
Ceux qui adorent les leçons de généalogie rock et les dinosaures seront ravis. Les autres passeront leur chemin d’un air dédaigneux, en arguant (et ils auront raison) qu’il n’y a sans doute RIEN DE RIEN à attendre musicalement de cette affaire si ce n’est une sensation équivalente à celle de posséder… un bout du Mur de Berlin ou de retrouver une vieille pièce gauloise dans son jardin. Rod Stewart a confirmé dans la presse britannique (ok, ça fait deux termes que vous n’auriez jamais voulu voir écrits… Rod Stewart… et presse britannique) qu’il serait bien sur scène au festival Glastonbury avec son ancien ancien groupe les Faces…. et que, cerise sur le gâteau, cherry on the pudding, Ronnie Wood, de Ronnie Wood & The Rolling Stones, reprendrait bien son poste à ses côtés. Ce bon Rod, qui a fêté ses 80 ans cette année en janvier, a précisé surtout que non content de remonter sur scène tous ensemble les Faces (ou ce qu’il en reste puisqu’au moins 3 anciens membres sont déjà morts) avaient composé 11 nouveaux morceaux qui devraient, prochainement, donner matière à leur premier album studio depuis… 1973. Une reformation après 52 ans et quatre albums ? Le Guinness Book est sur les rangs pour homologuer le comeback le plus WTF de l’histoire des reformations.
Pour les amateurs, il faut rappeler que les Faces (à ne pas confondre avec les Small Faces même si…) sont nés en 1969 consécutivement au départ de Steve Marriott, le chanteur et “leader” des Small Faces, aux côtés de Peter Frampton qu’il avait vainement essayé de faire rentrer dans le groupe… pour fonder Humble Pie (très bon groupe au demeurant). Emmenés par Kenney Jones, le reste du groupe (les Small Faces donc), soit Ronnie Lane et Ian McLagan, s’adjoignent les services de deux jeunes types qui viennent eux-mêmes de foutre le camp du Jeff Beck Group, Rod Stewart et Ronnie Wood.
Le nouveau groupe (ils sont 5 si vous avez suivi) devient les Faces tout court (même si la maison de disques les incite à garder le Small pour surfer sur le succès de leur incarnation précédente). Après des débuts plus que timides, le groupe profite de la notoriété croissante de Rod Stewart qui signe entre 1969 et 1972 rien que quatre albums solo, tandis que les Faces en sortent… quatre également, jusqu’à Ooh la la en 1973, album d’une débâcle annoncée et qui se soldera en 1975 par la séparation officielle. Ronnie Lane quitte le premier le bateau, reprochant à Stewart de tirer la couverture à lui. Il faut dire qu’en 1973 une affiche est malencontreusement imprimée qui vend le groupe sous le nom de Rod Stewart & The Faces. Lane est remplacé par un éphémère musicien japonais tandis que Ronnie Wood bénéficie d’un outplacement chez le premier groupe du monde les Rolling Stones, d’abord pour quelques piges, puis de manière définitive. Les Faces éclatent et se reforment ensuite sporadiquement soit autour de Rod Stewart, soit avec des membres invités et prestigieux comme Mick Hucknall (Simply Red) ou Glen Matlock (Sex Pistols). Du grand n’importe quoi.
Musicalement l’héritage des Faces n’a pas grand chose à voir avec l’immense groupe qu’aura été les Small Faces en présence de Steve Marriott. Mais on peut trouver des qualités à First Step leur premier album et surtout au curieux joyau qu’est A Nod Is As Good As A Wink.. To A Blind Horse, album plutôt cohérent et qui restitue les qualités scéniques d’un groupe bavard, assez créatif et qui vaut surtout pour le dynamisme de ses guitares. Les plus curieux pourront s’y rapporter, histoire de s’acheter un petit bout d’histoire avant qu’on ne bascule dans l’univers des morts vivants. Le futur disque des Faces est attendu pour 2026…
Illustration : pochette de l’album Faces at the BBC sorti en 2024 chez Rhino Records.

