Laetitia Shériff / Stillness
[Yotanka Records]

9.5
9.5

Laetitia Shériff - StillnessWaouh ! Qu’est-ce donc que cet album ? Un procès lapidaire adressé à la déréliction du monde moderne ? Un havre de paix où se recueillir en période incertaine ? Un message pop-rock prônant le retour au calme (stillness) tout en constatant l’immobilité (stillness) de tous ? C’est peu dire que ce nouveau Laetitia Shériff, attendu fébrilement depuis six ans (cinq en prenant en compte le nécessaire EP The Anticipation), électrise violemment l’époque tout en refusant de l’accabler sur le bucher des causes perdues. Car chez la Shériff, pas question de se répandre en nihilisme : « I’m scared I watch the war » chante-t-elle de façon aussi mystérieuse qu’inquiétante sur un séminal Ashamed, mais, sur le tubesque Deal with This, elle nous enjoint à oublier tristesse et zones d’ombre (« go out » est-il affirmé).

Toute la bonté humaine de l’artiste, son refus de courber l’échine, sa colère comme ses anticipations, se retrouvent, puissance mille, sur un Stillness qui semble revendiquer un apaisement de la population, un repos bien mérité pour nous tous. Comme si l’incertitude face au Monolithe de 2001 prenait réconfort et confiance dans les promesses d’une vie meilleure, ici et bientôt. Comme si le slogan « People Rise Up » (encore un tube) n’aurait de logique qu’en fonction du principe d’altérité (We Are You). Le Strange Days de Kathryn Bigelow n’est pas loin…

Cette puissance lumineuse que l’on ressent dans les propos de l’album conduit Laetitia Shériff à aujourd’hui composer des mélodies parmi les plus accrocheuses de toute sa discographie. Chaque titre de Stillness donne effectivement envie de faire plein de choses interdites : sortir dans la rue et hurler « Outside » ! Marcher durant deux heures à minuit pour rejoindre le domicile de notre dulcinée et lui faire une demande en mariage ! Serrer dans nos bras et embrasser joyeusement (sans masque) nos amis de toujours ! Car Stillness, avec ses guitares tourbillonnantes, ses réverbes sans accroc, son blues-rock faussement plombé (Sign of Shirking, qui vire soudainement en l’un des meilleurs défouloirs de l’année), est un disque de rage joyeuse, de saine colère.

Stillness représente l’album universel que nous espérions entendre avant la fin de l’année 2020, et ce n’est guère hasardeux qu’il provienne de Laetitia Shériff (la plus grande auteure-compositrice française actuelle) : il aligne une collection de classiques absolus qui, loin de la morosité plombée de chanteurs-chanteuses-groupes se voulant documentalistes de la Bérézina mondiale (les journées sont déjà suffisamment lourdingues pour se fader l’avis tautologique des musiciens), exaltent l’auditeur plutôt qu’ils ne l’enfoncent dans la merditude et la servitude de l’actuel chaos, osent la claque dans la gueule de ceux qui se lamentent et en tirent des leçons expéditives, envoient valdinguer le pessimisme de rigueur et incitent à tous se reprendre en main. People Rise Up ! (LE slogan définitif de cette fin d’année.)

La concurrence peut s’allonger : les référendums musicaux 2020 viennent de trouver leur étendard. Quand la Shériff sort un nouvel album…

Tracklist
01. People Rise Up
02. A Stirring World
03. We Are You
04. Deal With This
05. Pamper Yourself
06. Sign Of Shirking
07. Go to Big Sur
08. Outside
09. Stupid March
10. Ashamed
Ecouter Laetitia Shériff - Stillness

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