L’invitation au voyage : Motorama à petits pas…

Motorama par Alexey Trineev
Motorama par Alexey Trineev

Les néo-snobs et nouveaux filousophes nous vendront bientôt le voyage immobile comme ils nous vantaient hier les mérites des tours du monde et des escapades cosmopolites. Pour beaucoup, faute de moyens ou d’envie, il n’a jamais été question que d’avoir les yeux ouverts où qu’ils se posent, au près ou à l’intérieur de nous-même. La crise actuelle n’a restreint aucun horizon, aucune perspective. Avec ce nouvel album, Before The Road, Motorama regarde plus du côté de Pessoa que de Sylvain Tesson, pour envisager une translation émouvante qui lorgne vers l’horizon du rêve de son créateur et maître, Vlad Parshin.

Désormais sur son propre label, I’m Home Records, Motorama y fait ce qu’il fait depuis ses débuts : l’une des musiques les plus reconnaissables, intelligentes, merveilleuses du monde, une musique qui ressemble à une eau vive, sans colorants, ni principes ajoutés. Ceux qui n’ont rien compris (et ils sont de plus en plus nombreux maintenant que l’effet de mode est passé) penseront que le groupe fait du surplace depuis trois ou quatre albums, alors qu’il n’avait jamais prévu, ni promis d’avancer, juste d’élargir le sillon avec une délicatesse infinie, de le tracer et retracer sans fin, le souligner et caresser comme s’il était tout ce qu’il restait du monde connu. Before the Road est aussi peu spectaculaire qu’il est précieux et rare. Il n’est ni moins ni plus important que tout le reste mais d’une justesse et d’une beauté qui éblouissent sur chaque note. 

English version below.

Ce nouveau disque sort dans un contexte qui reste étrange et particulier. Où êtes-vous en ce moment et quelle est la situation ?

Nous sommes à la maison à Rostov sur le Don, Russie. On a traversé un confinement assez rude il y a un mois, mais les choses sont un peu meilleures maintenant. Irène et moi vivons à la campagne, dans une petite maison où nous enregistrons et répétons tranquillement.

On parle assez peu de la situation en Russie ici. Comment est-ce que ça se passe ?

Cela s’est passé de la même manière que partout ailleurs. Ce n’était pas aussi sévère qu’en Chine ou qu’aux Etats-Unis mais il y a eu une vraie crise et une situation vraiment extraordinaire. Les choses s’améliorent peu à peu et on peut espérer que cela va continuer dans les prochains mois.

Comment avez-vous vécu ces 10 ou 12 derniers mois ? Vous avez beaucoup tourné ces dix dernières années. Votre vie avec le groupe a dû être chamboulée.

On a eu la chance de pouvoir faire quelques concerts début 2020. On a joué au Mexique, en Russie, au Royaume-Uni, la France, les pays baltes. Évidemment quand la crise a démarré, cela a été un changement spectaculaire. C’est devenu différent, très dur, spécialement pour les personnes âgées, les personnes qui travaillent dans les hôpitaux et tous ceux qui ont perdu leur boulot, ceux qui ont été dans les hôpitaux, maladies. Pour la plupart des Russes, de toute évidence, rien n’était plus comme avant.

Est-ce que la crise a changé votre routine artistique. Si l’on met de côté les tournées, je suppose que vous devez passer pas mal de temps seul à jouer de la musique en temps normal..

Oui, nous n’avons pas été tellement touches quand il s’agit d’écrire des morceaux et de les enregistrer. Je travaille principalement à la maison et j’enregistre tout ici, avec le peu de matériel que j’ai sous la main.

Le disque a été enregistré justement entre juillet 2020 et Janvier de cette année. Est-ce que le disque a été différent parce qu’il est issu de cette période. Many Nights a trois ans maintenant et on est donc sur votre rythme naturel.

La plupart des chansons ont été écrites avant la pandémie. Principalement en 2019 mais il m’a fallu un certain temps pour les enregistrer pendant le confinement et tout ça. En même temps, j’ai aussi été occupé pas mal par mes autres groupes Leto V Gorode et Utro. On a sorti de nouvelles chansons et j’ai pensé pas mal à ce que seraient les nouveaux albums pour ces projets.

