Palem Candillier / Joy Division Closer [Densité / Discogonie]

8.2 Note de l'auteur
8.2

Palem Candillier - Joy Division CloserOn n’en a jamais vraiment assez de ces histoires de Manchester, de Ian Curtis, de Joy Division et de Martin Hannett. Au dix millième bouquin sur le sujet, notre curiosité n’est jamais tout à fait satisfaite quand on continue de se demander par quel miracle tout ceci a été possible et est vraiment arrivé. Entre les films, les mémoires des protagonistes, les essais, les documentaires, il y a bien sûr la musique qui, si l’on est honnête, se suffit bien à elle même. Il est possible qu’après avoir lu 4 ou 5 000 pages sur le sujet, on en soit toujours au même niveau de sidération que quand on a découvert Closer ou Unknown Pleasures à quatorze ans dans notre chambre d’ados. L’approche de Palem Candillier, pour la série Discogonie, n’essaie jamais d’être plus intelligente et docte que ne l’est l’écoute du disque lui-même et c’est en cela que la lecture de ce petit livre de 150 pages est tout à fait plaisante et recommandable. Il s’agit certes de pérorer sur la dépression de Ian Curtis, sur son épilepsie, sa relation avec Annick Honoré, d’évoquer la figure haute en couleurs de Martin Hannett (a-t-il inventé Joy Division ou les a-t-il trahis… vous avez trois heures), le matos utilisé, la couve de Peter Saville, les répétitions, le petit sac à paroles de Curtis… On a déjà lu et vu tout ça ailleurs mais l’auteur qui a aussi travaillé sur les Beatles et les Nirvana, prend la légende par le bon côté en nous livrant un récit parfaitement ordonné (selon le plan obligé de la série), écrit de manière alerte, fluide, très soignée et en n’omettant aucun détail.

On délivrera un bon point à la seconde partie du livre qui prend les chansons une à une et qui est, à notre sens, la plus intéressante. Candillier prend le temps de décrire ce qui se passe musicalement (l’entrée de la batterie, la ligne de basse, les effets utilisés), ce qui est très appréciable et pas si fréquent, avant de s’intéresser (aussi) aux textes. Il rend à Curtis son rôle véritable dans l’accouchement des chansons, en étendant son rayonnement un peu au delà de la simple fonction de chanteur, mais tout en laissant entendre que la magie de Joy Division repose au moins autant sur ses musiciens et son producteur que sur le chanteur et son futur destin funeste. Ce n’est pas souvent dit ainsi mais on a le sentiment que Candillier rend discrètement à Peter et Bernard, mais aussi et surtout à Stephen Morris ce qui leur appartient (au moins autant qu’à Curtis), la paternité de cette musique insensée et qui n’avait jamais été faite et entendue avant. En écrivant l’histoire ainsi, il rend aussi “possible” et “crédible” la grande bascule qui interviendra donc à la fin de cette histoire (c’est-à-dire au début de Closer), à savoir la grande réinvention qui suivra avec New Order…

Le livre est donc très bon, très pédagogique, très bien fichu. Il ravira autant les “experts” en la matière qu’il pourra servir de porte d’entrée vers une œuvre qui, aujourd’hui plus encore qu’il y a vingt ou trente ans, n’est pas si simple à aborder par delà le “glamour” (tout relatif) du suicide de son chanteur.

PS : on en profite pour mettre The Eternal en illustration. L’auteur raconte l’histoire du gamin derrière le texte. C’est toujours aussi émouvant de savoir d’où ça vient.

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