Kid Loco honnête homme : un punk, un lover, un héros

Kid Loco par Dov AdjedjNotre précédente rencontre avec Kid Loco datait de la sortie de l’album The Rare Birds. L’album avait fini dans notre top de l’année 2019 et on avait alors interrogé Kid Loco sur son rapport au temps, notre titre de l’époque faisant une référence à la série Dr Who et à la race des Seigneurs du temps, série née en 1963, et qui s’appuie principalement sur la capacité du protagoniste principal à traverser les époques et les univers. Hasard ou pas, on le retrouve trois années plus tard, inchangé mais peut-être encore plus joueur et content d’être en vie, de retour d’une excursion temporelle dans les années 60, dont il ramène un Born In The 60s aussi bon que pétillant d’énergie. L’homme s’amuse de l’intérêt médiatique inattendu suscité par un album qu’il n’avait pas prémédité et qui le pose en expert d’une période qu’il a traversé en culottes courtes (il est né en 1964) et ici savamment reconstruite autour d’une vision rebelle, sonique et insoumise. Des Turtles au Pink Floyd, en passant par Elvis, Lee Hazlewood, The Temptations ou les Stones, ses années 60 sonnent belles, justes et crâneuses et nous renvoient à la beauté trouble du Last Night In Soho dont on parlait il y a peu. Elles portent un blouson de cuir et roulent à moto les cheveux au vent, picolent sec et fument encore bio. Entre deux plats italiens et un vin de Sicile, Kid Loco arbore ce dilettantisme irrésistible des perfectionnistes qui fait honneur au rock indépendant et à l’esprit punk des pionniers. Sa façon de s’en foutre nous concerne au plus haut point car elle respire la liberté et l’amour de l’art. Kid Loco nous apprend qu’il est aussi amoureux tout court. Ce « nouvel état » n’est pas sans conséquence sur la séduction et la sérénité qu’il dégage. La demoiselle est française mais a fait les beaux jours au chant d’un groupe anglais très très connu. La rencontre musicale des deux semble une évidence qui pourrait en exciter quelques uns des deux côté de la Manche. On garde le nom par coquetterie et parce que ce n’est pas le sujet cette fois-ci. Nous restons dans les années 60, l’endroit d’où les choses sont venues.    

J’étais à Marseille il y a peu en voiture. A l’entrée de la ville il y avait un grand panneau avec des affiches de concert. Waoh… j’ai regardé : tu avais le choix entre les faux Beatles, les faux Pink Floyd et deux ou trois groupes reformés. Il n’y avait que ça, rien d’autre.

Il y a un vrai créneau avec les reprises. Le retour des yéyés, stars 80. Maintenant que vous avez trouvé le filon, il faut faire un disque par décennie et c’est parti… 

Il y a hyper longtemps maintenant. Oui, assez longtemps, c’était au début de mon mariage avec ma femme Rachida ou peut-être même pour la séduire, j’avais fait pour elle un abécédaire du punk. Un groupe pour chaque lettre. 26 groupes. B pour Buzzcocks. S pour Sex Pistols…. et bien c’est ce que je vais faire. L’abécédaire, c’est quelque chose qui est impeccable pour les exigences marketing de maintenant où il faut sortir un truc nouveau tous les mois. Le Wedding Present avait fait ça il y a quelques décennies, un single par mois pendant toute une année et un album au bout. C’était assez précurseur.

Ils refont ça cette année d’ailleurs. En physique. Avec deux titres en vinyle. C’est un peu cher mais l’idée est bonne. 

C’est une niche, c’est sûr.

Certains comme Pere Ubu font des choses sur Patreon, des abonnements en direction de la communauté, à la manière d’un club fermé. C’est un nouveau modèle…

Nine Inch Nails avait initié ça : un coffret vinyle peint à la main que tu vends aux gens qui te connaissent. 1000 euros à la revente. Tu en fais 100, ça t’assure un revenu. Le marché de la musique ressemble à ça aujourd’hui : les disques ne vont que vers ceux qui te connaissent de toute façon. La notion de découverte est réduite à presque rien. Il y a un côté masturbatoire toutefois. Tu te refermes sur toi-même. Les réseaux sociaux t’encouragent à ça : éviter d’avoir des ennemis, te faire aimer uniquement des tiens. Je suppose que cela a un côté rassurant pour le public aussi. Si tu es fan de Pere Ubu à 16 ans, tu peux encore l’être à 50 et tu te sens appartenir à la famille. C’est une façon confortable d’être fan. Tu deviens un client et un proche à la fois.