Chez vous, j’essaie toujours de traquer “ce qui change” d’un disque sur l’autre et je n’y arrive pas très souvent. Vous avez une voix particulière, une musique immédiatement identifiable depuis Alps. On vous reconnaît toujours, un peu comme quand on identifie The Cure au bout de cinq ou six secondes.

J’aime les artistes qui ont un style propre, qui font leur propre truc. Et je suis très content lorsque les gens dissent qu’ils reconnaissent notre musique et la distinguent immédiatement des autres. Je prends ça comme un vrai compliment.

Les gens, et particulièrement les critiques, aiment souligner l’évolution des groupes, les révolutions quand ils suivent un artiste comme si c’était la seule voie possible. Il n’y a jamais de révolution chez Motorama. Juste un changement d’atmosphère parfois, une tonalité qui frémit, un changement d’éclairage…

Nous sommes un groupe qui avance lentement, sans passer d’un genre à l’autre. On est assez imperméables aux tendances, sauf peut-être aux changements technologiques de temps à autre, mais nos fondamentaux, que sont les mélodies, les thèmes abordés dans nos paroles, ne connaissent pas le changement.

Before the road parle du voyage, de bouger, de prendre la mer. Cela démarre à Moscou avec The Tower puis on emprunte une rivière. C’est comme un livre de Conrad. On part au Nord et on grimpe, on grimpe jusqu’au ciel. Etait-ce paradoxal de chanter sur le voyage quand dans le monde plus personne n’était autorisé à quitter l’endroit où il se trouvait ?

Non pas tant que ça. On peut voyager sans se déplacer physiquement. Je ne parle pas d’alcool ou de drogues. Je lis, je regarde des films, j’écoute de la musique, je marche dans mon quartier, je parle avec mes proches, mes amis. Je rêve aussi.

Au fil du disque, on a l’impression que ce qui semble d’abord la description d’un voyage véritable se change en une sorte de quête, d’aventure métaphysique. On est d’abord entouré par les éléments naturels, puis le cosmos (sur Up). Cela en devient presque mystique, n’est-ce pas ?

Le mysticisme et la métaphysique m’intéressent. Je dois admettre que les nouvelles chansons ne sont pas des chansons qui parlent de la nature. Pas beaucoup en tout cas. La première chanson, par exemple, The Tower, parle de l’immeuble Kotelnicheskya Embankment, qui est un bâtiment moscovite. Un couple grimpe tout en haut de cette tour pour admirer de là-bas la formidable architecture du lieu ainsi que la vue imprenable sur la ville. Azure Heights parle de Nikolai Fedorov, un philosophe russe orthodoxe et cosmologue dont l’idée fixe était d’explorer nos existences futures, l’immortalité et la résurrection des morts. Voyage parle de séparation et d’attente. Et oui, il y a aussi en même temps des chansons qui cause de la mystique attachée à la nature, à l’espace, à ce qui fait le caractère sacré de la vie en général.

Est-ce que vous diriez que cet album est ce que vous avez écrit qui se rapporte le plus à de la musique sacrée ?

Je préférerais attendre que quelqu’un me parle de ça plutôt que l’avouer moi-même.

En voyageant, on voit mieux la réalité, cela élargit notre façon de voir les choses. Mais cela a tendance à rendre les choses plus insignifiantes, à encourager le relativisme. On ressent parfois dans votre musique cette volonté de fuir ce qui est humain, de se dégager des contingences. Considérer le monde d’une façon poétique vous permet de vous en détacher, n’est-ce pas ?

Vous avez raison. Je suis heureux si quelqu’un peut imaginer qu’il voyage sans entreprendre un voyage véritable, juste en écoutant de la musique, la mienne par exemple, en regardant des tableaux ou un film de cinéma. Ou si cette même personne peut pour un temps sortir de sa zone de confort, de sa routine. C’est ce qui m’arrive à moi lorsque j’écoute un disque de The Chameleons, le groupe post-punk, de la musique traditionnelle russe ou de la musique folklorique chinoise ou encore de l’électro française : c’est comme une petite téléportation.

