Pour dire la chose : on ne s’attendait pas à une telle claque. Cela faisait un moment qu’on avait à l’œil le talentueux musicien Belge depuis un premier album classique mais précieux, qui, à force d’écoutes, avait su imposer ses charmes. Annoncé il y a peu, le successeur de ce premier essai signé Kris Dane a désormais un nom, U.N.S.U.I. Clouds & Water = Body & soul, bien compliqué et mystérieux (à moins qu’on ait raté quelque chose), mais surtout un premier morceau accompagné d’une vidéo, Shades.
Et c’est de cette seule révélation dont il s’agit ici. Pièce, plus que morceau ou chanson, Shades se déploie sur plus de seize minutes, avec une grâce et une poésie qu’on n’avait pas croisées depuis…. depuis très très longtemps. Sophia peut-être avec lequel Dane a tourné l’an dernier ? Sufjan Stevens dans son plus simple appareil et avec une voix plus grave ? Malcolm Middleton pacsé avec John Martyn, en barde saxo-belge ? Le folk de Kris Dane ressort de cette expérience en studio, présentée comme spontanée mais accompagnée par des musiciens redoutables, avec une dimension insoupçonnée. La distance parcourue semble immense : densité, maîtrise, beauté des arrangements.
Sublimée par des images magnifiques, à l’exotisme îlien, la musique de Dane est tout simplement à tomber, précise, complexe et en même temps qui porte directement au cœur et à l’âme. La voix du bonhomme est chargée de sensualité et de gravité, voix de crooner épuisé et charmant à la fois. On ne sait pas ce qui peut suivre un tel morceau, ni s’il est humainement possible de penser que le reste soit à l’avenant. Si l’album qui sortira en juin réussit à maintenir ce niveau sur quelques titres, il faudra à n’en pas douter qu’on fasse de la place à Dane sur les podiums de fin d’année, et plutôt dans les hauteurs. En attendant, on pourra reparcourir ce quart d’heure divin à l’envie car il n’y a pas eu grand chose de mieux dans le genre cette année.