Le concept de Born in the 60s est quand même bizarre. Les années 60 : vous ne ne les avez jamais entendues dans les années 60 ? Vous êtes trop jeune. C’est de l’arnaque… Je suis né dans les années 70 et par définition, je n’ai écouté de la musique que durant la décennie qui suit ! 

Si, je suis né en 1964… techniquement je peux avoir entendu ces morceaux sans m’en souvenir. Enfin ceux qui sont antérieurs à ma naissance bien sûr  ! Ok, vous avez raison. Quand je pense à une décennie, je pense d’abord à une pochette, à des images. En pensant 60s, je pensais à Born in the 60s mais aussi par association à born in The USA, Springsteen, un album avec de très belles chansons mais produites avec deux mains gauches, très dégueulasse style année 80. J’avais l’idée de faire une pochette avec un truc transparent avec les fesses d’une fille, nue, avec un plastique, avec un matériau comme si c’était un jean mais transparent. Je collectionne les photos olélé, et je m’étais dit que ça pouvait être pas mal… et en fait, on n’a pas fait ça du tout. Mais c’est mieux. La pochette et les visuels sont incroyables et déclinés dans un code que j’adore. Arnold Layne, je crois que je l’avais en tête…. Les Rubettes, je les avais vus à la télé. Je m’en souviens. J’avais douze, quatorze ans. Et après, je voulais jouer d’un instrument, batterie, guitare. Ma mère m’a dit : « ok mais tu prends des cours, tu fais ça sérieusement.« 

Tes parents écoutaient de la musique ? En 1974-75, c’était Johnny, Sylvie Vartan chez nous….

Oui de la variété. Mes parents n’avaient pas de disques, pas beaucoup. Ils n’écoutaient pas beaucoup de musique. Mais ma mère m’a acheté le double bleu et le double rouge des Beatles, Pink Floyd et Magma…. Magma… non….je n’ai pas pu. La voix, le kobaian, le son. A dix ans, c’était pas un cadeau. Pink Floyd, il y avait un autocollant Masters of Rock dessus et pourtant, j’écoutais du rockabilly à ce moment là, je n’y retrouvais pas la même chose. Ca n’est pas du rock. J’aimais pas trop. Par contre, les Beatles j’ai adoré. Je me suis mis à pleurer parce que j’ai su qu’ils étaient séparés à ce moment là et que ça n’existait plus. Mais c’était bon.

Scandale : Je n’ai écouté aucune des chansons que je reprends avant d’être né

C’est là que vous trouvez la musique intéressante ?

A peu près. MC5, c’est pareil, j’ai découvert très tôt, avant le punk, car à l’époque je faisais de l’athlétisme et quand tu partais pour des compétitions en bus, il y avait toujours un grand qui amenait de la musique. Il partait avec des disques et son magnéto portable. On fumait des cigarettes. Moi, j’étais le jeunot dans le car et je posais des questions, je voulais regarder les disques. MC5, le truc qui m’a séché c’est qu’à l’intérieur de la pochette, les types avaient comme un badge mais SUR LA PEAU. Je me disais : Waoh…, merde, c’est méchant. Dangereux. J’ai adoré ce disque là.

Vous reprenez les Stooges ici. Une version un peu à contre-pied, un peu douce. Pas forcément la plus connue d’un album qui est célèbre pour son énergie.