C’est sûrement une erreur d’analyser vos chansons avec autant de minutie ainsi. Ce qui est intéressant avec Motorama c’est que depuis vos débuts, vos chansons sonnent aussi fraîches et instinctives. Comme est-ce que vous faites pour garder cette énergie dans l’approche, comme si chaque chanson était un peu la première et aussi la dernière…?

Moi aussi, de temps en temps, j’analyse les chansons des autres groupes comme vous le faites avec les miennes. Quant à garder la fraîcheur, hé bien, tous les matins je bois un thé spécial, fait avec des racines, des coquillages, des champignons et de la neige fondue. Ça doit être ça le secret. Non, sérieusement, je ne sais pas. C’est peut-être vous qui pensez cela car je connais aussi des gens qui nous écoutent et qui voudraient qu’on se mette à faire de l’électro radicale avec du saxo et un chanteur d’opéra. Ils en ont marre de Motorama qui ramène toujours sa vieille batterie et ses sempiternelles guitares !

Comment vous avez travaillé sur ces chansons ? Elles viennent d’où ?

Une partie a été écrite sur la route, par exemple, Up, Voyage et Little Mystery, en avion, dans le bus de tournée, ou à l’hôtel. Je fais des notes audio sur mon téléphone, et parfois j’utilise des applications qui proposent une instrumentation rapide et simple pour me souvenir des progressions de cordes. Mais la plupart des titres ont été développés chez moi à Rostov sur le Don devant mon portastudio ou mon ordi. Je travaille le plus souvent avec une guitare électrique et un micro.

Avec cet album, vous initiez votre propre label, I’m Home Records. C’est un nom programmatique. Vous n’étiez plus chez vous sur Talitres ? Etait-ce un moyen de retrouver une sorte de liberté ?

J’ai décidé de monter le label à la fin de l’année 2019 quand on est rentrés de tournée. C’est pour moi un nom très simple, empli de tendresse et qui donne un sentiment de confort. Ce mot « home ». Ce retour de tournée n’a pas été pour rien dans ma décision. Et oui, à ce moment-là, j’avais besoin de ressentir cette liberté que nous permet la mise en place du label.

Certains pensent que cet âge des labels est terminé dans le rock indé. Il y aura le monde mainstream avec des majors et puis une kyrielle de communautés structures autour d’un groupe et de ses fans acheteurs. Vous souscrivez à cette vision.

Malheureusement, je n’en sais rien du tout. J’espère juste que la bonne musique pourra toujours parvenir chez ceux qui la cherchent, qu’elle passe par un label ou pas.

Est-ce qu’il y aura une édition physique du disque ?

Je ne sais pas. Peut-être est-ce qu’on sortira un vinyle en édition limitée un peu plus tard. Mais la façon dont on écoute aujourd’hui la musique a changé.

 Encore un petit mot sur le disque. Il s’appelle Before the Road. Pourquoi est-ce “avant la route” et pas “sur la route” ? Parce qu’il y avait Kerouac, c’est ça ? A ce propos, est-ce que vous lisez beaucoup de livres de voyages ? Quels sont vos préférés ?

Le nom est le premier vers la chanson Today And Everyday. Je pensais que cette chanson ferait partie de l’album mais au final, je ne l’ai conservée que comme single isolé. Le nom de l’album se veut rassembleur, c’est une image. On peut jouer avec et lui donner plusieurs sens, autour de ce même thème qui est de se préparer à un voyage. Oui, j’adore lire des journaux de voyages, des histoires de ce type, celles qui causent de personne qui viennent de la campagne ou de la grande ville et qui partent dans la nature, des histoires de gens qui appartiennent aux classes sociales défavorisées et qui se retrouvent dans des conditions éprouvantes et extrêmes. J’aime aussi tout ce qui relève de l’anticipation, de l’idée qu’on se fait du futur. En fait, j’aime bien les écrivains qui parlent d’un « grand dessein », qui entretiennent un « grand rêve », la beauté, la foi, l’espoir. Nombre de ces écrivains sont du XIXème siècle, un certain nombre d’URSS : Vasily Shukshin, Leonid Leonov, Aleksandr Prokhanov, Andrey Platonov, et d’autres plus contemporains comme Mikhail Tarkovsky, Roman Senchin. J’aime aussi les poésies de Alexander Pouchkine, Sergey Esenin, Aleksandr Blok, Daniil Andreev et bien d’autres. Ils ne sont pas tous Russes, rassurez vous.

