Vangelis (1943 – 2022) rejoint les étoiles

VangelisIl y a des musiques qui témoignent de nos vies et nous regardent grandir, telles des pylônes jalonnant les imaginaires collectifs. En bon fournisseur de rêves, Vangelis nous en a offert tant, sa musique nous renvoyant tout autant à la vision d’une Amérique des origines (1492 : Christophe Colomb) qu’à nos voyages hallucinés dans un Los Angeles cosmopolite, bleutée et futuriste (Blade Runner), tout autant qu’au spectacle de simples athlètes réalisant l’impossible (Les Charriots de feu). N’oublions pas le Lune de Fiel de Polanski, le Missing de Costa-Gavras et le délirant Alexandre d’Oliver Stone. Ça fait du beau monde.

Qui n’a pas déjà entendu du Vangelis ? C’est peut-être là la force d’un grand compositeur : traduire nos rêves, nos visions en réel. Accoucher des sons et des images allant avec, les premiers illustrant nos périples. Et de faire des petits. Car oui, même si Vangelis n’a pas de successeur (on tempèrera ce propos avec un Cliff Martinez tendant à s’inscrire dans sa lignée, mais de manière bien différente), la bande-son d’un film comme celle du chef-d’œuvre de Ridley Scott, probablement sa pièce-maîtresse, aura suffit à elle-seule (tout comme son esthétique) à éclabousser un nombre incalculable de compositeurs de films, séries, publicités, mais aussi de jeu vidéo et animés nippons. Quant au fédérateur et victorieux Chariots of Fire, on ne peut compter le nombre de fois où celui-ci fut entendu par la petite lucarne, lors d’évènements sportifs, entre les JO de Los Angeles de 1982 et ceux de Londres en 2012, de même que pour les matchs de la FIFA (dont il composa certains hymnes), accompagnant nos joies et nos peines, habillant nos émotions collectives face aux exploits athlétiques sur Stade 2. Et que dire de l’hymne galvanisant Conquest of The Paradise, avec ce style excessif, joliment pompier et enfantin (pas toujours très fin, dirons certaines mauvaises langues auxquelles nous donnerons quelques fois raison), sans lesquels Era, Hans Zimmer et Thomas Bergensen n’existeraient sans doute pas ? On a tous eu, à un moment ou l’autre, un Vangelis en bande-son de nos vies.

En à peine un an, on a dû citer en nos colonnes le bonhomme comme influence pop majeure du dernier album de Gaspard Augé, de la chanteuse Fishbach ou (bien évidemment, et cela ne date pas d’hier) de Jean-Michel Jarre. Et sans doute celle d’autres artistes que nous n’avons pas eu le temps de chroniquer. Presque autant que son homologue des synthés, le pape Giorgio Moroder : c’est dire son impact.

Evángelos Odysséas Papathanassíou, de son vrai nom, était né en 1943 en Grèce. Avec le temps, on a tendance à ne garder que de Vangelis les films, au détriment des œuvres hors des toiles. Non musicien de formation, autodidacte complet, il débuta sa carrière musicale au sein du groupe de jazz The Forminx dans les années 1960. Bloqué à Paris lors des évènements estudiantins de 1968, il fonde le groupe de rock psy Aphrodite’s Child avec ses acolytes de toujours Lucas Sideras et Demis Roussos, notre velu grec préféré, et dont on peut même percevoir la voix dans l’étonnant et sublime morceau Tales of Future (à retrouver un peu plus haut), ajoutant cette touche orientale et multi-ethnique à la bande-son du film de Scott. Touche-à-tout, Vangelis expérimenta tout autant la musique électronique dont son utilisation novatrice du synthé que la musiques classique ou ethnique.

Vangelis fut internationalement récompensé, aussi bien par l’Oscar de la Meilleure Musique pour Les Chariots de Feu que le Prix Carl Sagan pour son travail sur le documentaire Cosmos, le prix de musique de film Max Steiner, la Légion d’Honneur et son équivalent grecque l’Ordre du Phénix. Une carrière auréolée d’une trentaine de bande-sons et de plusieurs dizaines d’albums studio, mais discrète, loin de l’attitude conquérante de certains de ses morceaux iconiques. Vangelis continuait à officier pour des projets plus confidentiels, comme des documentaires sur l’épopée maritime du Commandant Cousteau, des opéras ou divers petits films au succès confidentiel, preuve de sa prolixité et de sa modestie.

Passionné par notre chère petite planète bleue tout comme l’espace l’environnant, sources d’inspiration dont en découlera les albums solo Earth,  Nocturne ou Juno To Jupiter, sorti il y a à peine un an, notre compositeur a eu la chance de voir une exoplanète baptisée à son nom en 1995 et de composer pour diverses missions de la NASA (l’Odyssée sur Mars en 2001, Junon Jupiter en 2011 et Rosetta en 2016), travail dont il sera, là encore, récompensé. Dans la préface à son roman 2001, L’Odyssée de l’espace, Arthur C. Clarke écrivait que pour chaque vie humaine, et cela depuis l’aube de l’humanité, un astre existait pour elle. Depuis quelques jours, il se murmure qu’une étoile brillerait un peu plus fortement que les autres, quelque part dans l’ombre de la porte de Tannhaüser.

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