Je reprends les Stooges depuis longtemps. Je suis en mission. Pour les Stooges, j’ai un planning de reprises sur 100 ans. Je vais les reprendre comme Peter Hook avec Joy Division et New Order, sauf que je n’oublie pas que… je ne jouais pas dans les Stooges. J’ai déjà repris Search and Destroy, The Passenger et quelques autres. Mon rêve serait de faire un maxi « The Kid Loves the Stooges« . Quand j’ai fait The Rare Birds, j’ai fait quelques morceaux avec Olga Kouklaki. J’ai découvert que Kouklaki en grec signifiait Petite Poupée et ça a fait tilt. Petite Poupée. Little Doll. C’est une version qui a été enregistrée un peu plus tardivement que les autres, un peu dans l’esprit de The Rare Birds. Au début, je voulais la chanter moi-même, mais je n’y arrivais pas. J’avais fait une musique plus électro que pour le reste de l’album, parce qu’il fallait aussi que cela convienne à Olga. Le côté organique du reste n’aurait pas fonctionné. C’est pour ça qu’elle est un peu différente.

Vous parliez d’un plan de reprises ?

J’ai toujours fait des reprises. Et j’aime bien les plans. Mais pas vraiment. J’avais Arnold Layne commencée il y a quelques années, mais je n’étais pas allé très loin. Au milieu, il y a un solo de 16 mesures en sol.  J’avais une espèce de petit rythme, la basse et moi en train de chanter et j’avais au milieu ces 16 mesures de sol où il ne se passait rien. EEEEEhhhhhhhhhh…pendant 16 mesures EEEEHhhhhhhhhhhhhhh…….. Je savais pas quoi faire. Quand j’y ai repensé, je l’ai repris, je l’ai recommencé. Avec My Own Ghosts, Help Me, on avait commencé à travailler dessus parce qu’on voulait faire des reprises de blues avec plein de guitares. Je l’ai réarrangé pour que ça rentre dans le projet.

Le disque transpire le plaisir. C’est un disque joyeux, presque grivois parfois. Il y a une série de chansons très rock n’roll où les nanas ont pas forcément le meilleur rôle.

Vous avez raté deux textes qui ont été modifiés dans votre chronique qui est pas mal par ailleurs. Suspicious Minds et Back Street Girl, je les ai chantés. Je chante Back Street Boy… je prends le rôle du gars qui s’excuse. Même chose dans Suspicious Minds.

Help Me…?

Ça j’ai pas changé (rires). C’est pas si misogyne, si ? Quand j’ai enregistré le morceau, il se trouve que j’étais plutôt en situation sentimentale plutôt compliquée, en bisbille à la maison. Et on m’a dit : « tu vas pas chanter ça. » Pour moi, c’est comme une prière. Il lui dit qu’il peut faire la lessive, changer les draps, chercher l’argent, etc, qu’il peut faire tout ça, mais qu’il a besoin d’elle, qu’il a besoin de son aide. Pas pour ça justement, pour tout le reste. En le réécoutant, c’est du gospel, très pieux. Même si je ne suis pas religieux…

Qu’est-ce qui vous a amené à être aussi familier avec ce qu’on peut appeler les « musiques noires » ? Vous découvrez ça un peu plus tard non ? En tant que producteur ou DJ peut-être ?  

Dans les années 80, oui. J’ai un pote au Mans, Etienne Sauvage, en retraite maintenant, il était directeur d’école maternelle. Il était proche d’un groupe de là-bas, Nuclear Device. Un jour, on jouait avec les Brigades au Mans et j’étais avec Philippe Baïa et je lui dis : il est bien ce groupe, il faut qu’on fasse un disque avec eux. On fait les concerts. Je repère un gars qui kiffait comme ça, notamment sur mes bottes que j’avais fabriquées moi-même. J’étais comme un indien. C’était le godfather des jeunes de l’époque. Il m’a fait connaître le rock steady (on ne connaissait que les Specials), le jazz, le rythm n blues et de là, je suis venu à la soul. C’était un type un peu plus vieux. Ca sert…

Enfin il avoue : J’ai volé tous les disques des Stones à Euromarché ! 

Stones ou Beatles ? 

Je suis fan des deux.

Tu les découvres aussi après non ? Quand tu écoutes, ils n’existent plus musicalement. 