On vous voit de France comme un groupe assez intellectual. Vous lisez beaucoup non ? Comment occupez vous votre temps libre ? Vous faites du sport, d’autres trucs ?

J’aime aussi faire de la musique, jouer de différents instruments. Là, par exemple, je me suis acheté un gusli, qui est un vieil instrument folklorique, qui, pour moi, sonne un peu comme le mélange d’un son de cordes et de cloches ou de clochettes. Je suis aussi en train de m’exercer sur l’utilisation de boucles. A titre personnel, j’adore la musique méditative qui fonctionne sur les répétitions et il y a pas mal de nouvelles technologies pour organiser ces boucles, des techniques qui permettent de faire courir ces boucles sur plusieurs titres. De cette façon, on peut faire par exemple six chansons en une seule opération en touchant un simple écran, qui est contrôlé par un unique musicien. C’est assez dingue. Quand je ne m’amuse pas avec ces boucles ou que je ne joue pas de gusli, je passe du temps en famille, avec ma femme et mon fils.

Le disque est assez contemplatif. Pole Star est le titre le plus dynamique. Dans l’ensemble, on peut dire que le mouvement du disque colle à celui de notre époque : un peu flou, rêveur et en même temps mélancolique. Est-ce que vous pensez que le disque fait écho aux temps présents ?

Je ne sais pas. Je n’aime pas trop l’idée que mes chansons soient en phase avec l’époque que nous vivons.

Vous avez quelques concerts de prévu en 2021. Vous avez hâte de reprendre la route ?

Oui, mais ça dépendra évidemment de l’évolution de la pandémie.

Je ne vous ai pas demandé : quel genre de voyageur vous êtes ? Vous voyagez par la pensée, vous randonnez ? Ou est-ce que vous êtes parti en vacances par exemple ?

Vous allez être déçu mais je ne suis pas du tout un voyageur. Je suis casanier au possible. La plupart du temps, je produis de l’énergie… à la maison.

Quelle est votre chanson préférée sur ce disque ?

Je répondrai à cette question un peu plus tard si vous voulez bien. J’ai besoin de temps pour me détacher et récupérer du processus d’enregistrement. Cela me rend sourd. Pour le moment.

Que peut-on vous souhaiter pour les trois prochains mois ?

Je suis désolé mais je n’accepte pas les bons vœux qui se limitent à quelques mois. Mais vous pouvez me souhaiter le meilleur pour les trois cents prochaines années !

Motorama par Alexey Trineev

Motorama par Alexey Trineev

Trendy people, now that they are trapped in their prison country, will soon tell us about the virtues of “le voyage immobile” with the same stupid abnegation they’ve used for decades to praise cosmopolitan tourism and mass strolling. They have always ignored and long forgotten travelling has never been a question of money and international gleaning from plane to plane. 

Motorama’s new album, Before The Road,  provides us with a fantastic lesson about what travelling should be and how deep you can get without moving an inch. The album is a fascinating movement within a space and time territory they’ve long begun to explore through their work. As more and more people (awfully tired, now the hype has passed) consider Motorama is always doing the same Lp, the band answers with a remarkable apology of dynamic standstill music. Before the Road is a wonderful travelogue into one’s mind vision, through landscapes and times, through emotions and real cities.  There is some (Russian) poetry here as vivid, abstract and beautiful as a Tarkovski movie or Puchkin’s Journey to Arzrum.  

The new LP is out in a still strange and special context. Where are you at the moment and what is your situation where you are? Lockdown, unlocked-down, living conditions? Are you in a town or the country?

We are at home in Rostov-on-Don, Russia. We had a hard lockdown a month ago, but now it’s slightly better. Me and Irene, we are living almost in the countryside, in a small house, where we record and rehearse.

We haven’t been told much about this crisis in Russia. What’s the situation?

It was almost the same as everywhere, maybe not that hard as the USA or China, but still, it was a real crisis and extraordinary situation. Now it’s getting better, we hope for the best for the next months.

How did you get through those last 10 or 12 months? You were used to touring a lot for the last 10 years. Life must have been quite different for you and the band? Was it “ok” (as ok can be) for you?

