Daniel Avery / Tremor
[Domino Recording Co]

8.7 Note de l'auteur
8.7

Daniel Avery - TremorVous ne pouvez imaginer à quel point la tâche de trouver les mots-clés (les tags) adéquats pour assurer un bon référencement du site est complexe, quand on est confronté à de tels artistes dont les albums sont si fluides et libres, naviguant de genre en genre. Trip hop, ambient, techno et shoegaze peuvent à présent coexister en un seul et même album, quand ce n’est… au sein d’une même piste. Alors quand il s’agit de traiter un “album de producteur” comme l’est ce Tremor invitant une tripotée de stars dont le nom est potentiellement répertorié dans la base (bdrmm, Alison Mosshart de The Kills, etc.), et qu’il s’agit là encore d’améliorer le maillage, la difficulté s’en trouve comme redoublée. Ce qu’on ne ferait pas pour l’expérience utilisateur ! Quant à celle musicale, le nouvel album de Daniel Avery semble une parfaite consolation aux déçus des derniers Death in Vegas et Soulwax.

Avery good trip

Pas besoin de regarder le nombre d’albums ou l’âge d’Avery pour comprendre qu’on est devant une tête bien faite. On image bien le jeune Daniel épuiser par l’écoute les productions aussi bien des écuries Warp Records que 4AD. Tremor est un album rétif, méchant, hautain comme la jeunesse ; il mord comme il respire, s’écharpe dans tous les sens. Neon Pulse, titre introductif, installe une ambiance éthérée à la Brian Eno ou Cliff Martinez, calme d’urbanité avant la tempête de Rapture in Blue, piste suivante, sorte de Cocteau Twins tranchant au congélo, saupoudré de FKA twigs. On est en haut d’un hôtel d’une ville sans nom, strangulé par la vie et son silence, et à défaut de sauter dans le vide, c’est dans une piscine à glaçons qu’on plonge au ralenti, en mode Slowdive, esquimau au bec. Ceux qui seront sensibles à la baffe de Tremor en recevront une seconde quand ils comprendront que le reste de la discographie … est celle d’un DJ à la basse minimaliste, tel un Surgeon à la croisée du rock industriel et de la techno, maîtrisant parfaitement les gammes qu’il déploie. Non, ce Daniel Avery n’est décidément pas une baudruche comme Oneohtrix Point Never ou ce satané Fred Again..Tremor, c’est la victoire des rats de toute discothèque.

L’album a du tempérament ; si c’est la victoire de la passion, c’est aussi celle de la technicité. Sur Haze, on se prend un seau de guitares d’une teinte quasi heavy metal, sorte de Massive Attack coordonnée par Nine Inch Nails, le tout conjugué au féminin. Il y a comme des allures de cinéma dans cette musique, un truc rappelant ces films de S.F. inquiète du tournant de l’an 2000, désabusée. Greasy off the Racing Line a vraiment ce quelque chose de déréglé du cerveau, de même que le Disturb Me avec yeule, comme si Tricky l’ancien se joignait à des artistes de générations plus proches, comme aya et SOPHIE, pour communier en un dégoût de toute éternité. Ça vous regarde de haut ; vous méprise. Et c’est en soi si bon, un album nutritif, changeant. Sur The Ghost of Her Smile, c’est une toute autre ambiance, et une bonne rage de guitares de My Bloody Valentine nous prend ; on se détend, comme si reconnaître chez le producteur Alan Moulder une influence nodale nous sauvait. On perçoit, bien que par fragments (car on devine la liste d’influences longue et érudite, qui nous échappe), ce que le jeune homme écoutait et écoute toujours, scrupuleusement.

Plus froid, tu mords

On a comme une impression d’étouffer au soleil, du plomb plein la tête. La vie s’évertue à vous chier dessus, et vous êtes à deux doigts d’enlever le masque du visage. En dessous, ça grésille sévère, vénère de snares. New Life vous offre un trip-hop gelé qu’on brise, apte à assassiner Jon Kennedy. La voix est dans des vapes, comme un tapis de fumeroles d’Aphex Twin, atmosphère happante auquel l’album n’échappe jamais et qui fait si souvent cruellement défaut à certains genres (le punk, le metal) que l’album caresse. Tremor a appris de Demise of Love, le groupe formé par Avery et Working Men’s Club. L’album expérimente sans verser dans l’hermétisme.

Cela réjouit de constater des gens qui décloisonnent les genres, qui plus est par le prisme d’un album prenant un détour inattendu et très osé, de la techno originelle au rock qui vapote électro. Chaque invité, souvent issu d’un groupe préexistant, se voit habilement placé dans un univers-piste qui lui sied, toujours à quelques pas de côté. Néanmoins, l’album érudit perd quelque peu de son souffle dans son dernier virage. On pourra aussi lui reprocher ce défaut scolaire d’être carré, ôtant un brin d’âme. On réclamerait presque un supplément de folie, plus formelle que l’est déjà son fond. Ne pinaillons plus, l’album étant si excellent et généreux qu’il s’enrichira probablement, ne demandant qu’à être réécouté.

Tracklist
01. ⁠Neon Pulse
02. Rapture in Blue (& Cecile Believe)
03. Haze (& Ellie)
04. ⁠A Silent Shadow (& bdrmm)
05. New Life (& yunè pinku)
06. Greasy off the Racing Line (& Alison Mosshart)
07. Until the Moon Starts Shaking
08. ⁠The Ghost of Her Smile (& Julie Dawson)
09. Disturb Me (& yeule)
10. In Keeping (Soon We’ll Be Dust) (& Walter Schreifels)
11. Tremor
12. ⁠A Memory Wrapped in Paper and Smoke
13. ⁠I Feel You (& Art School Girlfriend)
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