J’écoute des disques de punk en 1978, j’avais 14 ans. Mais entre 11 et 14 ans, je commence à écouter de la musique. J’achetais mes disques à Euromarché. C’est un immense supermarché à l’époque qui est représenté dans le film Le Grand Bazar des Charlots. Les disques étaient dans ce magasin, juste à côté des fringues. A Athis Mons. Il y avait juste une sortie de secours avec une porte de séparation en métal avec cinq centimètres de jour en bas, par laquelle on glissait les disques, dessous, comme ça, juste quelques centimètres. Et il y avait dès le début un disque qui s’appelait « l’âge d’or des Rolling Stones » en 17 ou 21 volumes. Et je les ai tous volés….un par un. Mon pote les récupérait derrière la porte.

Tu étais fringue aussi du coup à cette époque ? 

C’était horrible. Au début, quand j’étais punk, je me suis trouvé une chemise noire au centre commercial Bel Epine. C’est là que j’ai vu le premier Star Wars. Ca existe toujours. Ils ne l’ont pas bombardé encore. La seule chemise que j’avais trouvée, c’était chez un disquaire. Il n’y avait que des disques de Cerrone. Ca devait être sa mère qui tenait le magasin. Et ma chemise noire était brodée Love in C Minor Cerrone, donc je la mettais à l’envers pour pas que ça se voit. C’était interdit Cerrone quand tu es punk. Pareil pour les jeans. Les jeans serrés, c’est ma mère qui coupait des jeans pattes d’éléphant que j’achetais pour les resserrer mais elle était pas super forte en couture.

(Note : Kid Loco n’est en aucune façon responsable de l’insertion de cette vidéo dans le corps de l’interview)

Ils étaient aidants tes parents finalement ? 

Oui. Même encore aujourd’hui. Ils me supportent. J’ai été bien éduqué. Ma grand-mère était très catholique. Mon grand-père était un ouvrier qui est devenu petit chef. Catholique aussi. Mais j’ai reçu une belle éducation… catholique. Il y avait des principes valables et communs à toutes les sociétés : « ne pas faire chier les autres »… ce genre de choses. Je suis anti-clérical et j’étais assez remonté contre ça. J’ai réalisé plus tard que ce que je n’aimais pas c’était l’Eglise, et pas ceux qui la fréquentent.

Je suis pas mal intéressé par le vaudou. J’ai lu pas mal de choses assez marrantes sur tout ça. l’histoire aussi des extraterrestres qui, s’ils existaient, seraient forcément servis par une technologie hyper-développée et qui serait plus avancée que la nôtre. Evidemment, c’est n’importe quoi mais les développements sont incroyables. C’est intéressant quand les gens expriment leurs goûts, leurs passions. Ce qui intéressant, c’est le fait de considérer toutes ces théories farfelues comme non pas des manifestations de folie ou d’un danger à venir que comme une manifestation d’humanité. Je ne mets pas ça dans le même sac que des théories complotistes qui seraient construites pour nuire à d’autres. Mais les délires, ces fictions, ces croyances dingues, peuvent être aussi des trucs gentils. Tout ce qui peut me faire découvrir des choses m’intéresse. J’aime bien ce qui est surprenant et qui ne se répète pas. Ken Loach que j’adore, par exemple, je ne peux plus regarder parce que ça tourne en boucle. Je n’ai pas envie aujourd’hui de n’être confronté ou de n’aimer que ce que j’aime ou que je suis sensé aimer. Il faut aller ailleurs. Pareil en philosophie. Tu me fais lire n’importe quoi : Kant, Hegel. Je suis preneur.

C’est plutôt rare ça aujourd’hui… revendiquer une culture sans barrière… Pas rare en soi mais le mettre en pratique… 

Non, j’ai pas mal de gens autour de moi qui ont cette démarche. Mes filles notamment. Il faut mettre à l’épreuve les pensées. J’ai lu un truc bien récemment : pour un marxisme sociologique. Il s’agit de prendre ce qu’il y a de meilleur dans les théories quelles qu’elles soient et de voir ce que tu peux réutiliser pour te faire ton idée. Le problème qu’il y a derrière cela, c’est quand même l’intelligence, le travail qu’il y a à faire derrière les opinions et qui te permet ensuite de vivre avec les gens et de t’accorder. Si tu ne peux pas faire ce travail de confrontation avec d’autres pensées, la moindre chose te met en colère et tu ne supportes rien du tout qui n’est pas ce que tu penses toi-même. Il faut se garder d’être trop cartésien, car tu risques à un moment de ne pas tolérer le pas de côté, de ne pas supporter une insulte ou quoi que ce soit d’un peu différent.