We were lucky to play several concerts at the beginning of 2020; we’ve played in Mexico, Russia, UK, France, and Baltic countries. But when the pandemic happened, life has changed. It became very different, especially hard for older people, hospital workers, and those who lost their jobs, for those who had to suffer in clinics. Obviously, for most Russians, it wasn’t normal.

Has covid19 changed your personal artistic routine a lot? I mean aside from touring business, I guess you are used to write alone a bit, then, I don’t know, rehearse or practicing with the band.

We were not affected in terms of songwriting and recording. I record almost everything alone at home with the small amount of portable gear.

The Lp was recorded from july 2020 to January. Do you think it could have been a different LP without covid ? Many Nights was something like 3 years ago so I guess we are close to your natural rhythm! 

Most of the songs were written before the pandemic, mostly in 2019, but it took some time to record them during COVID situation. At the same time, I was busy with other bands Leto V Gorode and Utro, we have released some new songs, and I’m thinking about the new albums for these projects.

I always try to find “what’s new in your music from one LP to another” and never quite manage to find what has changed or not. Motorama has found a particular voice since Alps which make your work easily recognizable. That’s remarkable but we can identify you as easily as we recognize a Cure song among a million within 10 seconds.

I like artists with their own styles and concepts, I’m glad that someone can recognize our songs from others. That’s a compliment for sure.

People, I mean mostly reviewers, like talking about evolutions and revolutions when following a band as if it was some kind of a thing to do. There is no revolution with Motorama. Just a change of mood, color or a kind of light punctuation. Like impressionism, you move with little paint-touches alteration. Like a landscape or change of season. There is no violence in the way you evolve. Have you got the sensation to move from point A to point B from album to album ?

Our way is to move slowly, without jumping from genre to genre. We are not affected by tendencies that much, maybe only by technological updates, but our fundamental parts, like melodies and lyrical themes, remain the same.

Before The Road is a LP which talks about travelling, moving, taking the sea. We start in Moscow with The Tower then we take the river. It is like a Joseph Conrad book. You go up North than up up up to the sky. Was it paradoxical to sing about travelling in a world where you couldn’t move from your place ?

No, it wasn’t. It’s possible to travel without physical travel. It’s not about alcohol or drugs. I’m reading, watching movies, listening to music, walking around the place, talking with my relatives and friends, dreaming.

As the LP goes, we have the impression that what starts with a real travel becomes like a sacred quest or a metaphysical one. We are surrounded by nature, then cosmos (on Up). It is your way to talk about mystical things ?

As for mysticism and metaphysics – I’m interested in it. I should say that the new songs are not often about nature. For example, the first song, The Tower, is about Kotelnicheskya Embankment Building in Moscow and a couple who is climbing to the top of it to see this outstanding architectural project and the view of the city. Azure Heights is about Nikolai Fedorov, a Russian orthodox philosopher and a cosmist who was exploring the idea of the future existence, immortality, and resurrection of the dead. Voyage is about parting and longing. And at the same time there are songs about the mystic of nature, time, space and sacred life in general.

Would you say this LP is the closest you’ve got to writing sacred music ?

I’d rather wait for someone to tell me.

Through travelling, we see reality better but it also enlarges our vision of things. It makes humane activity feeling a bit smaller in itself, insignificant. I sometime feel your music is a way to escape from manly considerations, to reach some kind of poetic way to consider the world. Am I wrong ?

You’re right. I’m happy if someone can imagine a journey without a real “journey” with the help of music, literature, paintings or cinema. Or at least to think about leaving the routine zone. For example, when I’m listening to the post-punk band like The Chameleons for example or a traditional Russian or Chinese Folk Music, or French electronic songs, with the help of these music, I make a short teleportation.

It is always stupid to try to analyze your songs in such a way, isn’t it ? What’s interesting with Motorama’s music since the beginning is it always sound fresh and instinctive? How do you manage to keep it like this, like it was the first song you write? and the last…

From time to time I analyze some songs from other bands the same way as you do. As for the freshness – every morning I drink a special tea made of roots, seashells, mushrooms, and melted snow. I suppose that’s the clue. Actually, I don’t know; maybe it’s your own point of view, I know some listeners who wants us to play hard techno with saxophone and an opera singer, they are bored of the same old drums and guitars.

