféré ) et son piano virevoltant. On a fondu aussi pour la délicatesse assez similaire et ultra intelligente de CVD (un compositeur français de surcroît) qui avec son I Swam In Lakae livre, selon nous, le deuxième joyau de ce superbe disque. Ce n’est pas pour autant qu’on est resté insensible au formidable travail du turc Korhan Oraydin dont le morceau d’amour (pour sa femme), Made For Each Other, est sans conteste la pièce la plus inventive et innovante du lot. On s’était promis, comme à chaque fois, de ne pas parler de tout le monde (ce qui n’a pas grand sens, vous l’admettrez) mais l’enthousiasme nous a aveuglé l’espace d’un instant.

Explorer# 2 est un disque d’inconnus qui gagnent à ne pas le rester. Nul doute que si vous leur en donnez l’occasion, vos oreilles vous diront merci après ça.

Tracklist
01. Chamberlain – Arched Bay Window
02. Han – Shadow of Things
03. Noahs Heark – Sync
04. CVD – I Swam in Lakae
05. Korhan Oraydin – Made For Each Other
06. Ichion – Vague Essence
07. The Noise Consort – Chroma
08. K-Conjog – Pure Pare
09. Irène Drésel – Lutka
10. Frieder Nagel – Lythe
11. Masahiko Inui – Automaton
12. Shinra – Klonk
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