On associe souvent le punk à la colère justement.

Ce n’est pas forcément la même colère. Celle des réseaux sociaux. Celle du punk. Celle qui est interdite dans les médias. Une insulte ne relève pas de la pensée. C’est un signe de colère. Si c’est pour terminer avec la colère du punk à chiens… Ce n’est même plus de la colère. C’est un clown qui n’a envie de rien faire et qui est inutile. La haine ne vaut rien. La colère est une énergie. Elle te donne la force de survivre. Pour moi, la quintessence de la vie c’est les Sex Pistols : Je ne sais pas ce que je veux mais je sais comment l’obtenir. C’est un truc de gamins. Submission. I wanna Be Me. I wanna be Myself….Ce sont les deux chansons que je pourrais reprendre.

Est-ce qu’il y a des morceaux que vous n’avez pas repris et que vous auriez aimé intégrer au disque ? 

Un certain nombre. Il faut que je puisse les chanter. Ca en élimine quelques uns. J’ai essayé Death of A Clown, des Kinks. Mais je n’y arrivais pas. Pareil pour les Who. Leur musique est un tel cataclysme. Ce sont quatre tarés, le chant, la batterie. C’est impossible à refaire. Je démarre souvent par les voix. Je chante et après j’essaie de faire la musique. The Kids Are Alright. Ouais, je vais ajouter cette chanson des Who en bonus track car celle je pense que ce serait possible, oui.

Comment vous avez relié les travaux qui avaient pu être faits parfois à plusieurs années d’écart ?

J’ai tout repris, tout ré-enregistré.

Vous échappez toutefois à l’exercice de style. Ca ne sonne pas chiqué, comme d’autres exercices de reprises. Votre disque ne sent pas l’effort, ni le truc préparé. 

Exactement, c’est joué et pas repris. Généralement, chaque morceau a été enregistré en une journée. On a pu ajouter une chose ou deux après mais l’idée est bien de se mettre au service du morceau. J’ai découvert cette approche en faisant des travaux pour des bibliothèques musicales. J’ai adoré parce que c’est un exercice de style… Je suis payé pour ça. Je l’ai été disons parce que j’ai un peu sabordé le truc au bout d’un moment. Mais c’est un travail d’humilité. Tu ne reprends pas pour voler la gloire du morceau et te mettre à la place de, mais pour servir le morceau.

Quelle différence vous faites entre travail de reprise et un travail de remix ? 

C’est pareil. Tu pars du principe qu’il y a un morceau qui existe. Le remix tu utilises les pistes existantes. La reprise, tu dois interpréter le morceau existant. Il y a un peu plus de boulot. C’est quand même plus confortable que d’écrire toi même. Déjà quand il faut que j’écrive mes textes… Enfin… Et en plus quand tu fais des reprises de My Girl, tu n’as pas à te demander si le morceau est… bien…

Scoop : J’aime Brando mais je portais une chemise noire brodée de Cerrone ! 

C’est quoi une mauvaise reprise d’un très bon morceau ? 

Ca dépend des goûts de chacun. Il y a des repreneurs talentueux et d’autres qui ne le sont pas. Il y a des gens qui sont de mauvais travailleurs et de mauvais artistes. On m’a parlé d’un album de reprises débiles de chansons du Velvet Underground par une artiste française qui était accompagnée par des musiciens de studio français qui ne ressemblaient à rien, comme si on pouvait chanter comme ça et faire semblant d’être Nico et je ne sais qui. On ne peut pas dire pour autant : « pas touche à cette chanson », parce que ça n’aurait pas de sens. C’est à chacun de voir où il doit s’arrêter. Je n’ai pas repris Bowie. Pin-Ups de Bowie. Bowie ? Tu as déjà essayé de chanter Bowie. Ce n’est pas possible.

Tu ne fais aucune reprise de trucs en français. Tu as écouté des choses en Français ? 

Non. Le rock, la soul, ça n’est pas français. J’ai écouté et j’écoute des choses très bien mais je trouve toujours ça bizarre pour moi. Tu vois du flamenco en allemand ?