Can you tell us about the way you’ve worked on those songs ? Where do they come from ? Is it about you (re)imagining your travelling days ?

Some songs were written on the road, for example, Up, Voyage and Little Mystery, on the plane, tour bus, and the hotel rooms. I use phone for audio notes and, sometimes, simple instrument apps to record the chord progressions. But most of the material was made at home in Rostov-on-Don in front of a portastudio or a laptop, with a microphone and an electric guitar.

We need to say a word about label. You’ve set an imprint for this one : I’m Home Records. It is a programmatic name for a label. Were you not at home anylonger on Talitres ? Was it a way to recover some freedom of some sort ?

The label was made at the end of 2019 when we came back from the tour, it was a simple name with tenderness and coziness of the word «home». This «come back from tour» influenced me. At the same time, we received some sort of new freedom.

People think small labels will not have a place in the future of indie music anymore. There will be a mainstream market on one side and a “communauty” label world where each significant band will have its own group of fans and buyers. Do you think it is a solid vision of our future ?

Unfortunately, I have no idea. I still hope that good music will find the listener with or without a label.

Fans are wondering whether there will be a physical release of the new LP. Can you tell us about your plans for I’m Home Records ?

I don’t know. Maybe we will make a limited vinyl edition but later. The way we listen to music has changed.

Let’s talk about the new LP again. Before the Road. Why is it before and not… “on the road” ? Because of Kerouac ? do you read a lot of travel diaries or voyage narratives ? have you got favorite ones ?

The name is from the first verse from the song Today and Everyday. I thought that this song was going to be a part of the album, but in the end, I decided to leave it as a single. The name of the album is a collective, figurative image. You can play with it and imagine different meanings around the same theme of preparing for a journey. And yes, I enjoy reading travel diaries and stories, those who write about people living in the countryside or big cities, about nature, working-class people in extreme situations, about cosmic futuristic ideas. I’m interested in writers who talk about «a great dream», the beauty, faith and hope. Some of those writers were from the 19th century, some of them were from the Soviet Union: Vasily Shukshin, Leonid Leonov, Aleksandr Prokhanov, Andrey Platonov, and also some modern writers: Mikhail Tarkovsky, Roman Senchin. And I love the poems by Alexander Pushkin, Sergey Esenin, Aleksandr Blok, Daniil Andreev, and many many others, not only Russians.

We always tend to see you here in France like an intellectual band. Are you a book worm of some sort ? Do you read much ? What do you in your spare time ? Sports ? or whatever ?

I really do like playing musical instruments, for example I’ve just bought a gusli, an old folk instrument, it has a very special sound, for me it’s like a mix of string sound and the bells or chimes. Also I’m learning how to use loopers, personally I adore meditative music with the repetitive parts and there are some new looping technologies that makes it possible to loop the patterns in several tracks, so you can make a 6 track song on once device with the touch screen, controlled by one musician, just amazing. When I’m not looping or playing gusli, I spend my time with my family, wife and so

It is a kind of contemplative LP. Pole Star is maybe the most uptempo track here. It perfectly suits the world we live in : a bit elusive and melancholic as it should be. Does it echo with the mood of our times ?

I don’t know. I’d rather not measure the mood of the times with these songs.

You’ve planned a few gigs for 2021. Are you ready to go back on the road ?

Yes, but it depends on the pandemic situation.

I haven’t asked you about that. What kind of a traveler are you ? Mind traveller ? Footwalker. Hitch-hike ? Where was the last place you’ve been for holidays ? The next place ? 

I will disappoint you, but I’m not a traveler, I’m a home sitter. Most of the time I generate energy at home.

What’s your favorite song on the Lp ? And why ?

I will tell you about it a bit later, I need time to recover from the recording process, I’m a bit deaf because of it.

What can we wish you for the next 3 months ?

I’m sorry, but today I don’t accept the «month» category, you can wish me whatever you want for the next three centuries.

Photos : Alexey Trineev (avec l’aimable permission du groupe)

Tracklist
01. The Tower
02. Pole Star
03. Azure Height
04. Voyage
05. Sailor’s Song
06. Up
07. Little Mystery
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