Non. 

J’en suis là. Il faut que je travaille sur moi encore.

Les tournées ? 

Rien. Enfin je ne crois pas. Je préfère de beaucoup le travail en studio, même si une fois que je suis sur scène, c’est bien et ça procure du plaisir. J’ai vu au 104 une chanteuse israélienne qui vit à Paris, Lior Shoov, et c’était un spectacle incroyable. Elle joue en occupant la scène, des morceaux, des sketches. Un ukulele, des dauphins en plastique. J’ai aussi vu Cheval Fou à la Boule Noire. C’était d’enfer.

Ça donne envie ? 

Ça implique de se lever tôt pour faire la balance… En ce moment, je suis amoureux et je n’ai pas le temps de tourner… Avec le covid, il n’y a pas une immense pression là-dessus et cela me va bien.

Je me suis laissé dire que tu allais un peu plus souvent à Londres. Ton amie et toi n’avez pas encore fait de musique ensemble ? 

Euh… pas encore. Ma copine adore nager. On aime bien le personnage d’Ondine. Et on a déjà un nom de groupe : Klondine. Kid Loco + Ondine = Klondine.

C’est un début…  Sur cet album, on sent chez toi la figure du séducteur à la Brando. Cuir, le mec un peu rock. Tu avais déjà les motos, etc. The Wild One. 

J’aime bien le côté lover oui. Ce sont des codes de tribu, des identifiants. Je préfère voir des trucs de bikers plutôt qu’un gars qui a des foutus tatouages maoris pour aller en slip aux Baléares. Un truc de guignol sur une plage pour boire une Piña Colada.

Est-ce que la dangerosité, c’est autorisé ? C’est ça aussi le thème du disque non ? Je veux pas faire Zemmour, mais est-ce qu’il existe encore ce gars-là ? 

Avec mon épouse Rachida qui est décédée aujourd’hui, on adorait Brando. On avait une carte postale achetée sur les quais qu’on avait mise dans la salle à manger. J’avais beau mettre des tee-shirts, on avait pas le même physique. Mais c’était ça. Brando, elle me disait. C’était Tennessee Williams, quand il se faisait fouetter. C’était viril mais en même temps 2000% gay. Quand on parle masculinité, il faut aussi penser à ça. Ca n’existe pas plus aujourd’hui qu’hier.

Projets ? 

Je commence un nouvel album. J’ai fait un truc avec des moines. J’ai la chance d’avoir le label indépendant Wagram qui me soutient dans mes initiatives. On a repris mon catalogue. Les disques sont bien distribués. Je suis content de cet aspect des choses. Pour le nouvel album, je commence comme d’habitude seul et j’ai quelques noms en tête.

Est-ce que vous avez des jalons ? des objectifs de calendrier ? 

Bien sûr. Oui et non. J’y pense et puis j’oublie (rires). Je mène ma vie. Ma fille a accouché il y a peu. J’ai un groupe… avec ma petite fille qui fait du piano, quand je vais la rechercher pour prendre le goûter. On danse. J’ai eu trois enfants avant trente ans. Je suis grand-père. J’ai fait pas mal de choses. Mon premier album a cartonné « dans le monde entier » comme on dit. Je suis amoureux. Du coup, je n’ai pas spécialement de stress. Pas pour la musique. Entre le jour où j’étais au chômage, seul avec trois enfants, et celui où je suis devenu Kid Loco à Belleville et DJ autour du monde, mon mode de vie n’a pas tellement changé. Ca ne m’intéresse pas.

J’ai lu une interview du chanteur de Coldplay qui disait : « tous les soirs de cinq à sept je suis angoissé ». Ca m’a fait marrer. Il faut arrêter… Je ne vais pas dire que la vie est belle mais la vie est belle.

Vous travaillez sur une autobiographie ? 

J’ai commencé un truc. Une biographie mythomane et porno. Il n’y a que du sexe dedans. Comme les Mémoires d’un Vieux Con de Topor. Ma propre vie, j’ai un peu oublié… mais pas tout. Je suis ouvert à ça.

Photo : Kid Loco par © Dov Adjedj

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